<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>LeCartophile</title><link>http://cartophile.canalblog.com/</link><description>Une carte postale, un monologue, une situation, un monde &#xe0; inventer.</description><language>fr</language><lastBuildDate>Wed, 11 Nov 2009 08:54:37 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Carte Postale #31</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/09/10/10533902.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/09/10/10533902.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10533902/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/09/10/10533902.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/74/76/335207/29954819.jpg&quot;&gt;&lt;img height=&quot;95&quot; width=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/74/76/335207/29954819_p.jpg&quot; alt=&quot;cp31&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/59/14/335207/29954931.jpg&quot;&gt;&lt;img height=&quot;96&quot; width=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/59/14/335207/29954931_p.jpg&quot; alt=&quot;31vso&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;C&apos;est s&#xfb;rement une pure affabulation de ma part, puisque l&apos;on m&apos;a souvent affirm&#xe9; qu&apos;on ne pouvait avoir de souvenirs si lointains, mais je reste persuad&#xe9; que mon premier souvenir, la premi&#xe8;re chose que vis jamais &#xe9;tait le visage souriant de Cadette se penchant sur mon landau. La capote noire est un long tunnel au bout duquel brille la vive lueur du jour, et ce visage en est aur&#xe9;ol&#xe9;. Ce n&apos;est s&#xfb;rement qu&apos;une affabulation mais ce n&apos;est s&#xfb;rement pas un hasard si je vois Cadette plut&#xf4;t que P&#xe8;re ou M&#xe8;re, si j&apos;ai choisi son visage plut&#xf4;t que le leur. Je n&apos;ai d&apos;ailleurs que peu de souvenirs de leur visage de jeunesse, celui qu&apos;on garde en m&#xe9;moire naturellement tant on voudrait voir les gens qu&apos;on aime fig&#xe9;s dans une fra&#xee;cheur &#xe9;ternelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd&apos;hui Cadette n&apos;a gu&#xe8;re chang&#xe9; ; elle a gard&#xe9; ses yeux bleus qui vous regardent en coin, sympt&#xf4;me de ses r&#xe9;flexions int&#xe9;rieures. Le demi-sourire qu&apos;elle affiche en permanence n&apos;a pas chang&#xe9; non plus, ni m&#xea;me sa coiffure, simplement aux coins de ses l&#xe8;vres et de ses yeux, quelques rides sont apparues. Apr&#xe8;s tout je ne suis pas si vieux m&#xea;me si ce soir j&apos;ai l&apos;impression d&apos;avoir cent ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cadette ne s&apos;est s&#xfb;rement pas toujours appel&#xe9;e Cadette, ou peut-&#xea;tre que si. Peut-&#xea;tre que ses parents, mal inspir&#xe9;s avaient laiss&#xe9; le choix du pr&#xe9;nom aux soeurs a&#xee;n&#xe9;es, lesquelles, d&#xe9;nu&#xe9;es d&apos;imagination se seraient &#xe9;cri&#xe9; : &amp;quot;Cadette, on va l&apos;appeler soeur Cadette&amp;quot;. Toujours est-il que je ne l&apos;ai jamais connue que sous ce sobriquet-l&#xe0; que mes parents aussi avaient adopt&#xe9; en m&#xea;me temps qu&apos;ils l&apos;avaient engag&#xe9;e pour s&apos;occuper de moi, m&apos;&#xe9;duquer et m&apos;&#xe9;lever, se r&#xe9;servant le reste des t&#xe2;ches qui incombent &#xe0; des parents : m&apos;embrasser le soir avant mon coucher, si une soir&#xe9;e ne les en emp&#xea;chait, et le matin s&apos;ils &#xe9;taient encore l&#xe0;. A vrai dire, je ne leur en veux gu&#xe8;re de s&apos;&#xea;tre comport&#xe9;s ainsi &#xe0; mon &#xe9;gard : on ne pouvait pas trouver meilleure gouvernante ni nourrice plus aimante que Cadette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n&apos;&#xe9;tait pourtant pas tendre avec le commun des mortels et arborait ostensiblement un certains m&#xe9;pris de ses semblables. Lorsque nous nous promenions ou que nous allions faire les courses, elle n&apos;h&#xe9;sitait pas &#xe0; me dresser une longue liste des illusions et des vanit&#xe9;s de chaque personne que nous croisions, et qu&apos;elle saluait de son aimable demi-sourire. Cadette faisait partie de ces gens capables d&apos;&#xea;tre au courant de tout sans jamais avoir besoin de demander&amp;nbsp; la moindre information : extr&#xea;mement observatrice et volontiers d&#xe9;ductive, une esp&#xe8;ce de Sherlock Holmes se consacrant &#xe0; l&apos;art de la m&#xe9;disance. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces le&#xe7;ons m&apos;ont appris que l&apos;on doit toujours se tenir avec modestie et discr&#xe9;tion, et ce malgr&#xe9; ma haute naissance, ou plut&#xf4;t &#xe0; cause d&apos;elle, qui m&apos;obligeait &#xe0; ne pr&#xea;ter le flanc &#xe0; aucune critique. Mes parents encourag&#xe8;rent cette m&#xe9;thode, jugeant qu&apos;un tel &#xe9;tat d&apos;esprit &#xe9;tait le comble de la biens&#xe9;ance aristocratique. Cadette me prot&#xe9;gea en m&#xea;me temps qu&apos;elle m&apos;aguerrit, me faisant comprendre qu&apos;&#xea;tre riche &#xe9;tait une qualit&#xe9;, le montrer une faute de go&#xfb;t, et&amp;nbsp; croire qu&apos;on l&apos;&#xe9;tait le pire des d&#xe9;fauts.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute le tendresse qu&apos;elle refusait &#xe0; l&apos;humanit&#xe9;, ma nourrice la reportait sur moi. Elle le faisait physiquement : il ne se passait gu&#xe8;re de moments o&#xf9; nous fussions ensemble sans que nous nous embrassions, nous enlacions, nous c&#xe2;linions. Cadette me donnait de doux noms tandis qu&apos;elle me caressait les joues, me contemplant comme si j&apos;&#xe9;tais le plus bel objet, le plus pr&#xe9;cieux qu&apos;elle e&#xfb;t jamais vu. Ce regard surtout m&apos;&#xe9;tait r&#xe9;serv&#xe9;, elle ne l&apos;avait jamais quand une autre personne &#xe9;tait pr&#xe9;sente. J&apos;&#xe9;tais alors si important,&amp;nbsp; j&apos;&#xe9;tais alors tellement aim&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis je grandis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et rien ne changea vraiment, ni la complicit&#xe9; qui nous unissait, ni la relation fusionnelle que nous avions construite. J&apos;&#xe9;tais juste un&amp;nbsp; peu plus grand, et mon innocence s&apos;effa&#xe7;ait en m&#xea;me temps que j&apos;arrivais &#xe0; expliquer certaines sensations que je ne connaissais alors pas. A force d&apos;&#xe9;couter en classe, un peu plus mes camarades et un peu moins mes ma&#xee;tres, je r&#xe9;ussis &#xe0; consid&#xe9;rer l&apos;amour sous ses divers aspects et je sus alors qu&apos;avec Cadette nous ne pourrions jamais pleinement nous conna&#xee;tre si nous ne les explorions pas tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut du temps, il fallut s&apos;apprivoiser l&apos;un l&apos;autre, faire un pas en avant et s&apos;arr&#xea;ter juste &#xe0; temps pour que la magie ne se brise pas pour recommencer la fois suivante en reprenant presque du d&#xe9;but. Nous savions que l&apos;in&#xe9;luctable arriverait &#xe0; son heure, et ce fut un apr&#xe8;s-midi qu&apos;il choisit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Couch&#xe9; sur mon lit qui ne r&#xe9;pondrait plus d&#xe9;sormais &#xe0; l&apos;appelation &amp;quot;lit de jeune homme&amp;quot;, je reprenais difficilement ma respiration, non que j&apos;aie &#xe9;t&#xe9; particuli&#xe8;rement flamboyant ce jour&amp;nbsp; l&#xe0;, mais je me remettais avec peine de l&apos;extase nouvelle que je venais de d&#xe9;couvrir. A mes c&#xf4;t&#xe9;s, Cadette avait aussi le souffle saccad&#xe9; et je me tournai alors vers elle dans le but de partager aussi ce moment avec elle. Elle refuser mon baiser, des larmes coulaient sur ses joues, elle se leva bien vite, ramassa d&apos;un geste prompt ses effets et se retira dans sa chambre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je restai un moment interloqu&#xe9;, et tentait de deviner les raisons de ce chagrin subit. Peut-&#xea;tre avait-elle honte d&apos;avoir perdu son honneur avec le fils de la maison ? J&apos;avais entendu dire pourtant que de telles relations n&apos;&#xe9;tait pas si singuli&#xe8;res, et je me proposais m&#xea;me de l&apos;&#xe9;pouser, si elle le voulait, ce qui ferait notre bonheur mutuel. Ou encore avait-elle l&apos;impression de m&apos;avoir perdu ? Je me jurais de lui expliquer qu&apos;il n&apos;en &#xe9;tait rien, qu&apos;au contraire elle venait de me retrouver, tel que je venais de me transformer, comme un homme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je continuai &#xe0; &#xe9;chafauder des hypoth&#xe8;ses pendant un moment, mais mes pens&#xe9;es revinrent bien vite au moment d&#xe9;licieux que je venais de conna&#xee;tre et je me promis que, d&#xe8;s que j&apos;aurais r&#xe9;ussit &#xe0; consoler Cadette, nous recommencerions.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous recommen&#xe7;&#xe2;mes souvent, mais jamais je n&apos;osais demander &#xe0; mon amante les raisons de ses pleurs, j&apos;oubliais mes bonnes r&#xe9;solutions d&#xe8;s nos premi&#xe8;res caresses, et les r&#xe9;it&#xe9;rais quand elle partait en pleurant. Elle pleura chaque fois que nous f&#xee;mes l&apos;amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier pourtant, Cadette avait l&apos;air plus grave quand elle entra dans la chambre. Elle s&apos;assit sagement sur la chaise de mon bureau et les yeux baiss&#xe9;s me raconta tout ce que j&apos;ignorais de son histoire. Elle me dit son enfance chez ses parents, commer&#xe7;ants qui eurent l&apos;ambition de la mettre &#xe0; l&apos;&#xe9;cole. Elle me raconta l&apos;institution o&#xf9; on lui appris &#xe0; &#xea;tre une bonne m&#xe9;nag&#xe8;re, une bonne gestionnaire du quotidien. Elle me dit le rang qu&apos;elles formaient avec ses amies quand un couple venait pour engager l&apos;une d&apos;elles. Elle m&apos;apprit que quand elle fut choisie, mon p&#xe8;re la d&#xe9;signa du doigt, se tourna vers la directrice et demanda : &amp;quot;Celle-l&#xe0;, est-elle aussi une bonne &#xe9;l&#xe8;ve ?&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle me raconta alors les premiers mois qu&apos;elle passa &#xe0; la maison, sentant qu&apos;un myst&#xe8;re planait sur cette maisonn&#xe9;e, qu&apos;on la consid&#xe9;rait plus qu&apos;on ne devait le faire d&apos;une gouvernante. Enfin elle me d&#xe9;voila le march&#xe9; que mon p&#xe8;re lui fit, comment il fut convaincant et comment elle accepta malgr&#xe9; ses r&#xe9;ticences.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma m&#xe8;re, voyez-vous, n&apos;avait jamais pu avoir d&apos;enfant, et P&#xe8;re voulait &#xe0; tout crin perp&#xe9;tuer le nom de la famille. Les larmes aux yeux, tandis que je me sentais soudain glac&#xe9; jusqu&apos;aux os, elle chevrota : &amp;quot; Moralement, je ne suis pas ta m&#xe8;re, alors tu vois...&amp;quot;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 10 Sep 2008 16:27:10 GMT</pubDate></item><item><title>Le loup-garou</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/23/9293954.html</link><category>Contes de notre enfance - Reloaded</category><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/23/9293954.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9293954/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/23/9293954.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;Elle se
consid&#xe8;re parfois dans la glace, son corps, son visage. Bien s&#xfb;r le temps a
pass&#xe9; il n’emp&#xea;che qu’elle peut encore faire rougir certains, mais voil&#xe0; quinze
ans d&#xe9;j&#xe0; que Mathilde, la Mathilde passe les plats pour son homme quand il
rentre le soir. Ce n’est pas vraiment d&#xe9;sagr&#xe9;able, son homme ne fait pas la
t&#xea;te, il lui parle, un peu, parfois m&#xea;me il lui adresse un compliment. Sur la
cuisine, sur elle. C’est quasiment plus qu’elle fait. Mais quand elle se
consid&#xe8;re ainsi, dans la glace, il semble que sur le tain s’inscrivent les
images r&#xe9;volues de leurs premi&#xe8;res nuits d’amour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;Et pour chaque
action qu’elle entreprend, la ribambelle des souvenirs rend son geste plus
lourd et plus morne, elle sent qu’elle s’est us&#xe9;e au bonheur et qu’il ne reste
de la passion qu’une trame accabl&#xe9;e. La soupe automatique est servie fumante &#xe0;
l’homme qui rentre du travail, dont le dos s’est arrondi au fil des ans. Elle
le regarde parfois tandis qu’il est pench&#xe9; sur son assiette. On devine encore
sous le pli &#xe2;pre de la bouche le croc blanc, le sourire ravageur, il reste dans
les yeux quelques poussi&#xe8;res d’&#xe9;toiles qui prodiguent une fluorescence
moribonde, et sous le teint gris&#xe2;tre de son homme, on discerne encore l’homme &#xe0;
la peau dor&#xe9;e qui semblait briller au soleil couchant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;Et puis elle
revient de ces souvenirs de cin&#xe9;ma. Elle regarde par la fen&#xea;tre. Parfois la
nuit tombe, parfois elle fait comme si. L’homme se l&#xe8;ve, il laisse sur la table
les reliefs du repas. Selon le jour il sort ou il reste, cela importe peu car
ils sont s&#xe9;par&#xe9;s quoiqu’il en soit, il y a tant de murs dans une maison. Et
puis elle pr&#xe9;f&#xe8;re les jours o&#xf9; il sort. Comme un fait expr&#xe8;s il y a souvent un
beau temps ces soir&#xe9;es l&#xe0;, une lune qui s’&#xe9;l&#xe8;ve lumineuse et pleine, des
dentelles en cama&#xef;eu de noir, les sapins qui piquent et les collines qui
mamelonnent. Enfin, comme dans un r&#xea;ve d’Hollywood, il y a le vent glac&#xe9; qui
pique les avant-bras nus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;C’est un pays
sauvage, il faut dire. Un pays si sauvage qu’y r&#xf4;dent encore des animaux plus
vivants dans les songes que sur terre. Il y a sur la Butte &#xe0; Pinlot un rocher
plat qui met en valeur le superbe animal qui vient hurler &#xe0; la lune. Un loup.
