<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>LeCartophile</title><link>http://cartophile.canalblog.com/</link><description>Une carte postale, un monologue, une situation, un monde &#xe0; inventer.</description><language>fr</language><lastBuildDate>Thu, 15 May 2008 11:46:47 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Pas carte postale</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9166551/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cela n&apos;est pas dans mes habitudes ici, mais je m&apos;en vais vous faire profiter de mes &#xe9;tats d&apos;&#xe2;me. C&apos;est pas dommage moi je vous le dis, z&apos;avez bien de la chance et tout. Vous pouvez constater que le blog s&apos;&#xe9;tiole. C&apos;est pas de ma faute. C&apos;est une question de circonstances. C&apos;est arriv&#xe9; au premier blog pour une question de titre et de listes, c&apos;est arriv&#xe9; au second qui se scl&#xe9;rosait dans une routine faite de chroniques d&#xe9;j&#xe0; r&#xe9;gl&#xe9;es, telle le lundi, telle autre le mercredi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Donc j&apos;en suis encore &#xe0; ce point : je commence &#xe0; m&apos;ennuyer. Le principe est bon et servira je pense encore pour d&apos;autres nouvelles. Mais il a un revers. La carte postale ne peut &#xea;tre d&apos;int&#xe9;r&#xea;t que si elle contient du sens. Or, depuis la d&#xe9;mocratisation du t&#xe9;l&#xe9;phone, et maintenant de l&apos;internet, la carte postale n&apos;a plus de contenu, ce contenu si d&#xe9;licieux parce qu&apos;il est diff&#xe9;r&#xe9;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;est pourquoi mes r&#xe9;cits sont fig&#xe9;s dans une &#xe9;poque h&#xe9;las, dans de moeurs qui vont avec, m&#xea;me s&apos;ils ne sont pas si diff&#xe9;rents des notres. Voil&#xe0; pourquoi j&apos;&#xe9;cris peu ces derniers temps, d&apos;autant qu&apos;&#xe9;crire pour moi n&apos;est pas une sin&#xe9;cure. J&apos;ai du mal, j&apos;&#xe9;cris lentement avec des gros doigts qui tapent les touches d&apos;&#xe0; c&#xf4;t&#xe9; alors hein si c&apos;est aussi pour tourner le m&#xea;me univers encore et encore...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cependant j&apos;ai trouv&#xe9; une ou deux cartes qui semblent offrir des possibilit&#xe9;s, donc je vais continuer ces nouvelles. De plus, je pense que la plupart de mes r&#xe9;cits d&#xe9;j&#xe0; &#xe9;crits m&#xe9;ritent une r&#xe9;&#xe9;criture. Je m&apos;y mets et je vous tiens, ma ch&#xe8;re dizaine de lecteurs, au courant. Il me faut tout de m&#xea;me maintenant trouver comment remplir ce blog. Le blog de vie m&apos;ennuie, je pense en avoir fait le tour, ailleurs, &#xe0; un autre moment. Le blog d&apos;opinion est souvent idiot parce qu&apos;&#xe9;pidermique et manquant de remise en cause. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Je vais devoir donc r&#xe9;&#xe9;crire des nouvelles, d&apos;autres nouvelles. Putain de moi. Heureusement que j&apos;ai de vieilles id&#xe9;es (c&apos;est normal pour un vieux) qui trainent dans les coins. Il s&apos;agira donc encore de nouvelles. Certaines existent d&#xe9;j&#xe0;, &#xe9;crites par moi, je les &#xe9;crirai une nouvelle fois. Ainsi je vais pouvoir commencer d&#xe8;s demain... Le cartophile va donc ajouter une cat&#xe9;gorie. &apos;est idiot de faire un grand discours pour &#xe7;a hein ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; En m&#xea;me temps, je ne suis pas bien malin.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 13 May 2008 19:57:47 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #30</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9055753/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/91/64/335207/25170379.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;93&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp30&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/91/64/335207/25170379_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/72/77/335207/25170402.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;94&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp30vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/72/77/335207/25170402_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;/Merci &#xe0; &lt;a href=&quot;http://lamerecastor.canalblog.com/&quot;&gt;la m&#xe8;re Castor&lt;/a&gt; qui m&apos;a envoy&#xe9; cette jolie carte postale et m&apos;a ainsi rendu un fier service./&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; R&#xe9;gis &#xe9;tait un peu rouge, mais fermement d&#xe9;cid&#xe9;, du haut de ses vingt-deux ans, a franchir le pas avec Coco. Le probl&#xe8;me du jeune homme tenait &#xe0; la fois au prestige et au p&#xe9;cuniaire. R&#xe9;gis &#xe9;tait encore puceau et avait de plus en plus de mal dans les r&#xe9;unions de jeunes m&#xe2;les &#xe0; mentir sur ce point, se trouvant parfois dans un flou technique qui ne lui permettait pas de rench&#xe9;rir sur ses amis. De plus, il gagnait assez chichement sa vie et sa vieille m&#xe8;re le surveillait d&apos;assez pr&#xe8;s pour qu&apos;il ne puisse pas faire un tour au bordel. Il avait donc d&#xe9;cid&#xe9; de tenter sa chance avec une vraie femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Peu de gens auraient eu cependant l&apos;id&#xe9;e de dire de Coco qu&apos;elle &#xe9;tait une vraie femme. Les suffragettes avaient beau &#xea;tre pass&#xe9;e par l&#xe0;, une jeune femme aussi libre d&apos;esprit et de moeurs &#xe9;tait une raret&#xe9;. D&apos;ailleurs on la croisait la plupart du temps au bistrot des P&#xea;cheurs, en train de prendre son ap&#xe9;ritif &#xe0; la sortie de l&apos;usine, car elle avait refus&#xe9;, une fois la guerre finie de rendre son &#xe9;tabli &#xe0; un homme. Ce n&apos;est pas qu&apos;elle trouv&#xe2;t vraiment gratifiant le travail &#xe0; la cha&#xee;ne, mais elle voulait prouver que, comme elle le disait, &amp;quot;la femme est un homme comme les autres&amp;quot;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&apos;ailleurs, au moment o&#xf9; R&#xe9;gis entra dans le troquet, elle &#xe9;tait en train de le d&#xe9;montrer avec brio, commandant une tourn&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale tandis qu&apos;elle &#xe9;clusait son troisi&#xe8;me godet de blanc. Une clameur s&apos;empara du groupe accoud&#xe9; au bar, laquelle clameur cherchait &#xe0; temp&#xe9;rer l&apos;enthousiasme de la demoiselle. Elle se r&#xe9;cria &#xe0; son tour, leur affirmant qu&apos;il &#xe9;tait bon pour le travailleur de prendre un moment de d&#xe9;tente avant de rentrer &#xe0; la maison, et que si leur bonne femme gueulait elle avait qu&apos;&#xe0; venir mettre les deux mains dans le cambouis, on en rediscuterait apr&#xe8;s. R&#xe9;gis n&apos;&#xe9;coutait de toute fa&#xe7;on pas ce qui se disait, il admirait la silhouette de Coco, se demandant comment un bleu de chauffe pouvait aussi bien mettre en valeur un fessier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Parce qu&apos;elle avait beau sortir du boulot avec de la graisse sur le visage, toute luisante de la sueur accumul&#xe9;e durant ses huit heures de travail, Coco restait charmante. Si elle avait &#xe9;t&#xe9; coquette on aurait pu dire qu&apos;un sac l&apos;habillait, comme elle ne l&apos;&#xe9;tait pas, un sac l&apos;habillait vraiment. La gr&#xe2;ce semblait l&apos;habiter en tout moment, f&#xfb;t-elle en train de serrer un boulon de toutes ses forces, la rougeur qui lui venait alors lui seyait. M&#xea;me s&apos;ils ne se le disaient pas, les autres ouvriers ne pouvaient s&apos;emp&#xea;cher de jeter un oeil r&#xe9;guli&#xe8;rement &#xe0; son &#xe9;tabli, alors vous pensez si ils l&apos;accompagnaient volontiers prendre un pot &#xe0; la sortie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais accoud&#xe9;e au bar comme elle l&apos;&#xe9;tait, Coco devenait curieusement asexu&#xe9;e, et tous ceux qui l&apos;y suivaient ne restaient que parce qu&apos;ils se sentaient en bonne compagnie. Il faut dire que les blagues fusaient, qu&apos;elle avait une fa&#xe7;on de vous raconter sa vie qui vous faisait d&apos;abord sourire, puis rire jusqu&apos;aux &#xe9;clats. En ce moment m&#xea;me, elle racontait ses derni&#xe8;res vacances, dans le sud, et comme il &#xe9;tait agr&#xe9;able de se retrouver &#xe0; poil dans le sable, m&#xea;me si &#xe7;a grattait un peu la raie quand on se remettait en route pour la pension. Les gar&#xe7;ons eurent tous un rire gras, seul R&#xe9;gis se mit &#xe0; rougir un peu plus : il avait imagin&#xe9; la sc&#xe8;ne mais n&apos;avait pu aller plus loin que le tableau repr&#xe9;sentant Coco nue sur le sable, quasiment offerte, son bleu pendu nonchalamment sur un buisson.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A cause de son caract&#xe8;re sans g&#xe8;ne, les bonnes femmes, comme elle les appelait, voyaient Coco d&apos;un mauvais oeil. Cette esp&#xe8;ce de r&#xe9;volutionnaire en acte avait mauvais genre. On ne pouvait avoir avec elle une conversation sens&#xe9;e, sur un sujet d&#xe9;cent, avec des mots simples. Jamais rien &#xe0; dire sur le temps qu&apos;il faisait, jamais, jamais un mot sur les gens et leurs petits probl&#xe8;mes, pas une once de compassion. Elle ne se g&#xea;nait m&#xea;me pas pour vous dire que &#xe7;a la barbait dr&#xf4;lement, mais elle ne s&apos;&#xe9;tait pas vu cette salope, &#xe0; parler toujours de vulgarit&#xe9;s. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&apos;ailleurs en ce moment m&#xea;me elle racontait comment elle se pr&#xe9;lassait avec &amp;quot;la lune face au soleil&amp;quot; et Mimile s&apos;en &#xe9;tranglait de rire. R&#xe9;gis s&apos;approchait lentement, se contraignant &#xe0; respirer avec calme afin de faire refluer le sang qui lui &#xe9;tait mont&#xe9; au visage. Il ne s&apos;&#xe9;tait pas sp&#xe9;cialement habill&#xe9;, voulant se donner un air d&apos;affranchi, loin des clich&#xe9;s des romans de gare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il avait longuement r&#xe9;fl&#xe9;chi &#xe0; la meilleure m&#xe9;thode pour perdre son pucelage. Les fleurs et les serments, il les avait &#xe9;cart&#xe9;s parce que c&apos;&#xe9;tait une fa&#xe7;on de faire qui manquait vraiment de virilit&#xe9;. Du coup, la plupart des filles qu&apos;il connaissait avaient aussi &#xe9;t&#xe9; &#xe9;cart&#xe9;es, la conclusion de sa r&#xe9;flexion avait donc &#xe9;t&#xe9; &#xe9;vidente : Coco &#xe9;tait la seule pouvant accepter de coucher avec lui simplement, sans faire de chichis. Il avait r&#xe9;p&#xe9;t&#xe9; la&amp;nbsp; veille au soir ce qu&apos;il avait &#xe0; dire et &#xe0; faire, puisant dans les diverses exp&#xe9;riences que ses camarades lui avaient confi&#xe9;es.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il suffisait de se lancer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Coco parlait maintenant des dangers de rester en tenue d&apos;Eve trop longtemps et comment sa lune, comme celle de la nature, brillait la nuit &#xe0; cause du coup de soleil qu&apos;elle avait re&#xe7;u. Mimile en pleurait. R&#xe9;gis s&apos;avan&#xe7;a et plaquant virilement une main au panier de la jeune femme lan&#xe7;a un nonchalant : &amp;quot; Ben j&apos;esp&#xe8;re qu&apos;il s&apos;est r&#xe9;tabli, &#xe7;a m&apos;arrangerait pour ce soir.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On en tendit rarement dans un bistrot un silence d&apos;une telle qualit&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quelques secondes plus tard R&#xe9;gis passait le seuil en roulant, le nez d&#xe9;goulinant de sang.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Coco se r&#xe9;installa au bar : &amp;quot;Vous m&#xe9;prenez pas les gars, c&apos;est pas que je sois vex&#xe9;e, mais la classe, &#xe7;a s&apos;improvise pas, &#xe7;a s&apos;apprend. Et moi j&apos;ai le coup de pied dans l&apos;oigne p&#xe9;dagogique. On en &#xe9;tait o&#xf9; des aventures de mon cul en vacances ? &amp;quot;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 04 May 2008 13:13:00 GMT</pubDate></item><item><title></title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8969804/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;112&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/89/83/335207/24880013_p.jpg&quot; alt=&quot;104_3_bille_bibt&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Voici le petit texte fait pour l&apos;anniversaire de &lt;a href=&quot;http://wagon3.canalblog.com&quot;&gt;Mlle Bille&lt;/a&gt;, qui a encore perdu un an aujourd&apos;hui.