Oui, un vrai loup, tout le village en fr&#xe9;mit, Mathilde le regarde de loin, elle
devine la sauvagerie, la fiert&#xe9;, l’haleine chaude. Un jour elle a d&#xe9;cid&#xe9; de
s’approcher, comme une envie de sentir le musc. Alors elle a pris ses
pr&#xe9;cautions : une cape pour combattre le froid, des bottes pour marcher en
pleine campagne et un couteau pour se rassurer. Elle ne pourrait pas se d&#xe9;fendre
de toute fa&#xe7;on.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Et une nuit o&#xf9; elle &#xe9;tait seule, elle s’est
approch&#xe9;e de la Butte. Il est apparu et s’est assis, comme s’il &#xe9;tait ma&#xee;tre de
toute chose. Alors qu’il s’appr&#xea;tait &#xe0; hurler, elle est sortie de son couvert,
il a sursaut&#xe9; et l’a consid&#xe9;r&#xe9;e. Les yeux semblaient br&#xfb;ler de l’int&#xe9;rieur, ils
appelaient Mathilde et elle ne r&#xe9;sista pas longtemps. Bient&#xf4;t elle caressait
rugueusement&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;le dos du fauve d’une main,
l’autre pointant le couteau en avant. Il semblait que la rude fourrure soit
&#xe9;lectris&#xe9;e, il semblait que les odeurs et les sons tournent, il semblait que
les caresses &#xe0; l’un que les coups de langue &#xe0; l’autre ne pourraient jamais
s’arr&#xea;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;Le destin est
farceur, il a voulu qu’&#xe0; ce moment le coude de Mathilde bute sur le rocher et
que la lame qu’elle tenait dans la main s’enfonce dans le flanc de la b&#xea;te. Il
n’y eut pas de cri, pas de moment suspendu, sans demander son reste le loup
s’enfuit. Et la belle, pantelante, &#xe9;reint&#xe9;e, abasourdie rejoignit sa maison.
Plus seule encore qu’elle ne l’avait &#xe9;t&#xe9;. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;text-indent: 27pt;&quot;&gt;Il arriva ce
soir l&#xe0; que l’homme ne rentra pas. Il n’avait pu que se tra&#xee;ner jusqu’&#xe0; la
porte, sa main ouverte sur le battant. Il avait au c&#xf4;t&#xe9; une entaille sanglante.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Fri, 23 May 2008 18:18:00 GMT</pubDate></item><item><title>Monsieur Ducornard est un brave homme</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/18/9229329.html</link><category>Participations spontan&#xe9;es.</category><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/18/9229329.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9229329/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/18/9229329.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Voici un texte qui n&apos;est pas de moi, mais de Dominique. Dominique n&apos;a pas de blog et donc voil&#xe0;, je l&apos;h&#xe9;berge. Ca me rend service en m&#xea;me temps, mieux, &#xe7;a me flatte, c&apos;est comme un fan-art apr&#xe8;s tout. Seulement il y a un probl&#xe8;me : je n&apos;ai pas de carte postale qui pourrait correspondre. C&apos;est pourquoi je propose, si le coeur vous en dit de faire un second jeu (je le ferai aussi ) : trouver soit une carte postale, soit faire une photo qui en tienne lieu et de donner avec la correspondance qui aurait pu inspirer le texte ci-dessous. En attendant, merci Dominique.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&#xa7;&#xa7;&#xa7;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Dans un joli village comme des dizaines d&apos;autres villages du Midi, Monsieur Ducornard est l&apos;heureux propri&#xe9;taire d&apos;un bout de terrain au bord de l&apos;eau. Un peu difficile d&apos;acc&#xe8;s parce qu&apos;il doit traverser la d&#xe9;partementale et descendre quelques marches pour y acc&#xe9;der, mais ce petit coin de paradis est id&#xe9;al pour la p&#xea;che &#xe0; la mouche et abrite chaque &#xe9;t&#xe9; un couple de marouettes ponctu&#xe9;es qui fait &#xe9;tape durant sa migration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard partage son bout de terrain avec Monsieur Dugommier, le secr&#xe9;taire de la soci&#xe9;t&#xe9; de chasse locale, son petit cousin par alliance. Remonter les arcanes de la g&#xe9;n&#xe9;alogie de la famille est un peu compliqu&#xe9; mais il se trouve que la grand-tante de Monsieur Ducornard a &#xe9;pous&#xe9; en secondes noces le fr&#xe8;re de lait du grand-oncle de Monsieur Dugommier, ce qui cr&#xe9;e des liens, vous en conviendrez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard est un brave homme et Monsieur Dugommier un f&#xea;tard de premi&#xe8;re, l&apos;un accepte avec le sourire que l&apos;autre utilise r&#xe9;guli&#xe8;rement leur bout de terrain pour un d&#xe9;jeuner sur l&apos;herbe ou une partie de p&#xea;che. Parfois et m&#xea;me souvent, ce sont les enfants de Monsieur Dugommier et leurs copains, diables de chenapans qui viennent &#xab; faire la f&#xea;te &#xbb; . Monsieur Ducornard pense qu&apos;ils exag&#xe8;rent. Apr&#xe8;s leur passage, il doit passer la herse et le r&#xe2;teau pour nettoyer leurs b&#xea;tises : il a trouv&#xe9; des m&#xe9;gots de cigarettes papier ma&#xef;s et m&#xea;me tout un tas de bouteilles de vin de sureau, vides &#xe9;videmment. Mais, il faut bien que jeunesse se passe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard a pr&#xe9;vu d&apos;organiser un grand d&#xe9;jeuner pour les 80 ans de sa belle-m&#xe8;re, le jour de P&#xe2;ques. Il faut dire que Monsieur Ducornard aime tendrement son &#xe9;pouse Marie-Blanche qui a &#xe9;t&#xe9; seconde Dauphine de &#xab; Miss MARGUERITE &#xbb; en 1932 et qui a de beaux restes . De plus il appr&#xe9;cie le navarin de mouton d&apos;Ursule sa belle-m&#xe8;re. Ursule fait aussi un p&#xe2;t&#xe9; de foie de volailles dont vous me direz des nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bref, Monsieur Ducornard envoie des invitations &#xe0; toute la famille (qui est grande),commande une douzaine de bouteilles cachet&#xe9;es &#xe0; la cave coop&#xe9;rative et une pi&#xe8;ce mont&#xe9;e au &#xab; parisien &#xbb;, le p&#xe2;tissier qui est venu s&apos;installer, il y a une vingtaine d&apos;ann&#xe9;es au village ; il fauche l&apos;herbe du terrain et pr&#xe9;voie d&apos;installer trois piquets et un drap pour prot&#xe9;ger tous ses invit&#xe9;s du soleil du Midi. Tout s&amp;quot;annonce &#xe0; merveille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et patatras, la catastrophe. En allant poster les derni&#xe8;res cartes d&apos;invitations destin&#xe9;es &#xe0; la cousine Hortense (Hortense est la fille de la sœur d&apos;Ursule, quand je vous disais que la famille est grande !), bref en allant au bureau de poste, Monsieur Ducornard rencontre Marius, le neveu de Monsieur Dugommier, qui l&apos;invite &#xe0; l&apos;exposition de pendules &#xe0; ressorts qui aura lieu le jour de P&#xe2;ques sur le bout de terrain dont son oncle a l&apos;usage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard est un brave homme mais l&#xe0;, il en mord sa moustache et jette son b&#xe9;ret par terre de col&#xe8;re. Aussit&#xf4;t, il court chez Monsieur Dugommier pour lui demander des explications. H&#xe9;las, il ne trouve que Madame Dugommier : comme d&apos;habitude, Monsieur Dugommier est all&#xe9; boire le pastis chez Ovide, son copain de la soci&#xe9;t&#xe9; de chasse. Il y est rest&#xe9; d&#xe9;jeuner et comme le d&#xe9;jeuner &#xe9;tait un peu copieux, il est parti faire la sieste sur son terrain, sur le promontoire en haut du village.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Apr&#xe8;s la sieste, de retour chez lui, il d&#xe9;couvre le probl&#xe8;me : sa femme lui raconte que Ducornard est venu et que &#xab; ma foi, je sais pas ce qu&apos;il y a, mais il avait pas l&apos;air bien content le Ducornard , il a dit qu&apos;il y avait l&apos;anniversaire d&apos;Ursule et l&apos;exposition de pendules &#xe0; ressort sur le terrain, et Marius est pass&#xe9;, il &#xe9;tait tout estranpin&#xe9; le petit ; mais qu&apos;est ce qui se passe aujourd&apos;hui, qu&apos;est-ce qu&apos;ils ont tous &#xe0; s&apos;agiter comme &#xe7;a, on se croirait chez des parisiens ! &#xbb;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et Monsieur Dugommier comprend tout. La col&#xe8;re de Monsieur Ducornard et l&apos;agitation de Marius, c&apos;est sa faute, il a oubli&#xe9; de pr&#xe9;venir son cousin que le terrain serait occup&#xe9; par l&apos;exposition de pendules &#xe0; ressorts. Que faire ! Impossible d&apos;annuler l&apos;exposition, c&apos;est pas tant pour les pendules, lui Monsieur Dugommier , il lit l&apos;heure au cadran solaire et il trouve que c&apos;est bien suffisant, mais Marius est fianc&#xe9; &#xe0; la fille de Monsieur Dubon-Dubonnet et diable, il ne veut pas f&#xe2;cher le futur beau-p&#xe8;re de son neveu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Dubon-Dubonnet est sous-chef de bureau &#xe0; la Direction des Poids et Mesures au bourg voisin et Monsieur Dugommier est en litige avec l&apos;administration des Imp&#xf4;ts et Taxes. Litige qui porte essentiellement sur la surface de sa vigne des Pescaillous, surface qui est v&#xe9;rifi&#xe9;e et d&#xe9;termin&#xe9;e par le service des Poids et Mesures ! Vous comprenez donc qu&apos;il ne peut se permettre de contrarier un sous-chef de bureau des Poids et Mesures, qui de plus doit rentrer dans la famille !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que faire, Mon Dieu que faire ? Il ne peut contrarier ni Monsieur Dubon-Dubonnet ( &#xe0; cause de la vigne des Pescaillous), ni Monsieur Ducornard qu&apos;il voit tous les jours et qui m&#xea;me, chaque ann&#xe9;e &#xe0; l&apos;ouverture de la chasse, lui offre une dizaine de cartouches.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard, lui, en est tout retourn&#xe9;, il a m&#xea;me bu coup sur coup deux verres d&apos;alcool de prune pour se remettre et Marie Blanche est en col&#xe8;re,&amp;nbsp; &amp;quot;les 80 ans de maman, c&apos;est important, comment on va faire maintenant, on peut plus d&#xe9;commander les invit&#xe9;s et la pi&#xe8;ce mont&#xe9;e on l&apos;a pay&#xe9;e et Maman qu&apos;est-ce qu&apos;elle va dire !&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, suivant les conseils de sa femme qui est une femme intelligente (pensez ! elle a &#xe9;t&#xe9; premi&#xe8;re du canton au certificat d&apos;&#xe9;tudes !), le lendemain, Monsieur Dugommier va voir Monsieur Ducornard et lui explique pourquoi on ne peut annuler l&apos;exposition de pendules &#xe0; ressorts et contrarier Monsieur Dubon-Dubonnet, et il lui promet son aide pour que l&apos;anniversaire d&apos;Ursule se passe le mieux de monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur Ducornard est un brave homme, le jour de P&#xe2;ques, toute la famille se retrouve sur son perron le long de la d&#xe9;partementale. (Perron que Monsieur Dugommier a nettoy&#xe9;, il a m&#xea;me repeint les jardini&#xe8;res et pr&#xea;t&#xe9; les assiettes de son beau service de porcelaine). Et Monsieur Ducornard d&#xe9;guste le navarin de mouton en se disant qu&apos;il ne prendra plus sa carte &#xe0; la soci&#xe9;t&#xe9; de chasse. Pendant ce temps, sur le bout de terrain au bord de la rivi&#xe8;re, Marius fait les honneurs de son exposition de pendules &#xe0; ressorts aux amis de ses amis, pensez, certains viennent m&#xea;me de Ploucville (la grande ville &#xe0; trois jours de voyage !)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et comme Monsieur Ducornard a beaucoup d&apos;amis et que Marie Blanche est une pipelette, voil&#xe0; pourquoi Monsieur Dubon-Dubonnet qui, pour pr&#xe9;parer sa retraite, visait le poste de vice-pr&#xe9;sident de la soci&#xe9;t&#xe9; de chasse du village, n&apos;a pas &#xe9;t&#xe9; &#xe9;lu. Il n&apos;a pas compris pourquoi mais il va se repr&#xe9;senter l&apos;ann&#xe9;e prochaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quant &#xe0; l&apos;administration des Imp&#xf4;ts et Taxes, elle a fait savoir &#xe0; Monsieur Dugommier que suite &#xe0; une erreur de num&#xe9;ro de dossier, le montant de son imposition &#xe9;tait &#xe0; jour et quelle n&apos;avait plus besoin de la surface du lieu-dit Pescailloux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 18 May 2008 18:45:11 GMT</pubDate></item><item><title>L&apos;ogre.</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/15/9191605.html</link><category>Contes de notre enfance - Reloaded</category><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/15/9191605.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9191605/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/15/9191605.html</guid><description>&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;img width=&quot;39&quot; height=&quot;60&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/04/51/335207/25616311_p.jpg&quot; alt=&quot;lmaj&quot; /&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;e soleil &#xe9;crase la vall&#xe9;e.&lt;/font&gt; On doit &#xea;tre en &#xe9;t&#xe9; comme le sugg&#xe8;re la hauteur des herbes folles de certaines p&#xe2;tures, comme le sugg&#xe8;re aussi la gangue de torpeur qui a envahi le village. On peut dire qu&apos;il n&apos;y a pas un bruit tant sont monotones les stridulations des grillons et le ruissellement de la petite rivi&#xe8;re. D&apos;ici on ne les entend gu&#xe8;re, mais deux rires s&apos;&#xe9;l&#xe8;vent presque sans discontinuer de deux sillages fendant les chiendents. Pourtant si l&apos;on s&apos;approchait un peu, si l&apos;on s&apos;approchait beaucoup, on serait pris dans un tourbillon de cheveux, de jupes, accompagn&#xe9; d&apos;un nuage de sauterelles.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elles sont deux &#xe0; jouer follement dans les herbes que dominent &#xe0; peine leur chevelure, l&apos;une blonde et l&apos;autre brune. Quand elles se baissent, elles se perdent l&apos;une l&apos;autre. Alors elles se rel&#xe8;vent, se poursuivent, courent ou rampent, crient, pouffent, s&apos;attrapent et rient &#xe0; pleine gorge en roulant parmi la v&#xe9;g&#xe9;tation. Elles sont essouffl&#xe9;es, leurs mollets &#xe9;gratign&#xe9;s saignent un peu et grattent beaucoup, elles suent tellement que leurs habits leur colle &#xe0; la peau. Elles allaient reprendre leur poursuite mais soudain elles s&apos;arr&#xea;tent.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elles &#xe9;taient tant &#xe0; leur affaire qu&apos;elle ne l&apos;ont pas vu arriver. C&apos;est une silhouette d&apos;abord, parce qu&apos;il est &#xe0; contre-jour et qu&apos;on ne peut gu&#xe8;re le regarder qu&apos;en fermant un oeil et en plissant l&apos;autre. Quand on met la main en visi&#xe8;re, pour &#xe9;viter d&apos;&#xea;tre &#xe9;bloui, on peut constater qu&apos;il s&apos;agit d&apos;un jeune homme, mince et presque maigre, qui affiche un certain soin dans son apparence. Malgr&#xe9; la terrible chaleur du soleil au z&#xe9;nith, il a gard&#xe9; un pantalon, et des chaussures ferm&#xe9;es. Il regarde les enfants avec un sourire bienveillant qui d&#xe9;note cependant une assurance peu commune.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les petites s&apos;avancent, soudain plus calmes. Il semble les attendre. Il les attend. Autrefois, il les a apprivois&#xe9;es, et il n&apos;ont plus besoin aujourd&apos;hui d&apos;&#xe9;changer la moindre parole. Elles lui prennent la main ,la blonde &#xe0; droite, la brune &#xe0; gauche et le cort&#xe8;ge se met en marche, le pas assur&#xe9;. Le jeune homme siffle un air d&#xe9;j&#xe0; entendu, une chanson de boucher et de Saint Nicolas. Ils tournent bient&#xf4;t &#xe0; droite : le chemin est rare et descend jusqu&apos;&#xe0; l&apos;ancien lavoir tout en bas du village,&amp;nbsp; sous les frondaisons&amp;nbsp; d&apos;un grand aulne.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; L&#xe0;, les maisons se sont &#xe9;croul&#xe9;es et personne ne vient plus sinon pour chercher des champignons. L&apos;eau est peu profonde et tr&#xe8;s claire : le fond de la rivi&#xe8;re est fait de petits galets. On y trempe un pied pour rire, puis un deuxi&#xe8;me, on s&apos;&#xe9;clabousse pour rire, et puis on rit beaucoup. Bient&#xf4;t les robes tremp&#xe9;es s&#xe8;chent au soleil sur une large pierre et les deux enfants s&apos;&#xe9;claboussent avec les mains. Elles s&apos;ordonnent l&apos;une &#xe0; l&apos;autre d&apos;arr&#xea;ter, ce qui les incite &#xe0; continuer.&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le jeune homme s&apos;est mis &#xe0; l&apos;&#xe9;cart, assis sur un rocher, il cueille des petits graviers dans la paume de sa main gauche et le jette au mitan de la rivi&#xe8;re, il fait des ronds. On a l&apos;impression qu&apos;il n&apos;&#xe9;pie pas les deux fillettes. Il va arriver cependant un moment o&#xf9; il quittera son aff&#xfb;t. En amont, l&apos;eau volera sans cesse, dessinant presque un arc-en-ciel. Il se penchera nonchalamment sur le cours d&apos;eau, recueillera quelques gouttes dans la coupe de ses mains, les portera &#xe0; sa bouche pour les engloutir avec des mani&#xe8;res de gourmets.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elles riront de lui, de son visage qui se crispe soudain, de ses yeux mi-clos dont on n&apos;aper&#xe7;oit plus que du blanc, de sa bouche entrouverte d&apos;o&#xf9; pourrait sortir un grondement animal. Elles riront parce qu&apos;elles ne connaissent pas sa col&#xe8;re. Elles sont comme &#xe7;a les petites filles auxquelles ont n&apos;a pas assez lu de contes de f&#xe9;es. Elles n&apos;ont plus peur des ogres.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&#xa7;&#xa7;&#xa7;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les plus anciens de mes lecteurs reconna&#xee;tront ce texte, du moins en reconna&#xee;tront le th&#xe8;me. J&apos;esp&#xe8;re que la forme en est un peu meilleure.&lt;/em&gt;&lt;/font&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Thu, 15 May 2008 16:41:00 GMT</pubDate></item><item><title>Pas carte postale</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9166551/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/13/9166551.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cela n&apos;est pas dans mes habitudes ici, mais je m&apos;en vais vous faire profiter de mes &#xe9;tats d&apos;&#xe2;me. C&apos;est pas dommage moi je vous le dis, z&apos;avez bien de la chance et tout. Vous pouvez constater que le blog s&apos;&#xe9;tiole. C&apos;est pas de ma faute. C&apos;est une question de circonstances. C&apos;est arriv&#xe9; au premier blog pour une question de titre et de listes, c&apos;est arriv&#xe9; au second qui se scl&#xe9;rosait dans une routine faite de chroniques d&#xe9;j&#xe0; r&#xe9;gl&#xe9;es, telle le lundi, telle autre le mercredi...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Donc j&apos;en suis encore &#xe0; ce point : je commence &#xe0; m&apos;ennuyer. Le principe est bon et servira je pense encore pour d&apos;autres nouvelles. Mais il a un revers. La carte postale ne peut &#xea;tre d&apos;int&#xe9;r&#xea;t que si elle contient du sens. Or, depuis la d&#xe9;mocratisation du t&#xe9;l&#xe9;phone, et maintenant de l&apos;internet, la carte postale n&apos;a plus de contenu, ce contenu si d&#xe9;licieux parce qu&apos;il est diff&#xe9;r&#xe9;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;est pourquoi mes r&#xe9;cits sont fig&#xe9;s dans une &#xe9;poque h&#xe9;las, dans de moeurs qui vont avec, m&#xea;me s&apos;ils ne sont pas si diff&#xe9;rents des notres. Voil&#xe0; pourquoi j&apos;&#xe9;cris peu ces derniers temps, d&apos;autant qu&apos;&#xe9;crire pour moi n&apos;est pas une sin&#xe9;cure. J&apos;ai du mal, j&apos;&#xe9;cris lentement avec des gros doigts qui tapent les touches d&apos;&#xe0; c&#xf4;t&#xe9; alors hein si c&apos;est aussi pour tourner le m&#xea;me univers encore et encore...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cependant j&apos;ai trouv&#xe9; une ou deux cartes qui semblent offrir des possibilit&#xe9;s, donc je vais continuer ces nouvelles. De plus, je pense que la plupart de mes r&#xe9;cits d&#xe9;j&#xe0; &#xe9;crits m&#xe9;ritent une r&#xe9;&#xe9;criture. Je m&apos;y mets et je vous tiens, ma ch&#xe8;re dizaine de lecteurs, au courant. Il me faut tout de m&#xea;me maintenant trouver comment remplir ce blog. Le blog de vie m&apos;ennuie, je pense en avoir fait le tour, ailleurs, &#xe0; un autre moment. Le blog d&apos;opinion est souvent idiot parce qu&apos;&#xe9;pidermique et manquant de remise en cause. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Je vais devoir donc r&#xe9;&#xe9;crire des nouvelles, d&apos;autres nouvelles. Putain de moi. Heureusement que j&apos;ai de vieilles id&#xe9;es (c&apos;est normal pour un vieux) qui trainent dans les coins. Il s&apos;agira donc encore de nouvelles. Certaines existent d&#xe9;j&#xe0;, &#xe9;crites par moi, je les &#xe9;crirai une nouvelle fois. Ainsi je vais pouvoir commencer d&#xe8;s demain... Le cartophile va donc ajouter une cat&#xe9;gorie. &apos;est idiot de faire un grand discours pour &#xe7;a hein ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; En m&#xea;me temps, je ne suis pas bien malin.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 13 May 2008 19:57:47 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #30</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/9055753/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/05/04/9055753.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/91/64/335207/25170379.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;93&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp30&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/91/64/335207/25170379_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/72/77/335207/25170402.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;94&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp30vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/72/77/335207/25170402_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;/Merci &#xe0; &lt;a href=&quot;http://lamerecastor.canalblog.com/&quot;&gt;la m&#xe8;re Castor&lt;/a&gt; qui m&apos;a envoy&#xe9; cette jolie carte postale et m&apos;a ainsi rendu un fier service./&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; R&#xe9;gis &#xe9;tait un peu rouge, mais fermement d&#xe9;cid&#xe9;, du haut de ses vingt-deux ans, a franchir le pas avec Coco. Le probl&#xe8;me du jeune homme tenait &#xe0; la fois au prestige et au p&#xe9;cuniaire. R&#xe9;gis &#xe9;tait encore puceau et avait de plus en plus de mal dans les r&#xe9;unions de jeunes m&#xe2;les &#xe0; mentir sur ce point, se trouvant parfois dans un flou technique qui ne lui permettait pas de rench&#xe9;rir sur ses amis. De plus, il gagnait assez chichement sa vie et sa vieille m&#xe8;re le surveillait d&apos;assez pr&#xe8;s pour qu&apos;il ne puisse pas faire un tour au bordel. Il avait donc d&#xe9;cid&#xe9; de tenter sa chance avec une vraie femme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Peu de gens auraient eu cependant l&apos;id&#xe9;e de dire de Coco qu&apos;elle &#xe9;tait une vraie femme. Les suffragettes avaient beau &#xea;tre pass&#xe9;e par l&#xe0;, une jeune femme aussi libre d&apos;esprit et de moeurs &#xe9;tait une raret&#xe9;. D&apos;ailleurs on la croisait la plupart du temps au bistrot des P&#xea;cheurs, en train de prendre son ap&#xe9;ritif &#xe0; la sortie de l&apos;usine, car elle avait refus&#xe9;, une fois la guerre finie de rendre son &#xe9;tabli &#xe0; un homme. Ce n&apos;est