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Jean Perrot &#xe9;tait petit, maigre, bistre de teint. Enfin quiconque l&apos;aurait vu l&apos;aurait jug&#xe9; comme tel, mais Jean &#xe9;tait si peu remarquable qu&apos;il n&apos;&#xe9;tait jamais remarqu&#xe9;. Il faisait partie de ces gens qu&apos;on ne voit pas. L&apos;humanit&#xe9; est en effet divis&#xe9;e en trois types principaux : les gens que l&apos;on ne peut s&apos;emp&#xea;cher de regarder, ceux qu&apos;on &#xe9;vite de regarder et ceux qu&apos;on ne peut voir. Perrot faisait partie de la troisi&#xe8;me cat&#xe9;gorie, ce qui expliquait qu&apos;il soit devenu archiviste &#xe0; la biblioth&#xe8;que municipale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En surface, il y avait plusieurs grands meubles, remplis &#xe0; en exploser de fiches cartonn&#xe9;es du m&#xea;me mod&#xe8;le. Les emprunteurs y cherchait leur bonheur apr&#xe8;s avoir ouvert l&apos;interminable tiroir &amp;quot;Och-Ode&amp;quot; ou &amp;quot;Hul-Iba&amp;quot;, recopiaient la fiche qui avait suscit&#xe9; leur int&#xe9;r&#xea;t sur un formulaire rose et se dirigeaient vers le comptoir o&#xf9; ils tendaient le-dit formulaire &#xe0; une biblioth&#xe9;caire rev&#xea;che et chauss&#xe9;e de lunettes demi-lunes, des biblioth&#xe9;caires r&#xe9;glementaires. Enfin ils allaient attendre dans un coin sombre que le livre vint comme par magie se poser&amp;nbsp; &#xe0; leur c&#xf4;t&#xe9;s.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C&apos;&#xe9;tait ce temps de latence dont Jean &#xe9;tait le ma&#xee;tre, cach&#xe9; dans son antre, sans que nul ne le sache. Le reste du personnel lui-m&#xea;me semblait ignorer ce qui se passait dans les arcanes du sous-sol, tr&#xe8;s peu d&apos;entre eux &#xe9;taient capable de donner le nom de l&apos;archiviste mais ils &#xe9;taient unanimes quant &#xe0; l&apos;excellence de son travail. Perrot &#xe9;tait capable d&apos;une tr&#xe8;s grande c&#xe9;l&#xe9;rit&#xe9;. C&apos;&#xe9;tait si &#xe9;tonnant qu&apos;il s&apos;ensuivit un pari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;G&#xe9;rard fut le premier &#xe0; proposer de voir quelle serait la cadence maximum que pourrait supporter l&apos;archiviste. Un biblioth&#xe9;caire se mit &#xe0; remplir des fiches de pr&#xea;t, puis un second vint lui pr&#xea;ter main-forte, enfin toute l&apos;&#xe9;quipe se mit &#xe0; gribouiller des r&#xe9;f&#xe9;rences diverses avec une fr&#xe9;n&#xe9;sie d&apos;autant plus forte que les livres ne cessaient de sortir de fa&#xe7;on tout-&#xe0;-fait r&#xe9;guli&#xe8;re. Les piles de bouquins semblaient m&#xea;me avoir un air narquois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut se rendre &#xe0; l&apos;&#xe9;vidence, l&apos;archiviste avait &#xe9;t&#xe9; le plus fort : il fut d&#xe9;cid&#xe9;&amp;nbsp; &#xe0; l&apos;unanimit&#xe9; de descendre f&#xe9;liciter l&apos;employ&#xe9; mod&#xe8;le et de savoir quel &#xe9;tait son secret. On mit un certain temps &#xe0; trouver l&apos;escalier, mais bient&#xf4;t la troupe se trouvait dans un couloir sombre, que nul ne se rappelait avoir jamais emprunt&#xe9;. A la lumi&#xe8;re du briquet d&apos;Andr&#xe9;e, les biblioth&#xe9;caires s&apos;enfonc&#xe8;rent r&#xe9;solument sous terre, se sentant presque guid&#xe9;s par un r&#xe9;seau ed petites lignes dans la poussi&#xe8;re du sol, qui semblaient autant de petits chemins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils parcoururent de longues all&#xe9;es bord&#xe9;es de livres, se sentant confus&#xe9;ment &#xe9;pi&#xe9;s, jusqu&apos;&#xe0; ce qu&apos;une petite lumi&#xe8;re leur indique le lieu o&#xf9; se tenait leur coll&#xe8;gue. D&apos;humeur soudain potache, ils d&#xe9;cid&#xe8;rent d&apos;entrer dans le petit bureau sans frapper. Funeste erreur qui les mit face &#xe0; un terrible spectacle. Le bureau grouillait litt&#xe9;ralement. Une infinit&#xe9; de points noirs et brillants couvrait la plupart des surfaces libres, cette mer &#xe9;tait toujours en mouvement : des milliers de cafards entouraient un petit bonhomme &#xe0; l&apos;air falot, lui montant sur les mains, s&apos;y arr&#xea;tant un moment puis en repartant avec leur hyst&#xe9;rie habituelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des cohortes d&apos;insectes portaient de lourds ouvrages, les ramenant des rayons ou les y amenant, les posant sur le chariot. Puis ils revenaient sur les mains de Jean pour reprendre leurs ordres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean leva un regard terrifi&#xe9;. Andr&#xe9;e s&apos;&#xe9;vanouit. Les trois autres filles partirent en courant. Roger et Pascal se tenaient p&#xe9;trifi&#xe9;s. Jean-Paul vomit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an plus tard jour pour jour, Jean Perrot re&#xe7;ut la m&#xe9;daille de la ville pour avoir d&#xe9;couvert et exploit&#xe9; cette nouvelle &#xe9;nergie, la plus biologique qui soit : celle des cafards. &lt;/p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 27 Apr 2008 07:44:34 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #29</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8798330/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/00/89/335207/24349440.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;76&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp29&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/00/89/335207/24349440_p.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/71/49/335207/24349452.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;78&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp29vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/71/49/335207/24349452_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Appelez-vous Suzanne, vous n&apos;&#xea;tes qu&apos;une vieille bique, mais si votre pr&#xe9;nom se trouve r&#xe9;duit &#xe0; Suzon ou Suzette, voil&#xe0; qui vous transfigure et prouve une chose : vous &#xea;tes aim&#xe9;e.&amp;nbsp; Et Suzanne Pellissier &#xe9;tait aim&#xe9;e, plus que &#xe7;a, admir&#xe9;e. Suzon se d&#xe9;menait pour tenir le m&#xe9;nage, pour &#xe9;lever l&apos;enfant, seule dans la maison sombre qu&apos;elle n&apos;avait pas fini de payer. Elle n&apos;&#xe9;tait pas fille-m&#xe8;re, et c&apos;&#xe9;tait bien heureux, mais son homme &#xe9;tait loin, bien loin, &#xe0; gagner l&apos;argent qui leur permettrait un jour de s&apos;installer au pays et de gagner bourgeoisement leur vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ils s&apos;&#xe9;taient mari&#xe9;s &#xe0; l&apos;&#xe9;glise un beau jour de juin, Henri et Suzanne, et ma foi, ils formaient le plus beau couple du monde. En ces lendemains de guerre, on avait bien besoin de r&#xea;ver un peu. Ils &#xe9;taient tous les deux beaux, charmants et surtout, ils s&apos;aimaient, depuis longtemps. Ce n&apos;&#xe9;tait pas pour rien qu&apos;Henri avait rejoint le r&#xe9;sistance, c&apos;&#xe9;tait pour pouvoir au jour de la victoire, pavoiser devant Suzanne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle-m&#xea;me avait su r&#xe9;sister &#xe0; toute tentation pour s&apos;offrir &#xe0; son h&#xe9;ros. Ce jour de juin 1946, il y eut donc une grand f&#xea;te et les mari&#xe9;s sortirent de l&apos;&#xe9;glise sous les fusils-mitrailleurs des FFI se croisant dans une haie d&apos;honneur qui sentait la poudre et le bon go&#xfb;t. A l&apos;auberge, on mangea du p&#xe2;t&#xe9; fait maison, un signe ext&#xe9;rieur de richesse, &#xe9;tant donn&#xe9; la raret&#xe9; du cochon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La nuit de noces se passa le mieux du monde, les deux tourtereaux pouvant enfin partager le moment dont ils r&#xea;vaient depuis si&amp;nbsp; longtemps, un moment intense de tendresse et de sauvagerie m&#xea;l&#xe9;es. Il ne dormirent gu&#xe8;re pendant une bonne semaine, tout entier l&apos;un &#xe0; l&apos;autre, rassur&#xe9;s de trouver dans cette complicit&#xe9; physique le pendant de leur connivence sentimentale.&amp;nbsp; Bref, ils s&apos;entendaient si bien au lit que Suzon tomba tout de suite enceinte, ce qui posa un gros probl&#xe8;me : ils n&apos;&#xe9;taient encore que de grands enfants et trouver un m&#xe9;tier dans la r&#xe9;gion n&apos;&#xe9;tait pas si&amp;nbsp; simple, surtout pour quelqu&apos;un comme Henri qui n&apos;avait pas de r&#xe9;elle qualification.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ils &#xe9;taient tous deux bien trop amoureux l&apos;un de l&apos;autre pour accepter, comme le voulaient les parents, d&apos;occuper une chambre dans une des maisons familiales. Ils voulaient leur intimit&#xe9; et il ne serait pas dit que l&apos;enfant &#xe0; venir ne devrait son &#xe9;ducation qu&apos;&#xe0; la piti&#xe9; grand-parentale. La m&#xe8;re Fradin venait de passer et sa maison &#xe9;tait donc &#xe0; louer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Henri se d&#xe9;mena pour obtenir quelques pr&#xea;ts et paya six mois de loyer d&apos;avance, il refusa tous les passe-droits qu&apos;on e&#xfb;t voulu&amp;nbsp; lui faire en sa qualit&#xe9; de h&#xe9;ros, de jeune mari&#xe9;, de gar&#xe7;on sympathique et honn&#xea;te. Il n&apos;aurait pu en &#xea;tre autrement s&apos;il voulait conserver tout l&apos;amour qui le liait &#xe0; sa Suzanne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il fut donc d&#xe9;cid&#xe9; que durant quelques ann&#xe9;es ils tireraient certes le diable par la queue, ils seraient certes s&#xe9;par&#xe9;s, mais qu&apos;il fallait en passer par l&#xe0; afin que le couple puisse s&apos;installer au pays, et ouvrir le petit commerce dont chacun avait envie. Il y eut bien un semblant de discussion sur la nature du dit commerce, mais Henri, qui avait dans l&apos;id&#xe9;e d&apos;ouvrir une quincaillerie, se rendit aux arguments de sa tendre &#xe9;pouse : elle tiendrait le magasin le temps qu&apos;il gagne de quoi rembourser les dettes, et c&apos;&#xe9;tait un commerce trop masculin pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le mari n&apos;ayant plus rien &#xe0; prouver concernant sa virilit&#xe9; accepta donc qu&apos;on ouvr&#xee;t une mercerie, apr&#xe8;s tout ce n&apos;&#xe9;tait qu&apos;un magasin de bricolage pour femme, cela revenait donc au m&#xea;me. Le lendemain &#xe0; l&apos;aube, Henri fit son premier voyage vers la ville pour y trouver un travail.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il revint le soir, &#xe0; moiti&#xe9; joyeux, porteur de deux nouvelles. La bonne nouvelle &#xe9;tait qu&apos;il avait d&#xe9;j&#xe0; trouv&#xe9; un travail, la mauvaise &#xe9;tait que ce travail le condamnerait &#xe0; &#xea;tre loin de la maison pendant de longues p&#xe9;riodes et il partirait d&#xe8;s le lendemain. Ils ne dormirent pas cette nuit-l&#xe0;. Jusqu&apos;&#xe0; tard dans la soir&#xe9;e, ils pes&#xe8;rent le pour et le contre, et finalement, leur d&#xe9;cision prise, ils firent l&apos;amour durant le reste de la nuit, comme pour faire provision , pour anticiper leur longue s&#xe9;paration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain, Suzon alla seule faire les courses &#xe0; l&apos;&#xe9;picerie. On demanda des nouvelles d&apos;Henri, si il &#xe9;tait encore descendu &#xe0; la ville, et que c&apos;&#xe9;tait pas si facile de trouver un emploi.