pas qu&apos;elle trouv&#xe2;t vraiment gratifiant le travail &#xe0; la cha&#xee;ne, mais elle voulait prouver que, comme elle le disait, &amp;quot;la femme est un homme comme les autres&amp;quot;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&apos;ailleurs, au moment o&#xf9; R&#xe9;gis entra dans le troquet, elle &#xe9;tait en train de le d&#xe9;montrer avec brio, commandant une tourn&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale tandis qu&apos;elle &#xe9;clusait son troisi&#xe8;me godet de blanc. Une clameur s&apos;empara du groupe accoud&#xe9; au bar, laquelle clameur cherchait &#xe0; temp&#xe9;rer l&apos;enthousiasme de la demoiselle. Elle se r&#xe9;cria &#xe0; son tour, leur affirmant qu&apos;il &#xe9;tait bon pour le travailleur de prendre un moment de d&#xe9;tente avant de rentrer &#xe0; la maison, et que si leur bonne femme gueulait elle avait qu&apos;&#xe0; venir mettre les deux mains dans le cambouis, on en rediscuterait apr&#xe8;s. R&#xe9;gis n&apos;&#xe9;coutait de toute fa&#xe7;on pas ce qui se disait, il admirait la silhouette de Coco, se demandant comment un bleu de chauffe pouvait aussi bien mettre en valeur un fessier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Parce qu&apos;elle avait beau sortir du boulot avec de la graisse sur le visage, toute luisante de la sueur accumul&#xe9;e durant ses huit heures de travail, Coco restait charmante. Si elle avait &#xe9;t&#xe9; coquette on aurait pu dire qu&apos;un sac l&apos;habillait, comme elle ne l&apos;&#xe9;tait pas, un sac l&apos;habillait vraiment. La gr&#xe2;ce semblait l&apos;habiter en tout moment, f&#xfb;t-elle en train de serrer un boulon de toutes ses forces, la rougeur qui lui venait alors lui seyait. M&#xea;me s&apos;ils ne se le disaient pas, les autres ouvriers ne pouvaient s&apos;emp&#xea;cher de jeter un oeil r&#xe9;guli&#xe8;rement &#xe0; son &#xe9;tabli, alors vous pensez si ils l&apos;accompagnaient volontiers prendre un pot &#xe0; la sortie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais accoud&#xe9;e au bar comme elle l&apos;&#xe9;tait, Coco devenait curieusement asexu&#xe9;e, et tous ceux qui l&apos;y suivaient ne restaient que parce qu&apos;ils se sentaient en bonne compagnie. Il faut dire que les blagues fusaient, qu&apos;elle avait une fa&#xe7;on de vous raconter sa vie qui vous faisait d&apos;abord sourire, puis rire jusqu&apos;aux &#xe9;clats. En ce moment m&#xea;me, elle racontait ses derni&#xe8;res vacances, dans le sud, et comme il &#xe9;tait agr&#xe9;able de se retrouver &#xe0; poil dans le sable, m&#xea;me si &#xe7;a grattait un peu la raie quand on se remettait en route pour la pension. Les gar&#xe7;ons eurent tous un rire gras, seul R&#xe9;gis se mit &#xe0; rougir un peu plus : il avait imagin&#xe9; la sc&#xe8;ne mais n&apos;avait pu aller plus loin que le tableau repr&#xe9;sentant Coco nue sur le sable, quasiment offerte, son bleu pendu nonchalamment sur un buisson.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A cause de son caract&#xe8;re sans g&#xe8;ne, les bonnes femmes, comme elle les appelait, voyaient Coco d&apos;un mauvais oeil. Cette esp&#xe8;ce de r&#xe9;volutionnaire en acte avait mauvais genre. On ne pouvait avoir avec elle une conversation sens&#xe9;e, sur un sujet d&#xe9;cent, avec des mots simples. Jamais rien &#xe0; dire sur le temps qu&apos;il faisait, jamais, jamais un mot sur les gens et leurs petits probl&#xe8;mes, pas une once de compassion. Elle ne se g&#xea;nait m&#xea;me pas pour vous dire que &#xe7;a la barbait dr&#xf4;lement, mais elle ne s&apos;&#xe9;tait pas vu cette salope, &#xe0; parler toujours de vulgarit&#xe9;s. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&apos;ailleurs en ce moment m&#xea;me elle racontait comment elle se pr&#xe9;lassait avec &amp;quot;la lune face au soleil&amp;quot; et Mimile s&apos;en &#xe9;tranglait de rire. R&#xe9;gis s&apos;approchait lentement, se contraignant &#xe0; respirer avec calme afin de faire refluer le sang qui lui &#xe9;tait mont&#xe9; au visage. Il ne s&apos;&#xe9;tait pas sp&#xe9;cialement habill&#xe9;, voulant se donner un air d&apos;affranchi, loin des clich&#xe9;s des romans de gare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il avait longuement r&#xe9;fl&#xe9;chi &#xe0; la meilleure m&#xe9;thode pour perdre son pucelage. Les fleurs et les serments, il les avait &#xe9;cart&#xe9;s parce que c&apos;&#xe9;tait une fa&#xe7;on de faire qui manquait vraiment de virilit&#xe9;. Du coup, la plupart des filles qu&apos;il connaissait avaient aussi &#xe9;t&#xe9; &#xe9;cart&#xe9;es, la conclusion de sa r&#xe9;flexion avait donc &#xe9;t&#xe9; &#xe9;vidente : Coco &#xe9;tait la seule pouvant accepter de coucher avec lui simplement, sans faire de chichis. Il avait r&#xe9;p&#xe9;t&#xe9; la&amp;nbsp; veille au soir ce qu&apos;il avait &#xe0; dire et &#xe0; faire, puisant dans les diverses exp&#xe9;riences que ses camarades lui avaient confi&#xe9;es.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il suffisait de se lancer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Coco parlait maintenant des dangers de rester en tenue d&apos;Eve trop longtemps et comment sa lune, comme celle de la nature, brillait la nuit &#xe0; cause du coup de soleil qu&apos;elle avait re&#xe7;u. Mimile en pleurait. R&#xe9;gis s&apos;avan&#xe7;a et plaquant virilement une main au panier de la jeune femme lan&#xe7;a un nonchalant : &amp;quot; Ben j&apos;esp&#xe8;re qu&apos;il s&apos;est r&#xe9;tabli, &#xe7;a m&apos;arrangerait pour ce soir.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On en tendit rarement dans un bistrot un silence d&apos;une telle qualit&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quelques secondes plus tard R&#xe9;gis passait le seuil en roulant, le nez d&#xe9;goulinant de sang.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Coco se r&#xe9;installa au bar : &amp;quot;Vous m&#xe9;prenez pas les gars, c&apos;est pas que je sois vex&#xe9;e, mais la classe, &#xe7;a s&apos;improvise pas, &#xe7;a s&apos;apprend. Et moi j&apos;ai le coup de pied dans l&apos;oigne p&#xe9;dagogique. On en &#xe9;tait o&#xf9; des aventures de mon cul en vacances ? &amp;quot;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 04 May 2008 13:13:00 GMT</pubDate></item><item><title></title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8969804/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/27/8969804.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;112&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/89/83/335207/24880013_p.jpg&quot; alt=&quot;104_3_bille_bibt&quot; /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Voici le petit texte fait pour l&apos;anniversaire de &lt;a href=&quot;http://wagon3.canalblog.com&quot;&gt;Mlle Bille&lt;/a&gt;, qui a encore perdu un an aujourd&apos;hui.&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;Jean Perrot &#xe9;tait petit, maigre, bistre de teint. Enfin quiconque l&apos;aurait vu l&apos;aurait jug&#xe9; comme tel, mais Jean &#xe9;tait si peu remarquable qu&apos;il n&apos;&#xe9;tait jamais remarqu&#xe9;. Il faisait partie de ces gens qu&apos;on ne voit pas. L&apos;humanit&#xe9; est en effet divis&#xe9;e en trois types principaux : les gens que l&apos;on ne peut s&apos;emp&#xea;cher de regarder, ceux qu&apos;on &#xe9;vite de regarder et ceux qu&apos;on ne peut voir. Perrot faisait partie de la troisi&#xe8;me cat&#xe9;gorie, ce qui expliquait qu&apos;il soit devenu archiviste &#xe0; la biblioth&#xe8;que municipale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En surface, il y avait plusieurs grands meubles, remplis &#xe0; en exploser de fiches cartonn&#xe9;es du m&#xea;me mod&#xe8;le. Les emprunteurs y cherchait leur bonheur apr&#xe8;s avoir ouvert l&apos;interminable tiroir &amp;quot;Och-Ode&amp;quot; ou &amp;quot;Hul-Iba&amp;quot;, recopiaient la fiche qui avait suscit&#xe9; leur int&#xe9;r&#xea;t sur un formulaire rose et se dirigeaient vers le comptoir o&#xf9; ils tendaient le-dit formulaire &#xe0; une biblioth&#xe9;caire rev&#xea;che et chauss&#xe9;e de lunettes demi-lunes, des biblioth&#xe9;caires r&#xe9;glementaires. Enfin ils allaient attendre dans un coin sombre que le livre vint comme par magie se poser&amp;nbsp; &#xe0; leur c&#xf4;t&#xe9;s.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C&apos;&#xe9;tait ce temps de latence dont Jean &#xe9;tait le ma&#xee;tre, cach&#xe9; dans son antre, sans que nul ne le sache. Le reste du personnel lui-m&#xea;me semblait ignorer ce qui se passait dans les arcanes du sous-sol, tr&#xe8;s peu d&apos;entre eux &#xe9;taient capable de donner le nom de l&apos;archiviste mais ils &#xe9;taient unanimes quant &#xe0; l&apos;excellence de son travail. Perrot &#xe9;tait capable d&apos;une tr&#xe8;s grande c&#xe9;l&#xe9;rit&#xe9;. C&apos;&#xe9;tait si &#xe9;tonnant qu&apos;il s&apos;ensuivit un pari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;G&#xe9;rard fut le premier &#xe0; proposer de voir quelle serait la cadence maximum que pourrait supporter l&apos;archiviste. Un biblioth&#xe9;caire se mit &#xe0; remplir des fiches de pr&#xea;t, puis un second vint lui pr&#xea;ter main-forte, enfin toute l&apos;&#xe9;quipe se mit &#xe0; gribouiller des r&#xe9;f&#xe9;rences diverses avec une fr&#xe9;n&#xe9;sie d&apos;autant plus forte que les livres ne cessaient de sortir de fa&#xe7;on tout-&#xe0;-fait r&#xe9;guli&#xe8;re. Les piles de bouquins semblaient m&#xea;me avoir un air narquois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il fallut se rendre &#xe0; l&apos;&#xe9;vidence, l&apos;archiviste avait &#xe9;t&#xe9; le plus fort : il fut d&#xe9;cid&#xe9;&amp;nbsp; &#xe0; l&apos;unanimit&#xe9; de descendre f&#xe9;liciter l&apos;employ&#xe9; mod&#xe8;le et de savoir quel &#xe9;tait son secret. On mit un certain temps &#xe0; trouver l&apos;escalier, mais bient&#xf4;t la troupe se trouvait dans un couloir sombre, que nul ne se rappelait avoir jamais emprunt&#xe9;. A la lumi&#xe8;re du briquet d&apos;Andr&#xe9;e, les biblioth&#xe9;caires s&apos;enfonc&#xe8;rent r&#xe9;solument sous terre, se sentant presque guid&#xe9;s par un r&#xe9;seau ed petites lignes dans la poussi&#xe8;re du sol, qui semblaient autant de petits chemins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils parcoururent de longues all&#xe9;es bord&#xe9;es de livres, se sentant confus&#xe9;ment &#xe9;pi&#xe9;s, jusqu&apos;&#xe0; ce qu&apos;une petite lumi&#xe8;re leur indique le lieu o&#xf9; se tenait leur coll&#xe8;gue. D&apos;humeur soudain potache, ils d&#xe9;cid&#xe8;rent d&apos;entrer dans le petit bureau sans frapper. Funeste erreur qui les mit face &#xe0; un terrible spectacle. Le bureau grouillait litt&#xe9;ralement. Une infinit&#xe9; de points noirs et brillants couvrait la plupart des surfaces libres, cette mer &#xe9;tait toujours en mouvement : des milliers de cafards entouraient un petit bonhomme &#xe0; l&apos;air falot, lui montant sur les mains, s&apos;y arr&#xea;tant un moment puis en repartant avec leur hyst&#xe9;rie habituelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des cohortes d&apos;insectes portaient de lourds ouvrages, les ramenant des rayons ou les y amenant, les posant sur le chariot. Puis ils revenaient sur les mains de Jean pour reprendre leurs ordres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean leva un regard terrifi&#xe9;. Andr&#xe9;e s&apos;&#xe9;vanouit. Les trois autres filles partirent en courant. Roger et Pascal se tenaient p&#xe9;trifi&#xe9;s. Jean-Paul vomit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an plus tard jour pour jour, Jean Perrot re&#xe7;ut la m&#xe9;daille de la ville pour avoir d&#xe9;couvert et exploit&#xe9; cette nouvelle &#xe9;nergie, la plus biologique qui soit : celle des cafards. &lt;/p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 27 Apr 2008 07:44:34 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #29</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8798330/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/13/8798330.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/00/89/335207/24349440.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;76&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp29&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/00/89/335207/24349440_p.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/71/49/335207/24349452.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;78&quot; height=&quot;150&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp29vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/71/49/335207/24349452_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Appelez-vous Suzanne, vous n&apos;&#xea;tes qu&apos;une vieille bique, mais si votre pr&#xe9;nom se trouve r&#xe9;duit &#xe0; Suzon ou Suzette, voil&#xe0; qui vous transfigure et prouve une chose : vous &#xea;tes aim&#xe9;e.&amp;nbsp; Et Suzanne Pellissier &#xe9;tait aim&#xe9;e, plus que &#xe7;a, admir&#xe9;e. Suzon se d&#xe9;menait pour tenir le m&#xe9;nage, pour &#xe9;lever l&apos;enfant, seule dans la maison sombre qu&apos;elle n&apos;avait pas fini de payer. Elle n&apos;&#xe9;tait pas fille-m&#xe8;re, et c&apos;&#xe9;tait bien heureux, mais son homme &#xe9;tait loin, bien loin, &#xe0; gagner l&apos;argent qui leur permettrait un jour de s&apos;installer au pays et de gagner bourgeoisement leur vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ils s&apos;&#xe9;taient mari&#xe9;s &#xe0; l&apos;&#xe9;glise un beau jour de juin, Henri et Suzanne, et ma foi, ils formaient le plus beau couple du monde. En ces lendemains de guerre, on avait bien besoin de r&#xea;ver un peu. Ils &#xe9;taient tous les deux beaux, charmants et surtout, ils s&apos;aimaient, depuis longtemps. Ce n&apos;&#xe9;tait pas pour rien qu&apos;Henri avait rejoint le r&#xe9;sistance, c&apos;&#xe9;tait pour pouvoir au jour de la victoire, pavoiser devant Suzanne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Elle-m&#xea;me avait su r&#xe9;sister &#xe0; toute tentation pour s&apos;offrir &#xe0; son h&#xe9;ros. Ce jour de juin 1946, il y eut donc une grand f&#xea;te et les mari&#xe9;s sortirent de l&apos;&#xe9;glise sous les fusils-mitrailleurs des FFI se croisant dans une haie d&apos;honneur qui sentait la poudre et le bon go&#xfb;t. A l&apos;auberge, on mangea du p&#xe2;t&#xe9; fait maison, un signe ext&#xe9;rieur de richesse, &#xe9;tant donn&#xe9; la raret&#xe9; du cochon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La nuit de noces se passa le mieux du monde, les deux tourtereaux pouvant enfin partager le moment dont ils r&#xea;vaient depuis si&amp;nbsp; longtemps, un moment intense de tendresse et de sauvagerie m&#xea;l&#xe9;es. Il ne dormirent gu&#xe8;re pendant une bonne semaine, tout entier l&apos;un &#xe0; l&apos;autre, rassur&#xe9;s de trouver dans cette complicit&#xe9; physique le pendant de leur connivence sentimentale.&amp;nbsp; Bref, ils s&apos;entendaient si bien au lit que Suzon tomba tout de suite enceinte, ce qui posa un gros probl&#xe8;me : ils n&apos;&#xe9;taient encore que de grands enfants et trouver un m&#xe9;tier dans la r&#xe9;gion n&apos;&#xe9;tait pas si&amp;nbsp; simple, surtout pour quelqu&apos;un comme Henri qui n&apos;avait pas de r&#xe9;elle qualification.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ils &#xe9;taient tous deux bien trop amoureux l&apos;un de l&apos;autre pour accepter, comme le voulaient les parents, d&apos;occuper une chambre dans une des maisons familiales. Ils voulaient leur intimit&#xe9; et il ne serait pas dit que l&apos;enfant &#xe0; venir ne devrait son &#xe9;ducation qu&apos;&#xe0; la piti&#xe9; grand-parentale. La m&#xe8;re Fradin venait de passer et sa maison &#xe9;tait donc &#xe0; louer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&amp;nbsp; Henri se d&#xe9;mena pour obtenir quelques pr&#xea;ts et paya six mois de loyer d&apos;avance, il refusa tous les passe-droits qu&apos;on e&#xfb;t voulu&amp;nbsp; lui faire en sa qualit&#xe9; de h&#xe9;ros, de jeune mari&#xe9;, de gar&#xe7;on sympathique et honn&#xea;te. Il n&apos;aurait pu en &#xea;tre autrement s&apos;il voulait conserver tout l&apos;amour qui le liait &#xe0; sa Suzanne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il fut donc d&#xe9;cid&#xe9; que durant quelques ann&#xe9;es ils tireraient certes le diable par la queue, ils seraient certes s&#xe9;par&#xe9;s, mais qu&apos;il fallait en passer par l&#xe0; afin que le couple puisse s&apos;installer au pays, et ouvrir le petit commerce dont chacun avait envie. Il y eut bien un semblant de discussion sur la nature du dit commerce, mais Henri, qui avait dans l&apos;id&#xe9;e d&apos;ouvrir une quincaillerie, se rendit aux arguments de sa tendre &#xe9;pouse : elle tiendrait le magasin le temps qu&apos;il gagne de quoi rembourser les dettes, et c&apos;&#xe9;tait un commerce trop masculin pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le mari n&apos;ayant plus rien &#xe0; prouver concernant sa virilit&#xe9; accepta donc qu&apos;on ouvr&#xee;t une mercerie, apr&#xe8;s tout ce n&apos;&#xe9;tait qu&apos;un magasin de bricolage pour femme, cela revenait donc au m&#xea;me. Le lendemain &#xe0; l&apos;aube, Henri fit son premier voyage vers la ville pour y trouver un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il revint le soir, &#xe0; moiti&#xe9; joyeux, porteur de deux nouvelles. La bonne nouvelle &#xe9;tait qu&apos;il avait d&#xe9;j&#xe0; trouv&#xe9; un travail, la mauvaise &#xe9;tait que ce travail le condamnerait &#xe0; &#xea;tre loin de la maison pendant de longues p&#xe9;riodes et il partirait d&#xe8;s le lendemain. Ils ne dormirent pas cette nuit-l&#xe0;. Jusqu&apos;&#xe0; tard dans la soir&#xe9;e, ils pes&#xe8;rent le pour et le contre, et finalement, leur d&#xe9;cision prise, ils firent l&apos;amour durant le reste de la nuit, comme pour faire provision , pour anticiper leur longue s&#xe9;paration.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain, Suzon alla seule faire les courses &#xe0; l&apos;&#xe9;picerie. On demanda des nouvelles d&apos;Henri, si il &#xe9;tait encore descendu &#xe0; la ville, et que c&apos;&#xe9;tait pas si facile de trouver un emploi.&amp;nbsp; Suzon avait un air de fiert&#xe9; quand elle annon&#xe7;a &#xe0; tout le village qu&apos;Henri avait d&#xe9;j&#xe0; trouv&#xe9; un gagne-pain, et dans la haute soci&#xe9;t&#xe9; : il &#xe9;tait chauffeur de ma&#xee;tre ! On s&apos;extasia beaucoup, affirmant bien fort qu&apos;il avait d&#xe9;j&#xe0; un pied chez les gens importants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bien s&#xfb;r certains furent d&#xe9;&#xe7;us quand ils apprirent qu&apos;il ne s&apos;agissait pas d&apos;un emploi dans l&apos;administration, chauffeur du pr&#xe9;fet, voil&#xe0; qui avait de l&apos;allure, mais qu&apos;Henri &#xe9;tait d&#xe9;sormais au service d&apos;une famille d&apos;industriels, des gens qui voyageaient beaucoup et, n&#xe9;cessairement &#xe0; qui il fallait une voiture et un chauffeur personnel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A partir de ce jour, les mandats arriv&#xe8;rent r&#xe9;guli&#xe8;rement, permettant &#xe0; Suzon de r&#xe9;gler les dettes, de vivre assez bien, de pr&#xe9;parer la maison en vue de l&apos;arriv&#xe9;e du b&#xe9;b&#xe9; et m&#xea;me de mettre un peu de c&#xf4;t&#xe9; &#xe0; la caisse d&apos;&#xe9;pargne pour r&#xe9;aliser le projet, d&apos;ailleurs elle acceptait quelques m&#xe9;nages pour augmenter sa pelote : une bien courageuse fille cette Suzon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;&#xe9;picerie devint son lieu de vie sociale, c&apos;est l&#xe0; qu&apos;elle attendait le facteur et qu&apos;elle lisait les cartes d&apos;Henri qu&apos;il lui apportait deux &#xe0; trois fois par semaine.&amp;nbsp; Il y d&#xe9;crivait par le menu son parcours, sur les routes de France toute la journ&#xe9;e, jamais en place, toujours par monts et par vaux. C&apos;&#xe9;tait un r&#xe9;gal p&#xe9;dagogique pour les femmes du village qui, apr&#xe8;s avoir &#xe9;cout&#xe9; la prose m&#xe9;t&#xe9;orologique d&apos;Henri, se pr&#xe9;cipitaient sur l&apos;envers pour s&apos;&#xe9;merveiller de la richesse et de la splendeur touristique de leur nation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On trouva fort impressionnant le pont du Gard, d&apos;autant qu&apos;il avait &#xe9;t&#xe9; enti&#xe8;rement construit &amp;quot;&#xe0; la main&amp;quot;, la place Stanislas brillait que s&apos;en &#xe9;tait un bonheur, on trouva tr&#xe8;s cocasse que Pont-Aven porte le m&#xea;me nom que les galettes, les Pyr&#xe9;n&#xe9;es furent jug&#xe9;es tr&#xe8;s majestueuses, mais moins vertes que celles de la r&#xe9;gion... La vieille Catherine Guigney eut d&apos;ailleurs un mot pour r&#xe9;sumer son enthousiasme : &amp;quot;Les voyages, &#xe7;a fait voir du pays.&amp;quot; On opina du chef.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri ne revint que pour l&apos;accouchement du petit : un gar&#xe7;on qu&apos;on nomma Antoine. La naissance li&#xe9;e &#xe0; sa longue absence fit qu&apos;il fut f&#xea;t&#xe9; comme un h&#xe9;ros. On le soumit &#xe0; un feu roulant de questions concernant son activit&#xe9;, mais il garda une discr&#xe9;tion toute professionnelle, se refusant &#xe0; parler de ses employeurs, semblant embarrass&#xe9; m&#xea;me quand il s&apos;agissait de les &#xe9;voquer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il ne resta qu&apos;une semaine au pays, une semaine qu&apos;il consacra presqu&apos;exclusivement au petit et surtout &#xe0; sa m&#xe8;re. Leur s&#xe9;paration n&apos;eut cependant rien de path&#xe9;tique, ils eurent l&apos;un vers l&apos;autre un long regard embras&#xe9; et Henri se mit en route pour prendre son bus. Il s&apos;&#xe9;tait &#xe0; peine &#xe9;loign&#xe9; de trois pas que Suzon le rappela :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Mon ch&#xe9;ri, &#xe7;a serait bien que j&apos;ai une photo de toi, tiens une photo de toi en uniforme, avec la voiture pourquoi pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri sembla r&#xe9;fl&#xe9;chir, hocha la t&#xea;te sans un mot. Sur la place le car corna, c&apos;&#xe9;tait le troisi&#xe8;me appel, le dernier. Henri eut un rapide geste de la main, se retourna et s&apos;en alla au pas de course&amp;nbsp; pour attraper au vol le car brinquebalant. Une fois install&#xe9; sur son si&#xe8;ge, il se plongea dans ses pens&#xe9;es : ses sourcils s&apos;&#xe9;taient fronc&#xe9;s.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Pendant six longues ann&#xe9;es, Suzon dut se d&#xe9;brouiller seule, avec le petit sur les bras et bient&#xf4;t une seconde enfant : Bernadette. Henri arrivait &#xe0; rentrer &#xe0; la maison deux fois l&apos;an pour une semaine. Il supervisait l&apos;installation du magasin, f&#xe9;licitant sa petite femme pour le merveilleux travail qu&apos;elle fournissait. Elle le f&#xe9;licitait derechef pour le travail de for&#xe7;at qu&apos;il devait accomplir puisque le montant des mandats ne cessait d&apos;augmenter. De f&#xe9;licitations en f&#xe9;licitations, ils finissaient toujours au lit, car ces deux-l&#xe0; &#xe9;prouvaient l&apos;un pour l&apos;autre une passion d&#xe9;vorante que la s&#xe9;paration en faisait qu&apos;attiser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A l&apos;ouverture de la boutique, et malgr&#xe9; son absence, Suzon voulut que son mari soit avec elle : elle accrocha donc en bonne place sa photographie, qu&apos;elle avait fait agrandir pour l&apos;occasion. Deri&#xe8;re le comptoir, Henri se tenait d&#xe9;sormais en pied, ou plut&#xf4;t en bottes, v&#xea;tu d&apos;un uniforme &#xe0; galons, quasiment au garde-&#xe0;-vous devant une superbe voiture qu&apos;on identifia comme une Bentley. Le poster en noir et blanc &#xe9;tait superbe, on le dit bien s&#xfb;r &#xe0; Suzon.