&amp;nbsp; Suzon avait un air de fiert&#xe9; quand elle annon&#xe7;a &#xe0; tout le village qu&apos;Henri avait d&#xe9;j&#xe0; trouv&#xe9; un gagne-pain, et dans la haute soci&#xe9;t&#xe9; : il &#xe9;tait chauffeur de ma&#xee;tre ! On s&apos;extasia beaucoup, affirmant bien fort qu&apos;il avait d&#xe9;j&#xe0; un pied chez les gens importants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bien s&#xfb;r certains furent d&#xe9;&#xe7;us quand ils apprirent qu&apos;il ne s&apos;agissait pas d&apos;un emploi dans l&apos;administration, chauffeur du pr&#xe9;fet, voil&#xe0; qui avait de l&apos;allure, mais qu&apos;Henri &#xe9;tait d&#xe9;sormais au service d&apos;une famille d&apos;industriels, des gens qui voyageaient beaucoup et, n&#xe9;cessairement &#xe0; qui il fallait une voiture et un chauffeur personnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A partir de ce jour, les mandats arriv&#xe8;rent r&#xe9;guli&#xe8;rement, permettant &#xe0; Suzon de r&#xe9;gler les dettes, de vivre assez bien, de pr&#xe9;parer la maison en vue de l&apos;arriv&#xe9;e du b&#xe9;b&#xe9; et m&#xea;me de mettre un peu de c&#xf4;t&#xe9; &#xe0; la caisse d&apos;&#xe9;pargne pour r&#xe9;aliser le projet, d&apos;ailleurs elle acceptait quelques m&#xe9;nages pour augmenter sa pelote : une bien courageuse fille cette Suzon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;&#xe9;picerie devint son lieu de vie sociale, c&apos;est l&#xe0; qu&apos;elle attendait le facteur et qu&apos;elle lisait les cartes d&apos;Henri qu&apos;il lui apportait deux &#xe0; trois fois par semaine.&amp;nbsp; Il y d&#xe9;crivait par le menu son parcours, sur les routes de France toute la journ&#xe9;e, jamais en place, toujours par monts et par vaux. C&apos;&#xe9;tait un r&#xe9;gal p&#xe9;dagogique pour les femmes du village qui, apr&#xe8;s avoir &#xe9;cout&#xe9; la prose m&#xe9;t&#xe9;orologique d&apos;Henri, se pr&#xe9;cipitaient sur l&apos;envers pour s&apos;&#xe9;merveiller de la richesse et de la splendeur touristique de leur nation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On trouva fort impressionnant le pont du Gard, d&apos;autant qu&apos;il avait &#xe9;t&#xe9; enti&#xe8;rement construit &amp;quot;&#xe0; la main&amp;quot;, la place Stanislas brillait que s&apos;en &#xe9;tait un bonheur, on trouva tr&#xe8;s cocasse que Pont-Aven porte le m&#xea;me nom que les galettes, les Pyr&#xe9;n&#xe9;es furent jug&#xe9;es tr&#xe8;s majestueuses, mais moins vertes que celles de la r&#xe9;gion... La vieille Catherine Guigney eut d&apos;ailleurs un mot pour r&#xe9;sumer son enthousiasme : &amp;quot;Les voyages, &#xe7;a fait voir du pays.&amp;quot; On opina du chef.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri ne revint que pour l&apos;accouchement du petit : un gar&#xe7;on qu&apos;on nomma Antoine. La naissance li&#xe9;e &#xe0; sa longue absence fit qu&apos;il fut f&#xea;t&#xe9; comme un h&#xe9;ros. On le soumit &#xe0; un feu roulant de questions concernant son activit&#xe9;, mais il garda une discr&#xe9;tion toute professionnelle, se refusant &#xe0; parler de ses employeurs, semblant embarrass&#xe9; m&#xea;me quand il s&apos;agissait de les &#xe9;voquer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il ne resta qu&apos;une semaine au pays, une semaine qu&apos;il consacra presqu&apos;exclusivement au petit et surtout &#xe0; sa m&#xe8;re. Leur s&#xe9;paration n&apos;eut cependant rien de path&#xe9;tique, ils eurent l&apos;un vers l&apos;autre un long regard embras&#xe9; et Henri se mit en route pour prendre son bus. Il s&apos;&#xe9;tait &#xe0; peine &#xe9;loign&#xe9; de trois pas que Suzon le rappela :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Mon ch&#xe9;ri, &#xe7;a serait bien que j&apos;ai une photo de toi, tiens une photo de toi en uniforme, avec la voiture pourquoi pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri sembla r&#xe9;fl&#xe9;chir, hocha la t&#xea;te sans un mot. Sur la place le car corna, c&apos;&#xe9;tait le troisi&#xe8;me appel, le dernier. Henri eut un rapide geste de la main, se retourna et s&apos;en alla au pas de course&amp;nbsp; pour attraper au vol le car brinquebalant. Une fois install&#xe9; sur son si&#xe8;ge, il se plongea dans ses pens&#xe9;es : ses sourcils s&apos;&#xe9;taient fronc&#xe9;s.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Pendant six longues ann&#xe9;es, Suzon dut se d&#xe9;brouiller seule, avec le petit sur les bras et bient&#xf4;t une seconde enfant : Bernadette. Henri arrivait &#xe0; rentrer &#xe0; la maison deux fois l&apos;an pour une semaine. Il supervisait l&apos;installation du magasin, f&#xe9;licitant sa petite femme pour le merveilleux travail qu&apos;elle fournissait. Elle le f&#xe9;licitait derechef pour le travail de for&#xe7;at qu&apos;il devait accomplir puisque le montant des mandats ne cessait d&apos;augmenter. De f&#xe9;licitations en f&#xe9;licitations, ils finissaient toujours au lit, car ces deux-l&#xe0; &#xe9;prouvaient l&apos;un pour l&apos;autre une passion d&#xe9;vorante que la s&#xe9;paration en faisait qu&apos;attiser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A l&apos;ouverture de la boutique, et malgr&#xe9; son absence, Suzon voulut que son mari soit avec elle : elle accrocha donc en bonne place sa photographie, qu&apos;elle avait fait agrandir pour l&apos;occasion. Deri&#xe8;re le comptoir, Henri se tenait d&#xe9;sormais en pied, ou plut&#xf4;t en bottes, v&#xea;tu d&apos;un uniforme &#xe0; galons, quasiment au garde-&#xe0;-vous devant une superbe voiture qu&apos;on identifia comme une Bentley. Le poster en noir et blanc &#xe9;tait superbe, on le dit bien s&#xfb;r &#xe0; Suzon.&amp;nbsp; C&apos;&#xe9;tait &#xe0; chaque fois l&apos;occasion d&apos;un pan&#xe9;gyrique &#xe0; propos de ce brave Henri qui se sacrifiait loin de sa famille, il arrivait m&#xea;me que la jeune femme &#xe9;crase une larme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il fallut donc six ans pour que les dettes soient pay&#xe9;es et que le petit commerce tourne assez bien pour leur permettre de vivre et d&apos;&#xe9;lever leur famille. Henri rentra. Il s&apos;installa dans la petite maison et il alla donner la main au magasin. Il s&apos;occupait du rangement, des comptes, c&apos;est aussi lui qui empruntait la camionnette de B&#xe9;bert pour aller chercher les fournitures en gros.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les deux &#xe9;poux s&apos;&#xe9;taient retrouv&#xe9;s et, s&apos;ils ne l&apos;envisageaient pas vraiment, ils faisaient tout pour que leurs enfants h&#xe9;ritent d&apos;un nouveau petit fr&#xe8;re. D&apos;ailleurs ils irradiaient tant le bonheur qu&apos;il n&apos;&#xe9;tait pas rare qu&apos;on passe le seuil de la mercerie juste pour le plaisir de go&#xfb;ter cette atmosph&#xe8;re apaisante, justifiant la visite par l&apos;achat d&apos;une bobine de fil ou d&apos;un jeu d&apos;&#xe9;lastique dont on n&apos;avait que faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cela faisait six mois qu&apos;Henri et Suzon filaient le parfait amour lorsque la voiture vint se garer en face de la boutique. C&apos;&#xe9;tait la Bentley devant laquelle Henri posait, au-dessus du comptoir. La vieille Beno&#xee;te Poncet qui &#xe9;tait venue se r&#xe9;approvisionner en boutons de culotte le remarqua bien et s&apos;exclama :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Mais c&apos;est vos patrons, M&apos;sieur Henri, ah ben, c&apos;est bien aimable de venir vous rendre visite.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri se p&#xe9;trifia.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il sortit d&apos;abord de l&apos;automobile une chevelure noire et broussailleuse qui surmontait un visage rougeaud orn&#xe9; d&apos;une magnifique moustache cir&#xe9;e. Puis s&apos;extirpa difficilement de la voiture un &#xe9;norme ventre qui pointait hors d&apos;une veste rouge vif &#xe0; brandebourgs dor&#xe9;s et se mit en marche vers la mercerie. Ses bottes brillaient de mille feux et il entra en poussant violemment la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - H&#xe9; ben mon Riton, j&apos;en ai eu du mal &#xe0; te retrouver mon gaillard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;interpel&#xe9; semblait avoir soudain perdu une bonne t&#xea;te, il s&apos;&#xe9;tait recroquevill&#xe9; dans un coin du comptoir, le regard affol&#xe9;. Suzon, interloqu&#xe9;e, s&apos;adressa &#xe0; l&apos;&#xe9;trange personnage :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Je vous pardon, monsieur... monsieur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Riglioni. Et faut pas s&apos;excuser, on est de la m&#xea;me famille apr&#xe8;s tout ou peu s&apos;en faut ma petite Z&#xe9;zette. Ah je vois que la photo de l&apos;homme est bien en place, c&apos;est bien mon Riton, faut garder les souvenirs. Ah ma petite Z&#xe9;zette ton homme c&apos;est le meilleur conducteur de caravanes que j&apos;ai connu. Et puis il faut dire ce qui est, l&apos;habit de Loyal lui allait mieux qu&apos;&#xe0; moi hein. C&apos;est pour &#xe7;a que je viens mon Riton, t&apos;es parti un peu vite et je te devais une semaine de salaire. Ca fait pas bezef&apos; tu me diras, mais les bons comptes font les meilleures soupes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il eut alors un rire qui semblait un rugissement et il posa &#xe9;nergiquement un paire de billets sur le comptoir. Puis il se cassa en deux devant les dames, manquant de tomber en avant et prit cong&#xe9; aussi brutalement qu&apos;il &#xe9;tait arriv&#xe9;, non sans adresser &#xe0; la cantonade un dernier boniment :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Et si jamais le cirque Riglioni passe dans les parages, n&apos;h&#xe9;sitez pas hein, il y aura toujours des places gratuites pour les petits et un coin de table pour avec la troupe. Nous autres on n&apos;oublie jamais un camarade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La voiture repartit en trombe. A l&apos;int&#xe9;rieur du magasin, le silence &#xe9;tait d&apos;autant plus pesant que le contraste avec l&apos;intervention de Monsieur Riglioni &#xe9;tait fort. Ce fut la vieille Beno&#xee;te qui osa le briser, demandant combien elle devait puis s&apos;&#xe9;chappant le plus discr&#xe8;tement possible. Aussit&#xf4;t la vieille sortie, Suzon alla baisser le rideau et enlever le bec de cane de la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La nouvelle fit bien vite le tour du bourg, la voiture n&apos;&#xe9;tait pas pass&#xe9;e inaper&#xe7;ue. On en rigola bien du fait que l&apos;Henri, qu&apos;on croyait dans la haute, il faisait le clown sur les routes depuis six ans. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; M&#xea;me que comme spectacle &#xe7;a devait pas bien &#xea;tre fameux, vu comme il &#xe9;tait rigolo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A partir de ce jour-l&#xe0;, on ne vit plus Henri que fugitivement, qui travaillait dans l&apos;arri&#xe8;re-boutique. Le grand portrait avait disparu. Suzon restait toujours aussi aimable mais elle avait acquis une duret&#xe9; dans les traits qu&apos;on ne lui connaissait pas jusqu&apos;alors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bien s&#xfb;r &#xe9;tant donn&#xe9; la sympathie qu&apos;ils inspiraient, on ne se moqua jamais d&apos;eux publiquement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Juste l&apos;hiver, quand leur petit Antoine allait &#xe0; l&apos;&#xe9;cole, on trouvait qu&apos;il avait un peu le nez rouge ce gamin.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 13 Apr 2008 12:03:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #28</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8580709/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/48/95/335207/23945670.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;97&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp28&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/48/95/335207/23945670_p.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/61/17/335207/23945690.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp28vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/61/17/335207/23945690_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph Lamuis poussa un profond soupir lorsque le facteur lui tendit l&apos;enveloppe. Il n&apos;avait pas eu besoin de regarder l&apos;&#xe9;criture pour savoir qui &#xe9;tait l&apos;exp&#xe9;diteur de la lettre, l&apos;absence de timbre sur le coin droit &#xe9;tait assez explicite. Il alla chercher les quelques sous qu&apos;il devait d&#xe9;sormais &#xe0; l&apos;administration au fond de sa poche.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Le frangin, c&apos;est &#xe7;a ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph se contenta de hocher la t&#xea;te, il aurait &#xe9;t&#xe9; capable &#xe0; ce moment pr&#xe9;cis de trahir la rancoeur qui le consumait, et &#xe7;a n&apos;aurait pas &#xe9;t&#xe9; bien. heureusement, le digne employ&#xe9; des postes prit ce soupir pour de la compassion :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Encore un ennui le pauvre. Il a quand m&#xea;me pas bien de chance, le pauvre Jean, pas bien de chance, dit-il en secouant sa casquette de droite et de gauche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&#xe8;s sa naissance, on s&apos;en &#xe9;tait dout&#xe9; qu&apos;il aurait pas bien de chance le pauvret&amp;nbsp; : la Jeanne, sa m&#xe8;re l&apos;avait fait sortir un peu trop t&#xf4;t que pr&#xe9;vu, et au lieu du beau b&#xe9;b&#xe9; annonc&#xe9;,une crevette violac&#xe9;e sortit de la matrice, une crevette muette. Il fallut quelques coups sur le dos pour que le b&#xe9;b&#xe9; crache ce que lui obstruait les poumons. Alors s&apos;&#xe9;leva, comme une sir&#xe8;ne d&apos;alarme une plainte, d&apos;abord timide, puis qui gagna en volume au fur et &#xe0; mesure que sa petite poitrine gagnait en assurance. Tous ceux qui assistaient &#xe0; cet accouchement eurent le coeur d&#xe9;chir&#xe9;, la m&#xe8;re la premi&#xe8;re. Elle tint d&apos;ailleurs &#xe0; ce que le nouveau-n&#xe9; h&#xe9;rite de son pr&#xe9;nom, plut&#xf4;t que de celui, initialement pr&#xe9;vu de Nestor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph, son a&#xee;n&#xe9; de cinq ans, avait suivi cette sc&#xe8;ne depuis la cuisine, et n&apos;en connaissait que l&apos;effrayante bande sonore. Le p&#xe8;re vint bient&#xf4;t lui annoncer la naissance du petit fr&#xe8;re. Il lui sugg&#xe9;ra en m&#xea;me temps de prendre bien soin de ce nouveau venu qui semblait si fragile : le ton &#xe9;tait am&#xe8;ne, mais les sourcils broussailleux se fron&#xe7;aient assez pour faire entendre que les manquements &#xe0; cet ordre pourraient bien se r&#xe9;v&#xe9;ler catastrophiques pour les reins de Joseph. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le facteur fit un signe de t&#xea;te, et s&apos;en retourna accomplir le reste de sa tourn&#xe9;e. Joseph referma doucement la porte de sa petite maison puis envoya voler rageusement la lettre sur la table, prit une profonde inspiration, garda l&apos;air dix secondes dans ses poumons puis expira bruyamment. Il &#xe9;tait &#xe0; nouveau calme. M&#xea;me s&apos;il vivait seul depuis le d&#xe9;part de son fr&#xe8;re, il d&#xe9;testait ces moments o&#xf9; il &#xe9;tait incapable de cacher ses sentiments. Il s&apos;assit et &#xe0; l&apos;aide de son couteau d&#xe9;coupa le haut de l&apos;enveloppe. Il en sortit une carte postale, couverte d&apos;une &#xe9;criture serr&#xe9;e, quasi illisible. Sans se pr&#xe9;occuper des avant-propos, il lut les phrases du milieu : qu&apos;est-ce que Jean avait donc &#xe0; lui demander ce coup-ci?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A dix ans, Joseph &#xe9;tait un beau gaillard, un de ces enfants pleins de vie qui passent leur temps &#xe0; courir ou &#xe0; chercher une raison de courir, le genre de galapiat que l&apos;on reprend avec le sourire et en secouant leur tignasse &#xe9;bouriff&#xe9;e. Mais malgr&#xe9; ses jambes muscl&#xe9;es, il ne partageait plus ce genre de jeux avec ses camarades. En effet, depuis un an, les parents avaient d&#xe9;cid&#xe9;, quoiqu&apos;il leur en co&#xfb;te que le cadet &#xe9;tait assez grand pour faire parfois un tour en dehors de la maison. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La m&#xe8;re avait bien un&amp;nbsp; peu pleur&#xe9; en voyant ses enfants aller jusqu&apos;&#xe0; l&apos;&#xe9;picerie, le grand tenant avec application son fr&#xe8;re par la main, ce dernier se retournant fr&#xe9;quemment pour lancer vers la demeure familiale un regard inquiet. Ses yeux sombres et caves semblaient s&apos;&#xe9;largir encore &#xe0; ce moment, et il tr&#xe9;bucha plusieurs fois, il ne savait pas encore bien marcher. Doucement, patiemment, Joseph le rattrapa sous le regard s&#xe9;v&#xe8;re du p&#xe8;re qui v&#xe9;rifiait si le discours sur la responsabilit&#xe9; et l&apos;entraide au sein de la famille avait port&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Vingt minutes plus tard ils &#xe9;taient de retour. La m&#xe8;re n&apos;avait pas boug&#xe9; d&apos;un pouce et Jean, visiblement soulag&#xe9; se pr&#xe9;cipita dans ses bras, lui contant dans un long z&#xe9;zaiement et avec un lanagae approximatif son Odyss&#xe9;e. Il fut f&#xea;t&#xe9; comme un h&#xe9;ros. Joseph alla s&apos;asseoir dans la cuisine en attendant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La carte sur la table &#xe9;tait finalement habituelle. Jean &#xe9;tait malade. Depuis qu&apos;il &#xe9;tait au service militaire, il &#xe9;tait toujours malade, du pain b&#xe9;ni pour les m&#xe9;decins. Jean &#xe9;tait malade et l&apos;ordinaire de la caserne &#xe9;tait bien dur. Avec trois quatre francs il pourrait pendant quelques temps am&#xe9;liorer son quotidien. Si cela ne d&#xe9;rangeait pas son fr&#xe8;re bien s&#xfb;r. Il esp&#xe9;rait d&apos;ailleurs que Joseph se portait bien, en fait il savait bien que Joseph se portait bien, il avait &#xe9;t&#xe9; g&#xe2;t&#xe9; par la nature lui. Joseph avait d&#xe9;j&#xe0; &#xf4;t&#xe9; de la pile le mandat postal qu&apos;il irait porter d&#xe8;s le lendemain au bureau de poste. Il alla chercher la plume et l&apos;encre pour le remplir, d&apos;une belle &#xe9;criture ronde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph &#xe9;crivait bien, et sans faute la plupart du temps, Monsieur Loriot, l&apos;instituteur &#xe9;tait ravi de cet &#xe9;tat de fait : &amp;quot;Je peux le laisser travailler tout seul, il sait tout faire. Et pendant ce temps je peux un peu mieux m&apos;occuper du Jean, le pauvre, il a bien du mal l&#xe0; aussi.&amp;quot;&amp;nbsp; Ce brave homme ne s&apos;&#xe9;tait d&apos;ailleurs jamais rendu compte &#xe0; quel point l&apos;attention qu&apos;il consacrait au gamin au teint bistre et au dos courb&#xe9; cr&#xe9;ait une tension dans la classe. Les autres gamins avaient vite rep&#xe9;r&#xe9; le chouchou &#xe0; son arriv&#xe9;e. Un soir, ils &#xe9;taient bien d&#xe9;cid&#xe9; d&apos;ailleurs &#xe0; lui faire comprendre, gadins dans les poches, pr&#xea;ts &#xe0; voler, que chaque m&#xe9;daille &#xe0; son revers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph s&apos;&#xe9;tait interpos&#xe9;, digne repr&#xe9;sentant de la solidarit&#xe9; familiale, conscient qu&apos;il fallait qu&apos;il prot&#xe8;ge le &apos;tiot qui est pas bien faraud, phrase qu&apos;on lui r&#xe9;p&#xe9;tait chaque jour, &#xe0; la soupe et au d&#xe9;jeuner. Il s&apos;&#xe9;tait pris une caillasse dans le front, mais sa prestance et sa carrure avait vite d&#xe9;courag&#xe9; m&#xea;me les plus m&#xe9;chants. Ils &#xe9;taient rentr&#xe9;s ensemble, Jean en larmes, morveux et son fr&#xe8;re ensanglant&#xe9;. Il avait fallu un bon moment et de nombreux c&#xe2;lins avant que le petit cesse de hurler, on passa le front du grand &#xe0; l&apos;alcool, ce qui le fit sursauter. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Tandis qu&apos;il repliait le mandat qu&apos;il venait de finir de remplir, Joseph tentait de lutter contre ce sentiment de frustration, cette impression d&apos;injustice qu&apos;il avait connu toute sa vie, ce feu qui le rongeait chaque jour un peu plus fort et qu&apos;il tentait d&apos;&#xe9;touffer. Il voulait se raisonner, se dire que ce n&apos;&#xe9;tait pas bien grave si &#xe0; son &#xe2;ge, il n&apos;avait pas encore connu de bonne amie. Joseph aurait eu du succ&#xe8;s au bal, il en avait d&#xe9;j&#xe0; dans la rue, dame, un beau gar&#xe7;on comme lui, b&#xe2;ti comme un ch&#xea;ne, dynamique et affable, il n&apos;en fallait pas plus pour faire tourner la t&#xea;te aux jeunes filles du coin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais si on prenait l&apos;un, on prenait l&apos;autre, &#xe9;tant donn&#xe9; que les deux fr&#xe8;res vivaient ensemble depuis la mort des parents Lamuis. On ne savait gu&#xe8;re de quoi ils &#xe9;taient morts, elle en janvier 1912, lui le mois de mars suivant - Joseph pensait que c&apos;&#xe9;tait la fatigue de s&apos;&#xea;tre occup&#xe9; du &apos;tiot - mais le vieux avait fait jurer au grand qu&apos;il prendrait d&#xe9;sormais soin de son cadet &#xe0; leur place, il &#xe9;tait si fragile. Et puis le grand avait un m&#xe9;tier, tandis que Jean ce serait miracle qu&apos;on lui trouve une t&#xe2;che qui ne le tue pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On avait bien essay&#xe9; un temps de le faire engager comme employ&#xe9; &#xe0; la mairie, mais il &#xe9;crivait si mal qu&apos;il avait bien fallu se rendre &#xe0; l&apos;&#xe9;vidence : il n&apos;&#xe9;tait pas fait pour un m&#xe9;tier intellectuel. D&apos;autre part, son physique d&#xe9;savantageux et ses myst&#xe9;rieuses maladies &#xe0; r&#xe9;p&#xe9;tition lui interdisait toute t&#xe2;che physique. On le garda donc &#xe0; la maison, &#xe0; la plus grande joie de la m&#xe8;re.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Depuis ce temps-l&#xe0;, les deux fr&#xe8;res habitaient donc ensemble, Joseph travaillant d&apos;arrache-pied pour faire vivre le m&#xe9;nage, et Jean se plaignant de ses douleurs tout en trainaillant du fauteuil &#xe0; la fen&#xea;tre. Quand vint l&apos;heure d&apos;&#xea;tre appel&#xe9; sous les drapeaux, Jean eut bien du mal &#xe0; sortir de son lit. Mais les gendarmes qui &#xe9;taient venu le chercher &#xe9;taient des sans-coeur, des &#xe9;trangers qui venaient du chef-lieu de canton ; ils l&apos;emmen&#xe8;rent malgr&#xe9; ses cris et Joseph &#xe9;copa d&apos;une forte amende pour s&apos;&#xea;tre oppos&#xe9; &#xe0; eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il faut croire que dans l&apos;Arm&#xe9;e Fran&#xe7;aise, on avait besoin de gens bien mal en point puisque Jean fut jug&#xe9; apte. C&apos;est alors que les demandes de mandat se mirent &#xe0; affluer. Toujours brave, et sachant bien que le village &#xe9;tait au courant de son courrier, Joseph se trouva dans l&apos;obligation de subvenir aux besoins de son fr&#xe8;re absent, lesquels ne cessaient d&apos;augmenter. Heureusement, les t&#xe2;ches m&#xe9;nag&#xe8;res &#xe9;tant moins lourdes depuis le d&#xe9;part de Jean, l&apos;a&#xee;n&#xe9; put travailler plus longtemps &#xe0; la menuiserie pour y pourvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bref, ce jour-l&#xe0; encore, le &apos;tiot lui demandait quelques francs. Il parcourut &#xe0; pied les dix kilom&#xe8;tres jusqu&apos;au bureau de poste, sans maugr&#xe9;er, au cas o&#xf9; on le verrait. Il ressentait un certain soulagement : c&apos;&#xe9;tait un des derniers mandats puisque le frangin serait lib&#xe9;r&#xe9; dans deux mois, &#xe0; la fin de l&apos;&#xe9;t&#xe9;. Au bureau de poste il tendit son papier, l&apos;employ&#xe9; le data d&apos;un coup de tampon : 28 juin 1914.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Un mois et demi plus tard, le r&#xe9;giment de Jean fit route vers le front. Joseph se trouva dans un poste de commandement, o&#xf9; l&apos;on avait besoin de gens intelligents, sachant lire et &#xe9;crire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il ne fallut pas une semaine pour que le grand se rend&#xee;t compte de l&apos;absurdit&#xe9; de la situation, il commen&#xe7;a alors de longues d&#xe9;marches qui, gr&#xe2;ce &#xe0; son opini&#xe2;tret&#xe9; et &#xe0; ses talents d&apos;orateur, finirent par porter leur fruit : il &#xe9;changea son poste au chaud contre celui de son fr&#xe8;re.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quand il revint au village, Joseph avait derri&#xe8;re lui trois ans de tranch&#xe9;e, trois ans de froid, de faim, de souffrances extr&#xea;mes. Trois ans qu&apos;il avait donn&#xe9; pour la France et pour son fr&#xe8;re. Son premier geste fut d&apos;ailleurs de fleurir la tombe de ce dernier qui s&apos;&#xe9;tait bris&#xe9; la nuque en se prenant les pieds dans le tapis d&apos;on ne sait quel Quartier G&#xe9;n&#xe9;ral.