&amp;nbsp; C&apos;&#xe9;tait &#xe0; chaque fois l&apos;occasion d&apos;un pan&#xe9;gyrique &#xe0; propos de ce brave Henri qui se sacrifiait loin de sa famille, il arrivait m&#xea;me que la jeune femme &#xe9;crase une larme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il fallut donc six ans pour que les dettes soient pay&#xe9;es et que le petit commerce tourne assez bien pour leur permettre de vivre et d&apos;&#xe9;lever leur famille. Henri rentra. Il s&apos;installa dans la petite maison et il alla donner la main au magasin. Il s&apos;occupait du rangement, des comptes, c&apos;est aussi lui qui empruntait la camionnette de B&#xe9;bert pour aller chercher les fournitures en gros.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Les deux &#xe9;poux s&apos;&#xe9;taient retrouv&#xe9;s et, s&apos;ils ne l&apos;envisageaient pas vraiment, ils faisaient tout pour que leurs enfants h&#xe9;ritent d&apos;un nouveau petit fr&#xe8;re. D&apos;ailleurs ils irradiaient tant le bonheur qu&apos;il n&apos;&#xe9;tait pas rare qu&apos;on passe le seuil de la mercerie juste pour le plaisir de go&#xfb;ter cette atmosph&#xe8;re apaisante, justifiant la visite par l&apos;achat d&apos;une bobine de fil ou d&apos;un jeu d&apos;&#xe9;lastique dont on n&apos;avait que faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Cela faisait six mois qu&apos;Henri et Suzon filaient le parfait amour lorsque la voiture vint se garer en face de la boutique. C&apos;&#xe9;tait la Bentley devant laquelle Henri posait, au-dessus du comptoir. La vieille Beno&#xee;te Poncet qui &#xe9;tait venue se r&#xe9;approvisionner en boutons de culotte le remarqua bien et s&apos;exclama :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Mais c&apos;est vos patrons, M&apos;sieur Henri, ah ben, c&apos;est bien aimable de venir vous rendre visite.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Henri se p&#xe9;trifia.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il sortit d&apos;abord de l&apos;automobile une chevelure noire et broussailleuse qui surmontait un visage rougeaud orn&#xe9; d&apos;une magnifique moustache cir&#xe9;e. Puis s&apos;extirpa difficilement de la voiture un &#xe9;norme ventre qui pointait hors d&apos;une veste rouge vif &#xe0; brandebourgs dor&#xe9;s et se mit en marche vers la mercerie. Ses bottes brillaient de mille feux et il entra en poussant violemment la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - H&#xe9; ben mon Riton, j&apos;en ai eu du mal &#xe0; te retrouver mon gaillard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;interpel&#xe9; semblait avoir soudain perdu une bonne t&#xea;te, il s&apos;&#xe9;tait recroquevill&#xe9; dans un coin du comptoir, le regard affol&#xe9;. Suzon, interloqu&#xe9;e, s&apos;adressa &#xe0; l&apos;&#xe9;trange personnage :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Je vous pardon, monsieur... monsieur ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Riglioni. Et faut pas s&apos;excuser, on est de la m&#xea;me famille apr&#xe8;s tout ou peu s&apos;en faut ma petite Z&#xe9;zette. Ah je vois que la photo de l&apos;homme est bien en place, c&apos;est bien mon Riton, faut garder les souvenirs. Ah ma petite Z&#xe9;zette ton homme c&apos;est le meilleur conducteur de caravanes que j&apos;ai connu. Et puis il faut dire ce qui est, l&apos;habit de Loyal lui allait mieux qu&apos;&#xe0; moi hein. C&apos;est pour &#xe7;a que je viens mon Riton, t&apos;es parti un peu vite et je te devais une semaine de salaire. Ca fait pas bezef&apos; tu me diras, mais les bons comptes font les meilleures soupes...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il eut alors un rire qui semblait un rugissement et il posa &#xe9;nergiquement un paire de billets sur le comptoir. Puis il se cassa en deux devant les dames, manquant de tomber en avant et prit cong&#xe9; aussi brutalement qu&apos;il &#xe9;tait arriv&#xe9;, non sans adresser &#xe0; la cantonade un dernier boniment :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Et si jamais le cirque Riglioni passe dans les parages, n&apos;h&#xe9;sitez pas hein, il y aura toujours des places gratuites pour les petits et un coin de table pour avec la troupe. Nous autres on n&apos;oublie jamais un camarade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La voiture repartit en trombe. A l&apos;int&#xe9;rieur du magasin, le silence &#xe9;tait d&apos;autant plus pesant que le contraste avec l&apos;intervention de Monsieur Riglioni &#xe9;tait fort. Ce fut la vieille Beno&#xee;te qui osa le briser, demandant combien elle devait puis s&apos;&#xe9;chappant le plus discr&#xe8;tement possible. Aussit&#xf4;t la vieille sortie, Suzon alla baisser le rideau et enlever le bec de cane de la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La nouvelle fit bien vite le tour du bourg, la voiture n&apos;&#xe9;tait pas pass&#xe9;e inaper&#xe7;ue. On en rigola bien du fait que l&apos;Henri, qu&apos;on croyait dans la haute, il faisait le clown sur les routes depuis six ans. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; M&#xea;me que comme spectacle &#xe7;a devait pas bien &#xea;tre fameux, vu comme il &#xe9;tait rigolo.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A partir de ce jour-l&#xe0;, on ne vit plus Henri que fugitivement, qui travaillait dans l&apos;arri&#xe8;re-boutique. Le grand portrait avait disparu. Suzon restait toujours aussi aimable mais elle avait acquis une duret&#xe9; dans les traits qu&apos;on ne lui connaissait pas jusqu&apos;alors.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bien s&#xfb;r &#xe9;tant donn&#xe9; la sympathie qu&apos;ils inspiraient, on ne se moqua jamais d&apos;eux publiquement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Juste l&apos;hiver, quand leur petit Antoine allait &#xe0; l&apos;&#xe9;cole, on trouvait qu&apos;il avait un peu le nez rouge ce gamin.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 13 Apr 2008 12:03:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #28</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8580709/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/04/02/8580709.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/48/95/335207/23945670.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;97&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp28&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/48/95/335207/23945670_p.jpg&quot; /&gt;&amp;nbsp; &lt;/a&gt;&lt;a href=&quot;http://storage.canalblog.com/61/17/335207/23945690.jpg&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; alt=&quot;cp28vso&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/61/17/335207/23945690_p.jpg&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;br /&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph Lamuis poussa un profond soupir lorsque le facteur lui tendit l&apos;enveloppe. Il n&apos;avait pas eu besoin de regarder l&apos;&#xe9;criture pour savoir qui &#xe9;tait l&apos;exp&#xe9;diteur de la lettre, l&apos;absence de timbre sur le coin droit &#xe9;tait assez explicite. Il alla chercher les quelques sous qu&apos;il devait d&#xe9;sormais &#xe0; l&apos;administration au fond de sa poche.&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Le frangin, c&apos;est &#xe7;a ?&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph se contenta de hocher la t&#xea;te, il aurait &#xe9;t&#xe9; capable &#xe0; ce moment pr&#xe9;cis de trahir la rancoeur qui le consumait, et &#xe7;a n&apos;aurait pas &#xe9;t&#xe9; bien. heureusement, le digne employ&#xe9; des postes prit ce soupir pour de la compassion :&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Encore un ennui le pauvre. Il a quand m&#xea;me pas bien de chance, le pauvre Jean, pas bien de chance, dit-il en secouant sa casquette de droite et de gauche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; D&#xe8;s sa naissance, on s&apos;en &#xe9;tait dout&#xe9; qu&apos;il aurait pas bien de chance le pauvret&amp;nbsp; : la Jeanne, sa m&#xe8;re l&apos;avait fait sortir un peu trop t&#xf4;t que pr&#xe9;vu, et au lieu du beau b&#xe9;b&#xe9; annonc&#xe9;,une crevette violac&#xe9;e sortit de la matrice, une crevette muette. Il fallut quelques coups sur le dos pour que le b&#xe9;b&#xe9; crache ce que lui obstruait les poumons. Alors s&apos;&#xe9;leva, comme une sir&#xe8;ne d&apos;alarme une plainte, d&apos;abord timide, puis qui gagna en volume au fur et &#xe0; mesure que sa petite poitrine gagnait en assurance. Tous ceux qui assistaient &#xe0; cet accouchement eurent le coeur d&#xe9;chir&#xe9;, la m&#xe8;re la premi&#xe8;re. Elle tint d&apos;ailleurs &#xe0; ce que le nouveau-n&#xe9; h&#xe9;rite de son pr&#xe9;nom, plut&#xf4;t que de celui, initialement pr&#xe9;vu de Nestor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph, son a&#xee;n&#xe9; de cinq ans, avait suivi cette sc&#xe8;ne depuis la cuisine, et n&apos;en connaissait que l&apos;effrayante bande sonore. Le p&#xe8;re vint bient&#xf4;t lui annoncer la naissance du petit fr&#xe8;re. Il lui sugg&#xe9;ra en m&#xea;me temps de prendre bien soin de ce nouveau venu qui semblait si fragile : le ton &#xe9;tait am&#xe8;ne, mais les sourcils broussailleux se fron&#xe7;aient assez pour faire entendre que les manquements &#xe0; cet ordre pourraient bien se r&#xe9;v&#xe9;ler catastrophiques pour les reins de Joseph. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le facteur fit un signe de t&#xea;te, et s&apos;en retourna accomplir le reste de sa tourn&#xe9;e. Joseph referma doucement la porte de sa petite maison puis envoya voler rageusement la lettre sur la table, prit une profonde inspiration, garda l&apos;air dix secondes dans ses poumons puis expira bruyamment. Il &#xe9;tait &#xe0; nouveau calme. M&#xea;me s&apos;il vivait seul depuis le d&#xe9;part de son fr&#xe8;re, il d&#xe9;testait ces moments o&#xf9; il &#xe9;tait incapable de cacher ses sentiments. Il s&apos;assit et &#xe0; l&apos;aide de son couteau d&#xe9;coupa le haut de l&apos;enveloppe. Il en sortit une carte postale, couverte d&apos;une &#xe9;criture serr&#xe9;e, quasi illisible. Sans se pr&#xe9;occuper des avant-propos, il lut les phrases du milieu : qu&apos;est-ce que Jean avait donc &#xe0; lui demander ce coup-ci?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A dix ans, Joseph &#xe9;tait un beau gaillard, un de ces enfants pleins de vie qui passent leur temps &#xe0; courir ou &#xe0; chercher une raison de courir, le genre de galapiat que l&apos;on reprend avec le sourire et en secouant leur tignasse &#xe9;bouriff&#xe9;e. Mais malgr&#xe9; ses jambes muscl&#xe9;es, il ne partageait plus ce genre de jeux avec ses camarades. En effet, depuis un an, les parents avaient d&#xe9;cid&#xe9;, quoiqu&apos;il leur en co&#xfb;te que le cadet &#xe9;tait assez grand pour faire parfois un tour en dehors de la maison. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La m&#xe8;re avait bien un&amp;nbsp; peu pleur&#xe9; en voyant ses enfants aller jusqu&apos;&#xe0; l&apos;&#xe9;picerie, le grand tenant avec application son fr&#xe8;re par la main, ce dernier se retournant fr&#xe9;quemment pour lancer vers la demeure familiale un regard inquiet. Ses yeux sombres et caves semblaient s&apos;&#xe9;largir encore &#xe0; ce moment, et il tr&#xe9;bucha plusieurs fois, il ne savait pas encore bien marcher. Doucement, patiemment, Joseph le rattrapa sous le regard s&#xe9;v&#xe8;re du p&#xe8;re qui v&#xe9;rifiait si le discours sur la responsabilit&#xe9; et l&apos;entraide au sein de la famille avait port&#xe9;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Vingt minutes plus tard ils &#xe9;taient de retour. La m&#xe8;re n&apos;avait pas boug&#xe9; d&apos;un pouce et Jean, visiblement soulag&#xe9; se pr&#xe9;cipita dans ses bras, lui contant dans un long z&#xe9;zaiement et avec un lanagae approximatif son Odyss&#xe9;e. Il fut f&#xea;t&#xe9; comme un h&#xe9;ros. Joseph alla s&apos;asseoir dans la cuisine en attendant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; La carte sur la table &#xe9;tait finalement habituelle. Jean &#xe9;tait malade. Depuis qu&apos;il &#xe9;tait au service militaire, il &#xe9;tait toujours malade, du pain b&#xe9;ni pour les m&#xe9;decins. Jean &#xe9;tait malade et l&apos;ordinaire de la caserne &#xe9;tait bien dur. Avec trois quatre francs il pourrait pendant quelques temps am&#xe9;liorer son quotidien. Si cela ne d&#xe9;rangeait pas son fr&#xe8;re bien s&#xfb;r. Il esp&#xe9;rait d&apos;ailleurs que Joseph se portait bien, en fait il savait bien que Joseph se portait bien, il avait &#xe9;t&#xe9; g&#xe2;t&#xe9; par la nature lui. Joseph avait d&#xe9;j&#xe0; &#xf4;t&#xe9; de la pile le mandat postal qu&apos;il irait porter d&#xe8;s le lendemain au bureau de poste. Il alla chercher la plume et l&apos;encre pour le remplir, d&apos;une belle &#xe9;criture ronde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph &#xe9;crivait bien, et sans faute la plupart du temps, Monsieur Loriot, l&apos;instituteur &#xe9;tait ravi de cet &#xe9;tat de fait : &amp;quot;Je peux le laisser travailler tout seul, il sait tout faire. Et pendant ce temps je peux un peu mieux m&apos;occuper du Jean, le pauvre, il a bien du mal l&#xe0; aussi.&amp;quot;&amp;nbsp; Ce brave homme ne s&apos;&#xe9;tait d&apos;ailleurs jamais rendu compte &#xe0; quel point l&apos;attention qu&apos;il consacrait au gamin au teint bistre et au dos courb&#xe9; cr&#xe9;ait une tension dans la classe. Les autres gamins avaient vite rep&#xe9;r&#xe9; le chouchou &#xe0; son arriv&#xe9;e. Un soir, ils &#xe9;taient bien d&#xe9;cid&#xe9; d&apos;ailleurs &#xe0; lui faire comprendre, gadins dans les poches, pr&#xea;ts &#xe0; voler, que chaque m&#xe9;daille &#xe0; son revers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Joseph s&apos;&#xe9;tait interpos&#xe9;, digne repr&#xe9;sentant de la solidarit&#xe9; familiale, conscient qu&apos;il fallait qu&apos;il prot&#xe8;ge le &apos;tiot qui est pas bien faraud, phrase qu&apos;on lui r&#xe9;p&#xe9;tait chaque jour, &#xe0; la soupe et au d&#xe9;jeuner. Il s&apos;&#xe9;tait pris une caillasse dans le front, mais sa prestance et sa carrure avait vite d&#xe9;courag&#xe9; m&#xea;me les plus m&#xe9;chants. Ils &#xe9;taient rentr&#xe9;s ensemble, Jean en larmes, morveux et son fr&#xe8;re ensanglant&#xe9;. Il avait fallu un bon moment et de nombreux c&#xe2;lins avant que le petit cesse de hurler, on passa le front du grand &#xe0; l&apos;alcool, ce qui le fit sursauter. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Tandis qu&apos;il repliait le mandat qu&apos;il venait de finir de remplir, Joseph tentait de lutter contre ce sentiment de frustration, cette impression d&apos;injustice qu&apos;il avait connu toute sa vie, ce feu qui le rongeait chaque jour un peu plus fort et qu&apos;il tentait d&apos;&#xe9;touffer. Il voulait se raisonner, se dire que ce n&apos;&#xe9;tait pas bien grave si &#xe0; son &#xe2;ge, il n&apos;avait pas encore connu de bonne amie. Joseph aurait eu du succ&#xe8;s au bal, il en avait d&#xe9;j&#xe0; dans la rue, dame, un beau gar&#xe7;on comme lui, b&#xe2;ti comme un ch&#xea;ne, dynamique et affable, il n&apos;en fallait pas plus pour faire tourner la t&#xea;te aux jeunes filles du coin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais si on prenait l&apos;un, on prenait l&apos;autre, &#xe9;tant donn&#xe9; que les deux fr&#xe8;res vivaient ensemble depuis la mort des parents Lamuis. On ne savait gu&#xe8;re de quoi ils &#xe9;taient morts, elle en janvier 1912, lui le mois de mars suivant - Joseph pensait que c&apos;&#xe9;tait la fatigue de s&apos;&#xea;tre occup&#xe9; du &apos;tiot - mais le vieux avait fait jurer au grand qu&apos;il prendrait d&#xe9;sormais soin de son cadet &#xe0; leur place, il &#xe9;tait si fragile. Et puis le grand avait un m&#xe9;tier, tandis que Jean ce serait miracle qu&apos;on lui trouve une t&#xe2;che qui ne le tue pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On avait bien essay&#xe9; un temps de le faire engager comme employ&#xe9; &#xe0; la mairie, mais il &#xe9;crivait si mal qu&apos;il avait bien fallu se rendre &#xe0; l&apos;&#xe9;vidence : il n&apos;&#xe9;tait pas fait pour un m&#xe9;tier intellectuel. D&apos;autre part, son physique d&#xe9;savantageux et ses myst&#xe9;rieuses maladies &#xe0; r&#xe9;p&#xe9;tition lui interdisait toute t&#xe2;che physique. On le garda donc &#xe0; la maison, &#xe0; la plus grande joie de la m&#xe8;re.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Depuis ce temps-l&#xe0;, les deux fr&#xe8;res habitaient donc ensemble, Joseph travaillant d&apos;arrache-pied pour faire vivre le m&#xe9;nage, et Jean se plaignant de ses douleurs tout en trainaillant du fauteuil &#xe0; la fen&#xea;tre. Quand vint l&apos;heure d&apos;&#xea;tre appel&#xe9; sous les drapeaux, Jean eut bien du mal &#xe0; sortir de son lit. Mais les gendarmes qui &#xe9;taient venu le chercher &#xe9;taient des sans-coeur, des &#xe9;trangers qui venaient du chef-lieu de canton ; ils l&apos;emmen&#xe8;rent malgr&#xe9; ses cris et Joseph &#xe9;copa d&apos;une forte amende pour s&apos;&#xea;tre oppos&#xe9; &#xe0; eux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il faut croire que dans l&apos;Arm&#xe9;e Fran&#xe7;aise, on avait besoin de gens bien mal en point puisque Jean fut jug&#xe9; apte. C&apos;est alors que les demandes de mandat se mirent &#xe0; affluer. Toujours brave, et sachant bien que le village &#xe9;tait au courant de son courrier, Joseph se trouva dans l&apos;obligation de subvenir aux besoins de son fr&#xe8;re absent, lesquels ne cessaient d&apos;augmenter. Heureusement, les t&#xe2;ches m&#xe9;nag&#xe8;res &#xe9;tant moins lourdes depuis le d&#xe9;part de Jean, l&apos;a&#xee;n&#xe9; put travailler plus longtemps &#xe0; la menuiserie pour y pourvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Bref, ce jour-l&#xe0; encore, le &apos;tiot lui demandait quelques francs. Il parcourut &#xe0; pied les dix kilom&#xe8;tres jusqu&apos;au bureau de poste, sans maugr&#xe9;er, au cas o&#xf9; on le verrait. Il ressentait un certain soulagement : c&apos;&#xe9;tait un des derniers mandats puisque le frangin serait lib&#xe9;r&#xe9; dans deux mois, &#xe0; la fin de l&apos;&#xe9;t&#xe9;. Au bureau de poste il tendit son papier, l&apos;employ&#xe9; le data d&apos;un coup de tampon : 28 juin 1914.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Un mois et demi plus tard, le r&#xe9;giment de Jean fit route vers le front. Joseph se trouva dans un poste de commandement, o&#xf9; l&apos;on avait besoin de gens intelligents, sachant lire et &#xe9;crire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il ne fallut pas une semaine pour que le grand se rend&#xee;t compte de l&apos;absurdit&#xe9; de la situation, il commen&#xe7;a alors de longues d&#xe9;marches qui, gr&#xe2;ce &#xe0; son opini&#xe2;tret&#xe9; et &#xe0; ses talents d&apos;orateur, finirent par porter leur fruit : il &#xe9;changea son poste au chaud contre celui de son fr&#xe8;re.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Quand il revint au village, Joseph avait derri&#xe8;re lui trois ans de tranch&#xe9;e, trois ans de froid, de faim, de souffrances extr&#xea;mes. Trois ans qu&apos;il avait donn&#xe9; pour la France et pour son fr&#xe8;re. Son premier geste fut d&apos;ailleurs de fleurir la tombe de ce dernier qui s&apos;&#xe9;tait bris&#xe9; la nuque en se prenant les pieds dans le tapis d&apos;on ne sait quel Quartier G&#xe9;n&#xe9;ral.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il y avait sur la tombe trois noms et trois portraits. Et ces trois mauvaises photographies semblaient lui jeter des regards furieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il essaya bien de se refaire une vie mais il ne pouvait s&apos;emp&#xea;cher d&apos;entendre que dans son dos on parlait de remords, de laisser mourir son fr&#xe8;re &#xe0; la guerre, &#xe0; la guerre le pauvre Jean, vous vous rendez compte, il pouvait pas tant en supporter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il se d&#xe9;cida donc &#xe0; &#xe9;migrer et trouva une place d&apos;employ&#xe9; dans la ville de Digoin, la mort dans l&apos;&#xe2;me.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On le trouva flottant dans le canal deux mois plus tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Son cadavre &#xe9;tait &#xe9;pouvantablement maigre.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 02 Apr 2008 14:43:00 GMT</pubDate></item><item><title>Carte Postale #27</title><dc:creator>MonsieurMonsieur</dc:creator><link>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html</link><comments>http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://cartophile.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/8543987/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://cartophile.canalblog.com/archives/2008/03/30/8543987.html</guid><description>&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/05/21/335207/23842181.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/05/21/335207/23842181_p.jpg&quot; alt=&quot;cp27&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://storage.canalblog.com/23/42/335207/23842196.jpg&quot;&gt;&lt;img width=&quot;150&quot; height=&quot;98&quot; border=&quot;0&quot; src=&quot;http://storage.canalblog.com/23/42/335207/23842196_p.jpg&quot; alt=&quot;cp27vso&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Nous enterr&#xe2;mes Claude Murcier &#xe0; Bourgoin-Jallieu en mars 1986 alors qu&apos;on s&apos;appr&#xe9;tait &#xe0; f&#xea;ter son centenaire. Il &#xe9;tait mort en bonne sant&#xe9;, s&apos;&#xe9;tant pli&#xe9; jusqu&apos;&#xe0; la fin de sa vie &#xe0; une discipline athl&#xe9;tique rigoureuse. Flexion, extension, inspiration, expiration, une habitude remontant &#xe0; son jeune temps et &#xe0; sa plus grande passion : les chasseurs alpins. On l&apos;enterrait d&apos;ailleurs avec sa tarte, ses fourrag&#xe8;res, ses galons de premi&#xe8;re classe, ses bas blancs et ses chaussures de montagne. On sonna m&#xea;me Sidi-Brahim pendant la mise en terre et Claude, allong&#xe9; dans sa couche aust&#xe8;re, semblait au garde &#xe0; vous, raide comme un piquet, tomb&#xe9; silencieux, sous le choc, comme une muraille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;ensemble du cort&#xe8;ge d&#xe9;fila devant le trou, y jetant une jonquille, et l&apos;on sentait dans cette foule une certaine impatience &#xe0; laisser la c&#xe9;r&#xe9;monie pour se rassembler autour d&apos;un verre&amp;nbsp; comme s&apos;il y avait une urgence &#xe0; tous se rencontrer, un sujet br&#xfb;lant &#xe0; aborder sans plus tarder.