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il y avait sur la tombe trois noms et trois portraits. Et ces trois mauvaises photographies semblaient lui jeter des regards furieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il essaya bien de se refaire une vie mais il ne pouvait s&apos;emp&#xea;cher d&apos;entendre que dans son dos on parlait de remords, de laisser mourir son fr&#xe8;re &#xe0; la guerre, &#xe0; la guerre le pauvre Jean, vous vous rendez compte, il pouvait pas tant en supporter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il se d&#xe9;cida donc &#xe0; &#xe9;migrer et trouva une place d&apos;employ&#xe9; dans la ville de Digoin, la mort dans l&apos;&#xe2;me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On le trouva flottant dans le canal deux mois plus tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Son cadavre &#xe9;tait &#xe9;pouvantablement maigre.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 02 Apr 2008 14:43:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #27</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8543987/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/05/21/335207/23842181.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/05/21/335207/23842181_p.jpg&quot; alt=&quot;cp27&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/23/42/335207/23842196.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/23/42/335207/23842196_p.jpg&quot; alt=&quot;cp27vso&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Nous enterr&#xe2;mes Claude Murcier &#xe0; Bourgoin-Jallieu en mars 1986 alors qu&apos;on s&apos;appr&#xe9;tait &#xe0; f&#xea;ter son centenaire. Il &#xe9;tait mort en bonne sant&#xe9;, s&apos;&#xe9;tant pli&#xe9; jusqu&apos;&#xe0; la fin de sa vie &#xe0; une discipline athl&#xe9;tique rigoureuse. Flexion, extension, inspiration, expiration, une habitude remontant &#xe0; son jeune temps et &#xe0; sa plus grande passion : les chasseurs alpins. On l&apos;enterrait d&apos;ailleurs avec sa tarte, ses fourrag&#xe8;res, ses galons de premi&#xe8;re classe, ses bas blancs et ses chaussures de montagne. On sonna m&#xea;me Sidi-Brahim pendant la mise en terre et Claude, allong&#xe9; dans sa couche aust&#xe8;re, semblait au garde &#xe0; vous, raide comme un piquet, tomb&#xe9; silencieux, sous le choc, comme une muraille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;ensemble du cort&#xe8;ge d&#xe9;fila devant le trou, y jetant une jonquille, et l&apos;on sentait dans cette foule une certaine impatience &#xe0; laisser la c&#xe9;r&#xe9;monie pour se rassembler autour d&apos;un verre&amp;nbsp; comme s&apos;il y avait une urgence &#xe0; tous se rencontrer, un sujet br&#xfb;lant &#xe0; aborder sans plus tarder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il faut dire que l&apos;on n&apos;ensevelissait pas n&apos;importe qui ce jour : dans la tombe gisait le dernier t&#xe9;moin de la plus picrocholine des guerres qu&apos;eut connu le vingti&#xe8;me si&#xe8;cle. Selon son humeur, Claude lui donnait ironiquement le nom de &amp;quot;guerre de 1907-1908&amp;quot;, ou bien, avec des airs de conspirateur, racontait sa participation &#xe0; l&apos;incident qui avait failli h&#xe2;ter de sept ans la Grande Guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Claude &#xe9;tait de ces gens qui ne savaient pas comment travailler, ce n&apos;&#xe9;tait pas un imb&#xe9;cile, il &#xe9;tait m&#xea;me assez intelligent pour voir ce qu&apos;il ne savait pas faire. Il avait par exemple tent&#xe9; de trouver un patron, apr&#xe8;s avoir constat&#xe9; sa compl&#xe8;te incomp&#xe9;tence &#xe0; apprendre quoi que ce soit &#xe0; l&apos;&#xe9;cole, hormis &#xe0; &#xe9;crire. Mais c&apos;&#xe9;tait toujours la m&#xea;me chose : le bl&#xe9; semblait lui pourrir entre les mains, les pas de vis se faussaient d&#xe8;s qu&apos;il donnait un tour d&apos;&#xe9;crou, et on n&apos;avait jamais vu un vitrier r&#xe9;ussir aussi bien des d&#xe9;coupes en vagues quand elles devaient &#xea;tre droites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Par contre c&apos;&#xe9;tait&amp;nbsp; un champion &#xe0; la chasse le Claude. D&#xe8;s que &#xe7;a bougeait dans un buisson, il &#xe9;paulait et le faisan avait &#xe0; peine le temps de montrer une plume qu&apos;il roulait d&#xe9;j&#xe0; dans la bruy&#xe8;re. D&#xe8;s lors il lui restait deux choix pour gagner sa vie : le braconnage ou l&apos;arm&#xe9;e. Comme il &#xe9;tait honn&#xea;te, il s&apos;engagea, et comme il &#xe9;tait de nature curieuse et friand de conna&#xee;tre de nouveaux horizons, il s&apos;engagea au 7&#xb0; bataillon de chasseurs alpins, bataillon de fer, bataillon d&apos;acier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il sillonnait avec bonheur les montagnes en compagnie, et de leur sommet contemplait ce paysage encore vierge, cherchant parfois quelqu&apos;indice de la fronti&#xe8;re franco-italienne sur laquelle il devait veiller. Car elle &#xe9;tait l&#xe0; sa t&#xe2;che sublime : veiller &#xe0; ce que l&apos;ennemi, jaloux de leur ind&#xe9;pendance, ne s&apos;avance dans la m&#xe8;re patrie. L&apos;ennemi, c&apos;&#xe9;tait l&apos;italien, ce boche m&#xe9;dit&#xe9;ran&#xe9;en, qui, &#xe0; l&apos;instar de ses alli&#xe9;s qui avaient confisqu&#xe9; l&apos;Alsace et la Lorraine, lorgnait sur la Savoie et Nice. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On ne peut pas dire cependant que l&apos;atmosph&#xe8;re au col du petit Saint Bernard f&#xfb;t tendue : l&apos;hiver il n&apos;y avait gu&#xe8;re de monde &#xe0; l&apos;air, et l&apos;&#xe9;t&#xe9; on pr&#xe9;f&#xe9;rait humer le parfum des fleurs et des herbes. Il y avait presqu&apos;une sorte de d&#xe9;tente entre les Chassseurs et les Alpini qui se reconnaissaient &#xe0; force de se voir. Et jamais il n&apos;y aurait eu la guerre de 1907-1908 sans ce maudit lapin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Un lapin dans ces contr&#xe9;es &#xe9;tait un animal aussi incongru qu&apos;un chamois sur la c&#xf4;te d&apos;azur. Il &#xe9;tait apparu un jour de printemps sans qu&apos;on sache d&apos;o&#xf9; il pouvait venir, mais selon toute apparence il se plaisait dans les environs des postes de douane, se r&#xe9;galant de la v&#xe9;g&#xe9;tation alpine, fol&#xe2;trant parfois en territoire fran&#xe7;ais, parfois en territoire italien, vaguemestre animal qui traversait le no man&apos;s land. Les soldats l&apos;avaient observ&#xe9; avec &#xe9;tonnement d&apos;abord, puis avec amusement, avaient faits des hypoth&#xe8;ses sur son origine, sur son habitat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;est d&apos;ailleurs Claude qui rep&#xe9;ra le terrier. Il fallait pour cela son regard&amp;nbsp; per&#xe7;ant et son exp&#xe9;rience de chasseur. Le rep&#xe8;re du rongeur avait deux ouvertures : l&apos;une dans le no man&apos;s land et l&apos;autre une dizaine de m&#xe8;tres derri&#xe8;re la cabane des soldats transalpins. Puis on s&apos;amusa avec l&apos;animal que l&apos;adjudant avait surnomm&#xe9; &amp;quot;Jeannot l&apos;alpin&amp;quot;, on lui lacha les chiens au cul : Jeannot &#xe9;tait toujours plus rapide ou plus malin que les lourds Saint Bernard. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Enfin les soldats, quand ils &#xe9;taient d&#xe9;soeuvr&#xe9;s des deux c&#xf4;t&#xe9;s, invent&#xe8;rent une sorte de tennis lapin qui consistait &#xe0; se renvoyer le rongeur en lui faisant peur. Le but &#xe9;tait de l&apos;emp&#xea;cher d&apos;entrer sur le territoire national. Les tournois dur&#xe8;rent tout l&apos;&#xe9;t&#xe9; et se prolong&#xe8;rent durant l&apos;automne, p&#xe9;riode &#xe0; laquelle ils devinrent plus athl&#xe9;tiques, la couche de neige emp&#xea;chant les hommes de se mouvoir facilement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lapin, lui, filait toujours aussi vite et c&apos;&#xe9;tait &#xe9;tonnant de voir la boule de fourrure brune zigzaguer comme un &#xe9;clair sur le manteau blanc sans jamais s&apos;y enfoncer. Il avait atteint une taille admirable, peut-&#xea;tre gr&#xe2;ce &#xe0; ses exercices, et une id&#xe9;e germa alors chez les Chasseurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le col n&apos;&#xe9;tait plus facilement accessible et faudrait d&#xe9;sormais vivre sur les r&#xe9;serves faites au cours de l&apos;&#xe9;t&#xe9; ce qui impliquait une nourriture grossi&#xe8;re, rare&amp;nbsp; et insipide. On ne sait qui dit en premier que le lapin ferait un bon appoint &#xe0; l&apos;ordinaire, peut-&#xea;tre &#xe9;tait-ce cet abruti de Veran, qui avait le chic pour lancer des id&#xe9;es qui semblaient bonnes &#xe0; priori mais se r&#xe9;v&#xe9;laient calamiteuses &#xe0; l&apos;utilisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Toujours est-il qu&apos;au match suivant, les fran&#xe7;ais se firent marquer un point tr&#xe8;s t&#xf4;t dans le match. Claude Murcier &#xe9;paula alors, prit bien son temps car il n&apos;aurait qu&apos;une tentative et quand il fut s&#xfb;r d&apos;avoir l&apos;animal dans son viseur, il tira. Jeannot fut touch&#xe9; en pleine course et boula sur la neige, l&apos;&#xe9;claboussant de quelques gouttes de sang. Comme il retournait &#xe0; ce moment-l&#xe0; vers le camp des Alpini, il d&#xe9;passa la barri&#xe8;re et finit sa course trois m&#xe8;tres plus loin, dans le no man&apos;s land.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le caporal Robert se hissa par-dessus l&apos;obstacle pour aller chercher le repas du soir. Il tendait la main vers les oreilles de l&apos;animal lorsqu&apos;une seconde d&#xe9;tonation claqua dans l&apos;air. La neige sembla exploser devant le caporal qui arr&#xea;ta net son geste. De l&apos;autre c&#xf4;t&#xe9; de la fontri&#xe8;re, un soldat italien le tenait encore en joue, sa carabine fumait. Pour voir, Robert tendit &#xe0; nouveau la main. Deux coups simultan&#xe9;s r&#xe9;pondirent &#xe0; ce geste, les balles s&apos;enfonc&#xe8;rent juste devant lui, le faisant battre en retraite, tandis que tous ses camarades se mettaient &#xe0; l&apos;abri. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il y eut un moment de silence. Puis un nouveau coup de feu. La carabine de Murcier avait repris du service et l&apos;italien qui avait p&#xe9;n&#xe9;tr&#xe9; le no man&apos;s land s&apos;en repartit bredouille. C&apos;est ainsi que se passa cette dr&#xf4;le d&apos;apr&#xe8;s-midi. Chaque tentative pour aller saisir le lapin &#xe9;tait suivie de l&apos;armement d&apos;une carabine, puis du retour du soldat en mission de ravitaillement. On alluma les projecteurs pour la nuit, les deux camps rest&#xe8;rent sur leurs positions, leurs soldats camoufl&#xe9;s : limiers invisibles couch&#xe9;s dans les sillons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;adjudant fit un rapport par le t&#xe9;l&#xe9;graphe. Et le lendemain on put constater que de l&apos;autre c&#xf4;t&#xe9; on avait eu la m&#xea;me r&#xe9;action, puisqu&apos;une d&#xe9;l&#xe9;gation vint visiter aussi les soldats transalpins. Sans que ses hommes quitassent leurs positions, l&apos;adjudant expliqua l&apos;affaire au capitaine qui &#xe9;tait venu les voir. Le capitaine se trouva fort ennuy&#xe9; et il fit son rapport t&#xe9;l&#xe9;graphique : des coups de feu avaient &#xe9;t&#xe9; &#xe9;chang&#xe9;s. Le rapport monta la voie hi&#xe9;rarchique, prenant &#xe0; chaque stade une importance plus grande, une urgence plus &#xe9;vidente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain apr&#xe8;s-midi, un officier g&#xe9;n&#xe9;ral pl&#xe9;nipotentiaire se pr&#xe9;sentait au col, accompagn&#xe9; d&apos;un traducteur. Ce dernier eut du mal &#xe0; s&apos;adapter au langage fleuri des militaires mais fut le m&#xe9;dia du dialogue suivant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;quot; Pourquoi vous nous avez tir&#xe9; dessus ?&lt;br /&gt;- A cause du lapin, il est pas &#xe0; vous le lapin.&lt;br /&gt;- Comment &#xe7;a il est pas &#xe0; nous ? C&apos;est Murcier qui l&apos;a tir&#xe9;.&lt;br /&gt;- Oui mais il est pas chez vous.&lt;br /&gt;- Il y &#xe9;tait quand Murcier a tir&#xe9;.&lt;br /&gt;- De toute fa&#xe7;on &#xe7;a fait rien, il est pas &#xe0; vous parce qu&apos;il est pas de chez vous, il est italien.&lt;br /&gt;- Et comment tu le sais, tu lui as caus&#xe9; avant qu&apos;il meure ?&lt;br /&gt;- Il a sa maison chez nous alors il est italien.&lt;br /&gt;- N&apos;emp&#xea;che que vous nous l&apos;avez envoy&#xe9;, c&apos;est une sorte de r&#xe9;fugi&#xe9;.&lt;br /&gt;- Et c&apos;est comme &#xe7;a que vous les traitez les r&#xe9;fugi&#xe9;s ? Patrie des droits de l&apos;homme de mon cul oui.&lt;br /&gt;- Y&apos;a que les lapins et les italiens qu&apos;on traite comme &#xe7;a et tu sais pourquoi ? C&apos;est parce que sinon vous savez foutre qu&apos;une chose : vous reproduire, bons &#xe0; rien.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le reste de l&apos;&#xe9;change &#xe9;tait &#xe0; base d&apos;organes g&#xe9;nitaux, de m&#xe8;res baffou&#xe9;es, de familles d&#xe9;shonor&#xe9;es. Cette fructueuse prise de contact dura plusieurs jours. Pendant ce temps, le lapin se dess&#xe9;chait entre les deux barri&#xe8;res. Parfois un corbeau venait se poser pour tenter d&apos;arracher un bout de viande au cadavre, une salve de fusil roulait alors et il ne restait du pauvre volatile qu&apos;une tache de sang et quelques plumes qui volaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A bout d&apos;arguments et d&apos;injures, ayant re&#xe7;u des renforts et le lapin &#xe9;tant totalement d&#xe9;charn&#xe9; &#xe0; la fin de l&apos;hiver, chaque camp fit enfin un pas vers l&apos;autre. Il fut convenu que d&#xe9;sormais tout lapin se risquant dans le secteur serait aussit&#xf4;t et impitoyablement abattu et enterr&#xe9; dans le no man&apos;s land.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ce fut la fin de la guerre de 1907-1908. Une guerre qui ne vit pas de vainqueur officiel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais de temps &#xe0; autre, quand il avait fini de raconter son histoire, Claude Murcier sortait de sa poche un porte-bonheur, une patte de lapin, et confiait &#xe0; voix basse, mais avec un ton rauque et l&apos;oeil br&#xfb;lant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Dans la nuit que je suis all&#xe9; la chercher celle-l&#xe0;. C&apos;est nous qu&apos;on l&apos;a gagn&#xe9; la Guerre du Lapin, c&apos;est nous.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 30 Mar 2008 21:26:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #26</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/25/8464752.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/25/8464752.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8464752/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/25/8464752.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/76/23/335207/23654251.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp26&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/76/23/335207/23654251_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/75/97/335207/23654274.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;100&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp26vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/75/97/335207/23654274_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt; - C&apos;est un scandale Monsieur le Maire, c&apos;est tout proprement un scandale !&amp;quot;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;&#xe9;tait le vieil Antoine qui fulminait m&#xe9;chamment, rouge &#xe0; s&apos;en faire &#xe9;clater un an&#xe9;vrisme. Il avait l&apos;index accusateur et la moustache en bataille et il beuglait comme jamais, debout en plein centre de la salle du bistrot, approuv&#xe9; par une dizaine de camarades, tous taiseux, l&apos;oeil charbonneux, et ayant adopt&#xe9; l&apos;attitude explicite de ceux qui sont bien d&#xe9;cid&#xe9;s &#xe0; aller jusqu&apos;au bout pour peu qu&apos;il y ait quelqu&apos;un devant. Et le vieil Antoine gueulait donc :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C&apos;est un scandale Monsieur le Maire, ce qu&apos;on fait &#xe0; un de nos pays &#xe0; la ville. Tout proprement un scandale !&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; En face de lui, Louis-Georges Remontet piquait du nez dans son douze degr&#xe9;s. En tant qu&apos;&#xe9;dile municipal, le fait qu&apos;on lui jette cette dignit&#xe9;&amp;nbsp; &#xe0; la figure plut&#xf4;t qu&apos;un &amp;quot;le Louis&amp;quot; augurait mal de la conversation qui suivrait. Le Louis avait d&apos;autant plus honte que ce qu&apos;on lui reprochait aujourd&apos;hui, il l&apos;avait impos&#xe9; auparavant au nom de la modernit&#xe9;, de la solidarit&#xe9; et de la compassion, toutes vertus socialistes rurales qui auraient pu le mener au Conseil G&#xe9;n&#xe9;ral. L&apos;erreur tactique qu&apos;il venait de commettre lui co&#xfb;tait certainement une carri&#xe8;re politique qui l&apos;e&#xfb;t men&#xe9; presque sous les ors de la sous- pr&#xe9;fecture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Et o&#xf9; qu&apos;il est maintenant le pinlot ? Comment c&apos;est-y qu&apos;y va notre Jean-Pierre ? Vous-y savez-t-y ? Parce que la derni&#xe8;re fois qu&apos;on l&apos;a vu revenir ben il &#xe9;tait pas bien faraud, moi je vous-y dit, Monsieur le Maire.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Chaque &amp;quot;Monsieur le Maire&amp;quot; &#xe9;tait un coup qui assommait un peu plus le Louis, une pierre l&apos;ensevelissant sous une montagne de remords et d&apos;ambition civique d&#xe9;&#xe7;ue. La derni&#xe8;re venue au village du Jean-Pierre avait fait na&#xee;tre une grogne qui s&apos;&#xe9;tait peu &#xe0; peu chang&#xe9; en m&#xe9;contentement, lequel avait laiss&#xe9; la place &#xe0; une exasp&#xe9;ration qui venait d&apos;&#xe9;clater en fureur r&#xe9;volutionnaire pile l&#xe0;, au milieu de la salle du bistrot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- J&apos;y ai vu Monsieur le Maire, il avait tout les c&#xf4;t&#xe9;s de la t&#xea;te avec des trous dans les cheveux, enfin dans ce qui lui restait de cheveux. Et y&apos;aurait fallu y coller des beignes pour qu&apos;il vous r&#xe9;ponde des fois&amp;quot;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On avait fait au mieux pourtant, la municipalit&#xe9; avait souhait&#xe9; que l&apos;idiot du village dev&#xee;nt un idiot d&apos;exception, le plus progressiste des idiots qui soit, capable de s&apos;extraire de sa condition d&apos;idiot &#xe0; force de th&#xe9;rapies modernes. Il fut donc d&#xe9;cid&#xe9; qu&apos;une souscription s&apos;adressant &#xe0; l&apos;esprit civique des citoyens m&#xe9;nardinois permettrait d&apos;offrir solidairement les soins n&#xe9;cessaires &#xe0; sa gu&#xe9;rison &#xe0; l&apos;h&#xf4;pital de la Grand-Ville : Edouard Herriot &#xe0; Lyon. Vu qu&apos;on l&apos;aimait bien le Jean Pierre - les gamins s&apos;amusaient bien avec- les dons furent imposants et l&apos;on put de suite payer au pinlot quatre mois d&apos;h&#xf4;pital. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Moi j&apos;y avais dit du d&#xe9;but que &#xe7;a tournerait mal, c&apos;est-y pas vrai ? Hein ? - et le vieil Antoine&amp;nbsp; prenait ses voisins &#xe0; t&#xe9;moin - J&apos;y avais dit : la ville c&apos;est pas l&apos;endroit pour un gars de la campagne, tout cr&#xe9;tin qu&apos;il soit. Un gars de la campagne c&apos;est fait pour la campagne.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le Louis, Monsieur le Maire, avait pourtant pr&#xe9;vu la chose, organisant le retour de Jean-Pierre chez l&apos;un ou l&apos;autre, sa masure &#xe9;tant devenue quasiment insalubre avec le temps et le manque de soins. Il revint donc, et chaque fois en plus mauvais &#xe9;tat. Ses cheveux avaient disparu par plaques, l&#xe0; o&#xf9; les m&#xe9;decins posaient les &#xe9;lectrodes : c&apos;&#xe9;tait aussi &#xe7;a le progr&#xe8;s, la gu&#xe9;rison par l&apos;&#xe9;lectricit&#xe9;, la plus moderne des &#xe9;nergies, Monsieur le Maire en avait fait un bon discours sur la place de l&apos;&#xe9;glise. Un bien beau discours que ses concitoyens avaient su appr&#xe9;cier, avaient m&#xea;me applaudi, ce qui rendait suspectes les affirmations de l&apos;Antoine :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Voui, Monsieur le Maire, voui, on n&apos;a point le droit de le laisser se ratatiner l&#xe0;-bas. Ici, Monsieur l&apos;Instituteur lui a appris &#xe0; &#xe9;crire et tout, &#xe7;a lui a pris bien quinze ans, et il lui faut une journ&#xe9;e pour aligner trois phrases et dedans il dit n&apos;importe quoi, mais n&apos;emp&#xea;che chez nous, il a appris des choses.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le Louis devait bien en convenir, depuis qu&apos;il &#xe9;tait &#xe0; la ville, Jean Pierre venait encore plus idiot qu&apos;il n&apos;&#xe9;tait parti, il avait m&#xea;me du mal &#xe0; remonter sur son v&#xe9;lo. C&apos;&#xe9;tait pourtant quelque chose, Jean-Pierre et son v&#xe9;lo. C&apos;&#xe9;tait l&apos;autre moiti&#xe9; du couple, Jean-Pierre n&apos;ayant jamais eu droit aux tendresses d&apos;une femme. Enfin bref, c&apos;&#xe9;tait bien la seule chose qu&apos;il ma&#xee;trisait son v&#xe9;lo. Le fait qu&apos;il n&apos;ait m&#xea;me pas le go&#xfb;t de le reprendre, en plus des br&#xfb;lures, inqui&#xe9;tait tout le village.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Monsieur le Maire, je vous le demande sonanellement, faisez revenir le Jean Pierre, sa vraie place c&apos;est chez nous, il appartient au village.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;&#xe9;tait la pointe du discours du vieil Antoine. Pour l&apos;occasion il avait baiss&#xe9; de ton et pointait un doigt accusateur sur l&apos;&#xe9;dile, un doigt d&apos;autant plus flagrant qu&apos;il &#xe9;tait le seul &#xe0; ne pas tenir le verre &#xe0; vingt centimes de piquette. Il se fit alors un grand chambard dans l&apos;esprit du maire et l&apos;Antoine se vit d&#xe9;chu de son poste, &#xe0; jamais mis au ban de la soci&#xe9;t&#xe9;, il se vit insult&#xe9;, m&#xe9;pris&#xe9;, ruin&#xe9;. C&apos;est alors que l&apos;Antoine porta sa botte:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Et pis les gamins l&apos;aiment bien.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le maire sortit maussade du bistrot, il savait d&#xe9;sormais ce qu&apos;il avait &#xe0; faire. On fit don des derniers sous de la souscription aux petits fr&#xe8;res de pauvres et Jean Pierre laissa sa chambre d&apos;h&#xf4;pital pour retrouver sa cahute aux faubourgs du village. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Petit &#xe0; petit il arriva &#xe0; remonter sur sa bicyclette et refit ses tours de village. On &#xe9;tait si content qu&apos;on lui paya r&#xe9;guli&#xe8;rement la goutte. Ses d&#xe9;parts furent plus m&#xe9;morables que jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Et puis il ravissait tant les enfants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il se passa &#xe0; peine trois mois avant qu&apos;ils ne lui jettent &#xe0; nouveau des mottes de terre. On ne sut jamais laquelle lui brisa la tempe. On ne chercha pas &#xe0; le savoir : une chute de v&#xe9;lo &#xe7;a arrive, surtout chez un pinlot.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;NB : pinlot, c&apos;est l&apos;idiot du village. &lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 25 Mar 2008 21:15:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #25</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/17/8361386.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/17/8361386.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8361386/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/17/8361386.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/72/03/335207/23348258.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;97&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp25&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/72/03/335207/23348258_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/81/74/335207/23348286.