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il faut dire que l&apos;on n&apos;ensevelissait pas n&apos;importe qui ce jour : dans la tombe gisait le dernier t&#xe9;moin de la plus picrocholine des guerres qu&apos;eut connu le vingti&#xe8;me si&#xe8;cle. Selon son humeur, Claude lui donnait ironiquement le nom de &amp;quot;guerre de 1907-1908&amp;quot;, ou bien, avec des airs de conspirateur, racontait sa participation &#xe0; l&apos;incident qui avait failli h&#xe2;ter de sept ans la Grande Guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Claude &#xe9;tait de ces gens qui ne savaient pas comment travailler, ce n&apos;&#xe9;tait pas un imb&#xe9;cile, il &#xe9;tait m&#xea;me assez intelligent pour voir ce qu&apos;il ne savait pas faire. Il avait par exemple tent&#xe9; de trouver un patron, apr&#xe8;s avoir constat&#xe9; sa compl&#xe8;te incomp&#xe9;tence &#xe0; apprendre quoi que ce soit &#xe0; l&apos;&#xe9;cole, hormis &#xe0; &#xe9;crire. Mais c&apos;&#xe9;tait toujours la m&#xea;me chose : le bl&#xe9; semblait lui pourrir entre les mains, les pas de vis se faussaient d&#xe8;s qu&apos;il donnait un tour d&apos;&#xe9;crou, et on n&apos;avait jamais vu un vitrier r&#xe9;ussir aussi bien des d&#xe9;coupes en vagues quand elles devaient &#xea;tre droites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Par contre c&apos;&#xe9;tait&amp;nbsp; un champion &#xe0; la chasse le Claude. D&#xe8;s que &#xe7;a bougeait dans un buisson, il &#xe9;paulait et le faisan avait &#xe0; peine le temps de montrer une plume qu&apos;il roulait d&#xe9;j&#xe0; dans la bruy&#xe8;re. D&#xe8;s lors il lui restait deux choix pour gagner sa vie : le braconnage ou l&apos;arm&#xe9;e. Comme il &#xe9;tait honn&#xea;te, il s&apos;engagea, et comme il &#xe9;tait de nature curieuse et friand de conna&#xee;tre de nouveaux horizons, il s&apos;engagea au 7&#xb0; bataillon de chasseurs alpins, bataillon de fer, bataillon d&apos;acier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il sillonnait avec bonheur les montagnes en compagnie, et de leur sommet contemplait ce paysage encore vierge, cherchant parfois quelqu&apos;indice de la fronti&#xe8;re franco-italienne sur laquelle il devait veiller. Car elle &#xe9;tait l&#xe0; sa t&#xe2;che sublime : veiller &#xe0; ce que l&apos;ennemi, jaloux de leur ind&#xe9;pendance, ne s&apos;avance dans la m&#xe8;re patrie. L&apos;ennemi, c&apos;&#xe9;tait l&apos;italien, ce boche m&#xe9;dit&#xe9;ran&#xe9;en, qui, &#xe0; l&apos;instar de ses alli&#xe9;s qui avaient confisqu&#xe9; l&apos;Alsace et la Lorraine, lorgnait sur la Savoie et Nice. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; On ne peut pas dire cependant que l&apos;atmosph&#xe8;re au col du petit Saint Bernard f&#xfb;t tendue : l&apos;hiver il n&apos;y avait gu&#xe8;re de monde &#xe0; l&apos;air, et l&apos;&#xe9;t&#xe9; on pr&#xe9;f&#xe9;rait humer le parfum des fleurs et des herbes. Il y avait presqu&apos;une sorte de d&#xe9;tente entre les Chassseurs et les Alpini qui se reconnaissaient &#xe0; force de se voir. Et jamais il n&apos;y aurait eu la guerre de 1907-1908 sans ce maudit lapin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Un lapin dans ces contr&#xe9;es &#xe9;tait un animal aussi incongru qu&apos;un chamois sur la c&#xf4;te d&apos;azur. Il &#xe9;tait apparu un jour de printemps sans qu&apos;on sache d&apos;o&#xf9; il pouvait venir, mais selon toute apparence il se plaisait dans les environs des postes de douane, se r&#xe9;galant de la v&#xe9;g&#xe9;tation alpine, fol&#xe2;trant parfois en territoire fran&#xe7;ais, parfois en territoire italien, vaguemestre animal qui traversait le no man&apos;s land. Les soldats l&apos;avaient observ&#xe9; avec &#xe9;tonnement d&apos;abord, puis avec amusement, avaient faits des hypoth&#xe8;ses sur son origine, sur son habitat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; C&apos;est d&apos;ailleurs Claude qui rep&#xe9;ra le terrier. Il fallait pour cela son regard&amp;nbsp; per&#xe7;ant et son exp&#xe9;rience de chasseur. Le rep&#xe8;re du rongeur avait deux ouvertures : l&apos;une dans le no man&apos;s land et l&apos;autre une dizaine de m&#xe8;tres derri&#xe8;re la cabane des soldats transalpins. Puis on s&apos;amusa avec l&apos;animal que l&apos;adjudant avait surnomm&#xe9; &amp;quot;Jeannot l&apos;alpin&amp;quot;, on lui lacha les chiens au cul : Jeannot &#xe9;tait toujours plus rapide ou plus malin que les lourds Saint Bernard. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Enfin les soldats, quand ils &#xe9;taient d&#xe9;soeuvr&#xe9;s des deux c&#xf4;t&#xe9;s, invent&#xe8;rent une sorte de tennis lapin qui consistait &#xe0; se renvoyer le rongeur en lui faisant peur. Le but &#xe9;tait de l&apos;emp&#xea;cher d&apos;entrer sur le territoire national. Les tournois dur&#xe8;rent tout l&apos;&#xe9;t&#xe9; et se prolong&#xe8;rent durant l&apos;automne, p&#xe9;riode &#xe0; laquelle ils devinrent plus athl&#xe9;tiques, la couche de neige emp&#xea;chant les hommes de se mouvoir facilement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lapin, lui, filait toujours aussi vite et c&apos;&#xe9;tait &#xe9;tonnant de voir la boule de fourrure brune zigzaguer comme un &#xe9;clair sur le manteau blanc sans jamais s&apos;y enfoncer. Il avait atteint une taille admirable, peut-&#xea;tre gr&#xe2;ce &#xe0; ses exercices, et une id&#xe9;e germa alors chez les Chasseurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le col n&apos;&#xe9;tait plus facilement accessible et faudrait d&#xe9;sormais vivre sur les r&#xe9;serves faites au cours de l&apos;&#xe9;t&#xe9; ce qui impliquait une nourriture grossi&#xe8;re, rare&amp;nbsp; et insipide. On ne sait qui dit en premier que le lapin ferait un bon appoint &#xe0; l&apos;ordinaire, peut-&#xea;tre &#xe9;tait-ce cet abruti de Veran, qui avait le chic pour lancer des id&#xe9;es qui semblaient bonnes &#xe0; priori mais se r&#xe9;v&#xe9;laient calamiteuses &#xe0; l&apos;utilisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Toujours est-il qu&apos;au match suivant, les fran&#xe7;ais se firent marquer un point tr&#xe8;s t&#xf4;t dans le match. Claude Murcier &#xe9;paula alors, prit bien son temps car il n&apos;aurait qu&apos;une tentative et quand il fut s&#xfb;r d&apos;avoir l&apos;animal dans son viseur, il tira. Jeannot fut touch&#xe9; en pleine course et boula sur la neige, l&apos;&#xe9;claboussant de quelques gouttes de sang. Comme il retournait &#xe0; ce moment-l&#xe0; vers le camp des Alpini, il d&#xe9;passa la barri&#xe8;re et finit sa course trois m&#xe8;tres plus loin, dans le no man&apos;s land.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le caporal Robert se hissa par-dessus l&apos;obstacle pour aller chercher le repas du soir. Il tendait la main vers les oreilles de l&apos;animal lorsqu&apos;une seconde d&#xe9;tonation claqua dans l&apos;air. La neige sembla exploser devant le caporal qui arr&#xea;ta net son geste. De l&apos;autre c&#xf4;t&#xe9; de la fontri&#xe8;re, un soldat italien le tenait encore en joue, sa carabine fumait. Pour voir, Robert tendit &#xe0; nouveau la main. Deux coups simultan&#xe9;s r&#xe9;pondirent &#xe0; ce geste, les balles s&apos;enfonc&#xe8;rent juste devant lui, le faisant battre en retraite, tandis que tous ses camarades se mettaient &#xe0; l&apos;abri. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Il y eut un moment de silence. Puis un nouveau coup de feu. La carabine de Murcier avait repris du service et l&apos;italien qui avait p&#xe9;n&#xe9;tr&#xe9; le no man&apos;s land s&apos;en repartit bredouille. C&apos;est ainsi que se passa cette dr&#xf4;le d&apos;apr&#xe8;s-midi. Chaque tentative pour aller saisir le lapin &#xe9;tait suivie de l&apos;armement d&apos;une carabine, puis du retour du soldat en mission de ravitaillement. On alluma les projecteurs pour la nuit, les deux camps rest&#xe8;rent sur leurs positions, leurs soldats camoufl&#xe9;s : limiers invisibles couch&#xe9;s dans les sillons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; L&apos;adjudant fit un rapport par le t&#xe9;l&#xe9;graphe. Et le lendemain on put constater que de l&apos;autre c&#xf4;t&#xe9; on avait eu la m&#xea;me r&#xe9;action, puisqu&apos;une d&#xe9;l&#xe9;gation vint visiter aussi les soldats transalpins. Sans que ses hommes quitassent leurs positions, l&apos;adjudant expliqua l&apos;affaire au capitaine qui &#xe9;tait venu les voir. Le capitaine se trouva fort ennuy&#xe9; et il fit son rapport t&#xe9;l&#xe9;graphique : des coups de feu avaient &#xe9;t&#xe9; &#xe9;chang&#xe9;s. Le rapport monta la voie hi&#xe9;rarchique, prenant &#xe0; chaque stade une importance plus grande, une urgence plus &#xe9;vidente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le lendemain apr&#xe8;s-midi, un officier g&#xe9;n&#xe9;ral pl&#xe9;nipotentiaire se pr&#xe9;sentait au col, accompagn&#xe9; d&apos;un traducteur. Ce dernier eut du mal &#xe0; s&apos;adapter au langage fleuri des militaires mais fut le m&#xe9;dia du dialogue suivant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;quot; Pourquoi vous nous avez tir&#xe9; dessus ?&lt;br /&gt;- A cause du lapin, il est pas &#xe0; vous le lapin.&lt;br /&gt;- Comment &#xe7;a il est pas &#xe0; nous ? C&apos;est Murcier qui l&apos;a tir&#xe9;.&lt;br /&gt;- Oui mais il est pas chez vous.&lt;br /&gt;- Il y &#xe9;tait quand Murcier a tir&#xe9;.&lt;br /&gt;- De toute fa&#xe7;on &#xe7;a fait rien, il est pas &#xe0; vous parce qu&apos;il est pas de chez vous, il est italien.&lt;br /&gt;- Et comment tu le sais, tu lui as caus&#xe9; avant qu&apos;il meure ?&lt;br /&gt;- Il a sa maison chez nous alors il est italien.&lt;br /&gt;- N&apos;emp&#xea;che que vous nous l&apos;avez envoy&#xe9;, c&apos;est une sorte de r&#xe9;fugi&#xe9;.&lt;br /&gt;- Et c&apos;est comme &#xe7;a que vous les traitez les r&#xe9;fugi&#xe9;s ? Patrie des droits de l&apos;homme de mon cul oui.&lt;br /&gt;- Y&apos;a que les lapins et les italiens qu&apos;on traite comme &#xe7;a et tu sais pourquoi ? C&apos;est parce que sinon vous savez foutre qu&apos;une chose : vous reproduire, bons &#xe0; rien.&amp;quot;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Le reste de l&apos;&#xe9;change &#xe9;tait &#xe0; base d&apos;organes g&#xe9;nitaux, de m&#xe8;res baffou&#xe9;es, de familles d&#xe9;shonor&#xe9;es. Cette fructueuse prise de contact dura plusieurs jours. Pendant ce temps, le lapin se dess&#xe9;chait entre les deux barri&#xe8;res. Parfois un corbeau venait se poser pour tenter d&apos;arracher un bout de viande au cadavre, une salve de fusil roulait alors et il ne restait du pauvre volatile qu&apos;une tache de sang et quelques plumes qui volaient.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; A bout d&apos;arguments et d&apos;injures, ayant re&#xe7;u des renforts et le lapin &#xe9;tant totalement d&#xe9;charn&#xe9; &#xe0; la fin de l&apos;hiver, chaque camp fit enfin un pas vers l&apos;autre. Il fut convenu que d&#xe9;sormais tout lapin se risquant dans le secteur serait aussit&#xf4;t et impitoyablement abattu et enterr&#xe9; dans le no man&apos;s land.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Ce fut la fin de la guerre de 1907-1908. Une guerre qui ne vit pas de vainqueur officiel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; Mais de temps &#xe0; autre, quand il avait fini de raconter son histoire, Claude Murcier sortait de sa poche un porte-bonheur, une patte de lapin, et confiait &#xe0; voix basse, mais avec un ton rauque et l&apos;oeil br&#xfb;lant :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; - Dans la nuit que je suis all&#xe9; la chercher celle-l&#xe0;. C&apos;est nous qu&apos;on l&apos;a gagn&#xe9; la Guerre du Lapin, c&apos;est nous.&amp;quot;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Sun, 30 Mar 2008 21:26:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>