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;96&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp25vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/81/74/335207/23348286_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Il existe encore dans notre monde moderne des villages perdus au beau milieu de nulle part. Ils poss&#xe8;dent de nos jours l&apos;ADSL, ils ne sont plus isol&#xe9;s de la couverture des t&#xe9;l&#xe9;phones portables, ils existeraient presque pour peu&amp;nbsp; qu&apos;il y ait une vie l&#xe0;-bas. Quelques iroquois y restent, propri&#xe9;taires terriens, &#xe9;leveurs et dinosaures utopiques des ann&#xe9;es hippies. Il y aurait de la vie pour peu qu&apos;il y ait encore du commerce ou de l&apos;artisanat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;A Saint Bonnet des Quarts par exemple, il fut un temps o&#xf9; l&apos;on comptait plusieurs bistrots, il y avait m&#xea;me une &#xe9;picerie-bazar-torr&#xe9;facteur qui faisait aussi la ligne de car jusqu&apos;&#xe0; Paris, via la nationale sept, en deux jours, une sorte de supermarch&#xe9; de l&apos;&#xe9;poque. Quasiment florissant que c&apos;&#xe9;tait Saint Bonnet &#xe0; l&apos;&#xe9;poque, un bourg moderne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Aujourd&apos;hui il ne reste qu&apos;un bistrot et une &#xe9;picerie. Les meilleures du monde bien entendu, mais en face du bistrot, la boucherie a ferm&#xe9;, en face de l&apos;&#xe9;picerie, la boulangerie n&apos;est plus que ruines. On y fit du pain un jour pas du pain extraordinaire, mais du bon pain, pas du pain de plaisir comme on voit &#xe0; la capitale, juste du pain pour manger. C&apos;&#xe9;tait Noailly qui le faisait ce pain, qu&apos;on venait du haut de la montagne pour l&apos;acheter. Pas parce que c&apos;&#xe9;tait le meilleur, c&apos;&#xe9;tait juste le plus pr&#xe8;s et quand le chemin pour aller au boulanger se compte en dizaines de kilom&#xe8;tres, c&apos;est un argument de poids. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Bref, Noailly, le vieux Claudius, faisait son pain mais ne le vendait jamais. La vente &#xe9;tait la t&#xe2;che exclusive de Mathilde, sa fille unique et son unique soutien puisque la m&#xe8;re &#xe9;tait morte en couche attendu le d&#xe9;lai incroyable qu&apos;il avait fallu attendre le m&#xe9;decin de La Pacaudi&#xe8;re le jour de l&apos;accouchement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Mathilde &#xe9;tait n&#xe9;e un 14 juillet, une enfant b&#xe9;nie des dieux dont les parents s&apos;aimaient d&apos;un amour le plus beau qu&apos;il soit, un amour parfait ; Claudius faisait le pain, Lydie le vendait, le sourire aux l&#xe8;vres et le compliment dans la manche. Le jour venu de la d&#xe9;livrance, pour arracher le docteur Vial au banquet r&#xe9;publicain, il avait fallu un chausse-pied et un guide bien patient qui le tenait en selle tant il avait &#xe9;clus&#xe9; de vin de la C&#xf4;te.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Quand le m&#xe9;decin arriva, la m&#xe8;re perdait bien autre chose que les eaux, et le praticien, plein de bonne volont&#xe9;, s&apos;endormit n&#xe9;anmoins plusieurs fois tandis qu&apos;il pratiquait la mise bas. La fille v&#xe9;cut, la m&#xe8;re mourut : la fatalit&#xe9; en quelque sorte. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;De ce jour-l&#xe0; Claudius changea. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Comme un fait expr&#xe8;s, la boulangerie sembla devenir plus sombre, comme le devint son propri&#xe9;taire. Il travaillait dur, Claudius pour tenir son petit commerce, et il servait nonobstant les pleurs de la petite dans l&apos;arri&#xe8;re-salle. On lui disait bien qu&apos;il fallait s&apos;occuper du b&#xe9;b&#xe9;, il r&#xe9;torquait aussit&#xf4;t qu&apos;il fallait qu&apos;elle s&apos;habitue parce que sa vie, elle allait la passer entre ces quatre murs : la boulangerie il ne pourrait pas la tenir tout seul bien longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Alors qu&apos;elle avait &#xe0; peine huit ans, le village s&apos;habitua &#xe0; voir une petite fille distribuer le pain. Le ma&#xee;tre disait bien au p&#xe8;re Noailly qu&apos;on pourrait au moins la mener jusqu&apos;au certificat d&apos;&#xe9;tude, celui-ci ne voulut rien savoir. D&#xe8;s que Mathilde fut capable de compter la monnaie, il la pla&#xe7;a &#xe0; la caisse. Elle n&apos;y &#xe9;tait pas malheureuse les premi&#xe8;res ann&#xe9;es, c&apos;est agr&#xe9;able&amp;nbsp; pour un enfant de se sentir importante, puis elle commen&#xe7;a peu &#xe0; peu &#xe0; se lasser. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Vous pourrez demander &#xe0; tous ceux qui ont connu Claudius : c&apos;est alors qu&apos;il retrouva le sourire et qu&apos;en m&#xea;me temps il disparut.&amp;nbsp; Quand la petite l&apos;aidait avec avec gaiet&#xe9; &#xe0; la caisse, on pouvait encore le trouver au caf&#xe9; Barthaut, en train de boire la goutte. Du moment que la petite voulut s&apos;&#xe9;manciper, il n&apos;h&#xe9;sita pas le p&#xe8;re Noailly et se paya une carriole et un baudet. De temps &#xe0; autre m&#xea;me il allait &#xe0; l&apos;&#xe9;picerie-bazar et s&apos;achetait un billet pour la ville. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Pendant ces absences, Mathilde s&apos;occupait seule de la boutique. Il ne partait gu&#xe8;re que pour un jour ou deux, et laissait assez de pain pour les gens puissent venir faire provision; ces jours-l&#xe0;, Mathilde en profitait pour faire les comptes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Au retour, le p&#xe8;re Noailly &#xe9;tait ravi. Il s&apos;enfermait dans son fournil et pr&#xe9;parait le pain en sifflant, d&apos;aucun disait qu&apos;il allait chez les dames, &#xe0; Roanne, &#xe0; Lyon ou &#xe0; Paris. Le facteur mit bient&#xf4;t chacun au courant que le boulanger avait bon nombre d&apos;amis dans les villes. La preuve en &#xe9;tait qu&apos;il recevait syst&#xe9;matiquement une bonne demi-douzaine de cartes postales apr&#xe8;s ses p&#xe9;r&#xe9;grinations, toutes portant un paraphe diff&#xe9;rent. Nul ne se doutait jusqu&apos;alors que le p&#xe8;re Noailly p&#xfb;t conna&#xee;tre tant de personnes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Ce devint une v&#xe9;ritable kermesse que les retours de Claudius : il ne r&#xe9;sistait pas &#xe0; vous faire la lecture, ou plut&#xf4;t &#xe0; la faire faire &#xe0; sa fille qui lisait mieux que lui. C&apos;&#xe9;taient des mots d&apos;amiti&#xe9;s, parfois de simples signatures, toutes diff&#xe9;rentes, et Claudius n&apos;h&#xe9;sitait pas &#xe0; vous conter les diverses circonstances qui lui valaient tant d&apos;amiti&#xe9;s.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;C&apos;&#xe9;tait l&apos;ing&#xe9;nieur Machin qui lui &#xe9;crivait, ou bien le commissaire de la ville lui-m&#xea;me, parfois, madame la Comtesse lui envoyait un petit mot, enfin bref, tout un ar&#xe9;opage qui semblait le courtiser. Le vieux Noailly rayonnait. Sa fille, elle, sans cesse au labeur, se dess&#xe9;chait un peu plus chaque jour. Ses attraits se fanaient si vite qu&apos;on la prit bient&#xf4;t pour la contemporaine de son p&#xe8;re, seules les adresses des cartes postales : &amp;quot; Monsieur et Mademoiselle Noailly&amp;quot; rappelaient qu&apos;il s&apos;agissait du p&#xe8;re et de la fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Cependant les ann&#xe9;es firent bien plus de d&#xe9;g&#xe2;ts chez Claudius que chez Mathilde, et il vint un jour ou le vieux boulanger ne put plus se relever. On retourna chercher le m&#xe9;decin &#xe0; La Pacaudi&#xe8;re, qui vint plus promptement mais ne fut pas plus efficace qu&apos;il l&apos;avait &#xe9;t&#xe9; lors de l&apos;accouchement : Claudius allait bient&#xf4;t mourir, le coeur ne tiendrait gu&#xe8;re longtemps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;Les vieilles du village vinrent en pleurs lui r&#xe9;v&#xe9;ler la nouvelle, &#xe0; leur grande grande surprise, l&apos;annonce ne fit na&#xee;tre qu&apos;un sourire sur le visage du boulanger, et une demande : &amp;quot;Faites donc venir la Mathilde !&amp;quot; . Elle entra dans la chambre du mourant les yeux mouill&#xe9;s, elle en ressortit quasiment d&#xe9;figur&#xe9;e par le chagrin. Tant d&apos;amour, c&apos;&#xe9;tait beau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;On enterra le Claudius. et deux semaines apr&#xe8;s sa fille. Tant d&apos;amour, c&apos;&#xe9;tait beau. Nul ne sut ce qui s&apos;&#xe9;tait dit dans la chambre. Il aurait fallu &#xea;tre une petite souris pour voir le vieux Noailly sourire &#xe0; sa fille et lui dire: &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Ca te fait bien chier de rester au village tandis que je suis &#xe0; la ville hein ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Quoi le vieux ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;- Et ben je vais te dire un truc qui va te faire encore plus bien chier. A la ville j&apos;y vais juste pour m&apos;envoyer des cartes postales, pour faire croire que j&apos;y ai des gens que je connais. Qu&apos;est-ce que t&apos;en dis hein ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Je comprends rien.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Ca te fais bien chier de rester enferm&#xe9;e alors que je vais faire la foire hein ? Ca t&apos;a bien pourri ta vie hein ? Et ben j&apos;en suis bien content !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Comme la fille restait horrifi&#xe9;e, ne sachant quoi dire, le vieux poussa sa derni&#xe8;re botte :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - C&apos;est toi qui l&apos;a tu&#xe9;e la Lydie : tu l&apos;as m&#xe9;rit&#xe9; ta vie de merde.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 17 Mar 2008 19:03:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #22 - Celle du Pr&#xe9;sident</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/14/8323775.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/14/8323775.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8323775/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/14/8323775.html</guid><description>&lt;p style=&quot;margin: 1ex;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img width=&quot;390&quot; height=&quot;70&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;banniere_carte_22&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/32/84/381264/22940955.jpg&quot; usemap=&quot;truc&quot; /&gt; &lt;map name=&quot;truc&quot;&gt;&lt;area href=&quot;http://cruditeetfleurbleue.blogspot.com/&quot; shape=&quot;rect&quot; coords=&quot;0,0,33,66&quot; title=&quot;La nouvelle de Prax&quot; /&gt;
&lt;area href=&quot;http://extravagances.blogspirit.com/&quot; shape=&quot;rect&quot; coords=&quot;35,0,68,66&quot; title=&quot;La nouvelle de Vagant&quot; /&gt;
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&lt;area href=&quot;http://tout-et-rien--sylvette.blogspot.com/&quot; shape=&quot;rect&quot; coords=&quot;315,0,348,66&quot; title=&quot;La nouvelle de Sylvette&quot; /&gt;
&lt;area href=&quot;http://chantalbatave.canalblog.com/&quot; shape=&quot;rect&quot; coords=&quot;350,0,383,66&quot; title=&quot;La nouvelle de Chantal&quot; /&gt;
&lt;/map&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/43/89/335207/22673031.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;95&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/43/89/335207/22673031_p.jpg&quot; alt=&quot;cp22&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/86/20/335207/22673050.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;95&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/86/20/335207/22673050_p.jpg&quot; alt=&quot;cp22vso&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;C&apos;est le texte propos&#xe9; par l&lt;a href=&quot;http://blogduchi.canalblog.com/&quot;&gt;e Pr&#xe9;sident&lt;/a&gt;. Et n&apos;oubliez pas (comme je l&apos;ai&amp;nbsp; fait)&lt;a href=&quot;http://lamerecastor.canalblog.com/&quot;&gt; la m&#xe8;re Castor &lt;/a&gt;et son conte extraordinaire. &lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Cher 
Docteur,&lt;/font&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Je 
vous envoie cette petite carte pour vous remercier de vos bons soins. 
C&#xe9;nas, trois fois C&#xe9;nas, nonobstant vos louables efforts et les miens 
sans cesse renouvel&#xe9;s, la situation est longtemps rest&#xe9;e bloqu&#xe9;e 
ici en-bas. J&apos;ai eu beau passer plus de temps assis que debout et vermouth-cassis, 
aucune obole n&apos;est venue r&#xe9;compenser l&apos;humble vasque offert par Monsieur 
Delafon au grand dam de son coll&#xe8;gue Jacob. Devant ma fr&#xe9;quentation 
assidue des lieux que vous savez, l&apos;aubergiste m&apos;a dit &amp;quot;faut pas 
pousser&amp;quot;. Ah le brave homme, s&apos;il savait…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Toutes 
les conditions &#xe9;taient pourtant r&#xe9;unies : vos potions et &#xe9;lixirs 
patiemment mitonn&#xe9;s dans le secret de votre laboratoire, la cenpotte 
de jus de pruneaux que vous avez eu l&apos;obligeance de me faire livrer 
(et que j&apos;aie bue quasi d&apos;un trait) et enfin le paysage de la riante 
bourgade o&#xf9; vous m&apos;avez envoy&#xe9; en convalescence qui - comme vous le 
constaterez au dos de la carte - incite fortement &#xe0; se faire furieusement 
ch…&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Alors, 
au d&#xe9;sespoir, je me suis r&#xe9;solu &#xe0; regagner mes p&#xe9;nates, la mort 
dans l&apos;&#xe2;me et la tripe nou&#xe9;e. Las ! arriv&#xe9; &#xe0; Paris - pour mon changement 
de gare - plus pr&#xe9;cis&#xe9;ment &#xe0; la station Auber, la situation s&apos;est 
tout soudain d&#xe9;bloqu&#xe9;e. Les pompiers sont l&#xe0;, l&apos;arm&#xe9;e a &#xe9;t&#xe9; convoqu&#xe9;e 
en renfort, on esp&#xe8;re sauver la plus grande partie du r&#xe9;seau du m&#xe9;tropolitain, 
mais tout le monde se trouve bien em... mouscaill&#xe9;.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Amiti&#xe9;s,&lt;/font&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;Votre 
patient qui l&apos;a beaucoup &#xe9;t&#xe9;&lt;/font&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;6&quot; face=&quot;French Script MT&quot;&gt;P.S. : Je 
n&apos;ai pas communiqu&#xe9; votre nom aux services au Bureau Enqu&#xea;tes Accidents, 
vous avez donc le temps de vous enfuir &#xe0; l&apos;&#xe9;tranger.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;




</description><pubDate>Fri, 14 Mar 2008 17:41:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #22 - la  mienne.</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/13/8287950.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/13/8287950.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8287950/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/13/8287950.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img width=&quot;390&quot; height=&quot;70&quot; border=&quot;0&quot; usemap=&quot;truc&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/32/84/381264/22940955.jpg&quot; alt=&quot;banniere_carte_22&quot; /&gt; &lt;map name=&quot;truc&quot;&gt;&lt;area title=&quot;La nouvelle de Prax&quot; coords=&quot;0,0,33,66&quot; shape=&quot;rect&quot; href=&quot;http://cruditeetfleurbleue.blogspot.com/&quot; /&gt;
&lt;area title=&quot;La nouvelle de Vagant&quot; coords=&quot;35,0,68,66&quot; shape=&quot;rect&quot; href=&quot;http://extravagances.blogspirit.com/&quot; /&gt;
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&lt;/map&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/43/89/335207/22673031.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;95&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp22&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/43/89/335207/22673031_p.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/86/20/335207/22673050.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;95&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp22vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/86/20/335207/22673050_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le Docteur Andr&#xe9; C&#xe9;nas &#xe9;tait un hygi&#xe9;niste convaincu, ce qui n&apos;&#xe9;tait gu&#xe8;re &#xe9;tonnant de la part d&apos;un m&#xe9;decin progressiste, r&#xe9;publicain et socialiste. Il &#xe9;tait paternel et attentionn&#xe9; envers sa client&#xe8;le coutumi&#xe8;re : les gueules noires du puits Couriot ou les ouvriers de la Manufacture des Armes et Cycles. Il les soignait avec beaucoup de z&#xe8;le, n&apos;h&#xe9;sitant pas parfois &#xe0; mentir sur les prix pour pas trop les mettre dans la d&#xe9;bine, les belets* , n&apos;h&#xe9;sitant jamais &#xe0; les mettre en caisse* aux&amp;nbsp; frais des patrons exploiteurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bref le Docteur C&#xe9;nas, tout le monde l&apos;aimait bien, mais, beauseigne*, il tirait un peu le diable par la queue avec sa pauvre femme. Il comprit bient&#xf4;t que si &#xe7;a devait durer ainsi, il n&apos;aurait plus la force et l&apos;argent pour aider les plus mis&#xe9;reux : il d&#xe9;cida donc de s&apos;installer en centre-ville et de soigner le bourgeois, le coeur en berne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Autant sur le minarat*, on lui soignait les poumons d&apos;o&#xf9; qu&apos;il sortait une esp&#xe8;ce de p&#xe2;te brune, autant sur les riches c&apos;&#xe9;tait au niveau du bide que &#xe7;a se passait. C&apos;&#xe9;tait tous les jours concours de ventres gras et enfl&#xe9;s, c&apos;&#xe9;tait des foies de deux kilos&amp;nbsp; qu&apos;on avait du mal &#xe0; en faire le tour des deux mains, c&apos;&#xe9;tait des boyaux bouch&#xe9;s par de la nourriture trop riche.&amp;nbsp; On en sortait toujours quelque chose, mais c&apos;&#xe9;tait un peu moins noble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il y avait un autre point commun entre les deux pathologies : on ne les soignait pas sur place. Pour ce qui concernait les crises de foie, le docteur C&#xe9;nas pr&#xe9;conisait un voyage vers une ville d&apos;eau, o&#xf9; l&apos;on soignait mieux ce genre de maladies. Pour la silicose, on ne la soignait pas du tout. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Or il se trouvait qu&apos; Andr&#xe9; C&#xe9;nas avait un bon ami du c&#xf4;t&#xe9; du Doubs, un bon ami qui avait ouvert une clinique pour prendre les eaux. Le camarade Auber &#xe9;tait un excellent m&#xe9;decin, mais n&#xe9;anmoins un affreux r&#xe9;actionnaire : sans aucun atermoiement, il avait troqu&#xe9; sa t&#xe2;che sacr&#xe9;e contre la confortable existence de ceux qui pratiquaient la m&#xe9;decine de luxe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les deux anciens coll&#xe8;gues avaient gard&#xe9; contact, notamment pour que certaines caisses d&apos;eau des monts du Forez* aux propri&#xe9;t&#xe9;s caract&#xe9;ristiques fassent leurs bons offices dans les services du directeur Auber &#xe0; Besan&#xe7;on. Ce fut donc tout naturellement que le Docteur C&#xe9;nas lui envoya&amp;nbsp; des convois entiers de curistes lesquels revenaient ravis, le teint frais et l&apos;oeil p&#xe9;tillant car Auber connaissait son m&#xe9;tier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Tout allait donc bien pour Andr&#xe9; qui gagnait d&#xe9;sormais bien sa vie, au point que son ventre s&apos;arrondit un peu. Tout allait d&apos;autant mieux que cette prosp&#xe9;rit&#xe9; nouvelle permettait au bon docteur de se consacrer deux jours par semaine &#xe0; ses oeuvres sociales : soigner les pauvres, t&#xe2;che qu&apos;il pouvait pratiquer de fa&#xe7;on b&#xe9;n&#xe9;vole. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Seulement, deux jours par semaine, &#xe7;a n&apos;est pas six jours, et les malades, chez les pauvres, il y en avait d&apos;abonde* : des petits, des grands, des maigres et des costauds. Tout seul, le docteur C&#xe9;nas n&apos;avait pas assez de mains pour soulager, panser et soigner. Ses ambitions ne cessaient de gonfler : il y avait tant et tant d&apos;abistrogn&#xe9;s* &#xe0; remettre debout, qui devaient &#xe9;lever une famille, donner &#xe0; manger aux belins*. On ne pouvait pas laisser les choses en l&apos;&#xe9;tat et un seul homme ne saurait y suffire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le docteur C&#xe9;nas eut alors cette id&#xe9;e folle : il prit un employ&#xe9;. Oui, un employ&#xe9; qui soignait les pauvres &#xe0; sa place. Au d&#xe9;part, l&apos;id&#xe9;e &#xe9;tait d&apos;avoir un infirmier, pourquoi pas un m&#xe9;decin militaire&amp;nbsp; &#xe0; la retraite, mais encore une fois la g&#xe9;n&#xe9;rosit&#xe9; du docteur le submergea, il d&#xe9;cida que les pauvres avaient bien le droit &#xe0; la m&#xea;me qualit&#xe9; de soin que les riches et il engagea un jeune interne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il n&apos;&#xe9;tait pas question que les soins de ce coll&#xe8;gue soient payants pour les mineurs et les ouvriers, et tout le monde ne partageait pas l&apos;utopie de C&#xe9;nas. Il d&#xfb;t donc subvenir aux besoins de son employ&#xe9; et ils se partag&#xe8;rent les gages de la riche client&#xe8;le du centre-ville.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Un probl&#xe8;me se fit tout de m&#xea;me jour : les patients se faisaient de plus en plus rares tant les soins bisontins &#xe9;taient de qualit&#xe9;. Il parut alors n&#xe9;cessaire de sugg&#xe9;rer certaines pratiques &#xe0; Auber. Il marrona* bien un peu au d&#xe9;but, mais un capitaliste on ne pouvait que le convaincre si on lui faisait miroiter un gain p&#xe9;cuniaire important. C&apos;est ainsi que l&apos;ami du peuple fit un march&#xe9; juteux avec son coll&#xe8;gue r&#xe9;trograde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il s&apos;engageait &#xe0; continuer de lui envoyer tous ses patients si il les lui renvoyait &#xe0; moiti&#xe9; gu&#xe9;ris, qu&apos;il puisse y avoir toujours l&apos;espoir d&apos;une rechute. Ainsi les curistes resteraient des clients &#xe0; vie : ils rentreraient, mangeraient de bon app&#xe9;tit, jauniraient bient&#xf4;t, viendraient voir le Docteur C&#xe9;nas qui les enverrait au docteur Auber qui tiendrait le m&#xe9;decin au courant de leur &#xe9;tat de sant&#xe9;, et quand ils seraient presque gu&#xe9;ris, ils rentreraient &#xe0; Saint&#xe9;*. Apr&#xe8;s tout les mineurs enrichissaient les patrons avec leur sueur, ce n&apos;&#xe9;tait que justice que ces derniers paient les soins de leurs employ&#xe9;s avec leur graisse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On les d&#xe9;graissait un peu, juste assez pour qu&apos;ils puissent retomber malade pour la bonne cause.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Le petit march&#xe9; fonctionna bien, au-del&#xe0; m&#xea;me de la guerre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le Docteur C&#xe9;nas savait pourquoi il maltraitait ses patients, en son for int&#xe9;rieur il en tirait une certaine fiert&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il n&apos;emp&#xea;che que son bon fond le rattrapa : alors qu&apos;il avait toujours abhorr&#xe9; la calotte, il fit venir un pr&#xea;tre &#xe0; la veille de sa mort pour se confesser.&lt;/p&gt;&lt;hr width=&quot;100%&quot; size=&quot;2&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;u&gt;&lt;strong&gt;*Petit lexique gaga :&lt;/strong&gt;&lt;/u&gt;&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Belet :&lt;/u&gt; terme empreint de tendresse pour d&#xe9;signer une personne.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Se mettre en caisse :&lt;/u&gt;&amp;nbsp; se mettre en cong&#xe9; maladie.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Beauseigne :&lt;/u&gt; terme marquant la plainte, &amp;quot;le pauvre&amp;quot;.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Minarat :&lt;/u&gt; mineur.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Forez : &lt;/u&gt;c&apos;est juste de la pub ,les eaux p&#xe9;tillantes du Forez sont vraiment terribles.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;D&apos;abonde :&lt;/u&gt; beaucoup.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Abistrogn&#xe9;s :&lt;/u&gt; bless&#xe9;s, mal en point.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Belins :&lt;/u&gt; enfants (cf belets).&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Marroner :&lt;/u&gt; bougonner.&lt;br /&gt;&lt;u&gt;Saint&#xe9; :&lt;/u&gt; Saint Etienne bien s&#xfb;r. Allez les verts.&lt;/p&gt;

&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 13 Mar 2008 16:59:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>