LeCartophile

Une carte postale, un monologue, une situation, un monde à inventer.

13 mai 2008

Pas carte postale

    Cela n'est pas dans mes habitudes ici, mais je m'en vais vous faire profiter de mes états d'âme. C'est pas dommage moi je vous le dis, z'avez bien de la chance et tout. Vous pouvez constater que le blog s'étiole. C'est pas de ma faute. C'est une question de circonstances. C'est arrivé au premier blog pour une question de titre et de listes, c'est arrivé au second qui se sclérosait dans une routine faite de chroniques déjà réglées, telle le lundi, telle autre le mercredi...

    Donc j'en suis encore à ce point : je commence à m'ennuyer. Le principe est bon et servira je pense encore pour d'autres nouvelles. Mais il a un revers. La carte postale ne peut être d'intérêt que si elle contient du sens. Or, depuis la démocratisation du téléphone, et maintenant de l'internet, la carte postale n'a plus de contenu, ce contenu si délicieux parce qu'il est différé.

    C'est pourquoi mes récits sont figés dans une époque hélas, dans de moeurs qui vont avec, même s'ils ne sont pas si différents des notres. Voilà pourquoi j'écris peu ces derniers temps, d'autant qu'écrire pour moi n'est pas une sinécure. J'ai du mal, j'écris lentement avec des gros doigts qui tapent les touches d'à côté alors hein si c'est aussi pour tourner le même univers encore et encore...

    Cependant j'ai trouvé une ou deux cartes qui semblent offrir des possibilités, donc je vais continuer ces nouvelles. De plus, je pense que la plupart de mes récits déjà écrits méritent une réécriture. Je m'y mets et je vous tiens, ma chère dizaine de lecteurs, au courant. Il me faut tout de même maintenant trouver comment remplir ce blog. Le blog de vie m'ennuie, je pense en avoir fait le tour, ailleurs, à un autre moment. Le blog d'opinion est souvent idiot parce qu'épidermique et manquant de remise en cause.

    Je vais devoir donc réécrire des nouvelles, d'autres nouvelles. Putain de moi. Heureusement que j'ai de vieilles idées (c'est normal pour un vieux) qui trainent dans les coins. Il s'agira donc encore de nouvelles. Certaines existent déjà, écrites par moi, je les écrirai une nouvelle fois. Ainsi je vais pouvoir commencer dès demain... Le cartophile va donc ajouter une catégorie. 'est idiot de faire un grand discours pour ça hein ?

    En même temps, je ne suis pas bien malin.

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04 mai 2008

Carte Postale #30

cp30  cp30vso
/Merci à la mère Castor qui m'a envoyé cette jolie carte postale et m'a ainsi rendu un fier service./

    Régis était un peu rouge, mais fermement décidé, du haut de ses vingt-deux ans, a franchir le pas avec Coco. Le problème du jeune homme tenait à la fois au prestige et au pécuniaire. Régis était encore puceau et avait de plus en plus de mal dans les réunions de jeunes mâles à mentir sur ce point, se trouvant parfois dans un flou technique qui ne lui permettait pas de renchérir sur ses amis. De plus, il gagnait assez chichement sa vie et sa vieille mère le surveillait d'assez près pour qu'il ne puisse pas faire un tour au bordel. Il avait donc décidé de tenter sa chance avec une vraie femme.

    Peu de gens auraient eu cependant l'idée de dire de Coco qu'elle était une vraie femme. Les suffragettes avaient beau être passée par là, une jeune femme aussi libre d'esprit et de moeurs était une rareté. D'ailleurs on la croisait la plupart du temps au bistrot des Pêcheurs, en train de prendre son apéritif à la sortie de l'usine, car elle avait refusé, une fois la guerre finie de rendre son établi à un homme. Ce n'est pas qu'elle trouvât vraiment gratifiant le travail à la chaîne, mais elle voulait prouver que, comme elle le disait, "la femme est un homme comme les autres".

    D'ailleurs, au moment où Régis entra dans le troquet, elle était en train de le démontrer avec brio, commandant une tournée générale tandis qu'elle éclusait son troisième godet de blanc. Une clameur s'empara du groupe accoudé au bar, laquelle clameur cherchait à tempérer l'enthousiasme de la demoiselle. Elle se récria à son tour, leur affirmant qu'il était bon pour le travailleur de prendre un moment de détente avant de rentrer à la maison, et que si leur bonne femme gueulait elle avait qu'à venir mettre les deux mains dans le cambouis, on en rediscuterait après. Régis n'écoutait de toute façon pas ce qui se disait, il admirait la silhouette de Coco, se demandant comment un bleu de chauffe pouvait aussi bien mettre en valeur un fessier.

    Parce qu'elle avait beau sortir du boulot avec de la graisse sur le visage, toute luisante de la sueur accumulée durant ses huit heures de travail, Coco restait charmante. Si elle avait été coquette on aurait pu dire qu'un sac l'habillait, comme elle ne l'était pas, un sac l'habillait vraiment. La grâce semblait l'habiter en tout moment, fût-elle en train de serrer un boulon de toutes ses forces, la rougeur qui lui venait alors lui seyait. Même s'ils ne se le disaient pas, les autres ouvriers ne pouvaient s'empêcher de jeter un oeil régulièrement à son établi, alors vous pensez si ils l'accompagnaient volontiers prendre un pot à la sortie.

    Mais accoudée au bar comme elle l'était, Coco devenait curieusement asexuée, et tous ceux qui l'y suivaient ne restaient que parce qu'ils se sentaient en bonne compagnie. Il faut dire que les blagues fusaient, qu'elle avait une façon de vous raconter sa vie qui vous faisait d'abord sourire, puis rire jusqu'aux éclats. En ce moment même, elle racontait ses dernières vacances, dans le sud, et comme il était agréable de se retrouver à poil dans le sable, même si ça grattait un peu la raie quand on se remettait en route pour la pension. Les garçons eurent tous un rire gras, seul Régis se mit à rougir un peu plus : il avait imaginé la scène mais n'avait pu aller plus loin que le tableau représentant Coco nue sur le sable, quasiment offerte, son bleu pendu nonchalamment sur un buisson.

    A cause de son caractère sans gène, les bonnes femmes, comme elle les appelait, voyaient Coco d'un mauvais oeil. Cette espèce de révolutionnaire en acte avait mauvais genre. On ne pouvait avoir avec elle une conversation sensée, sur un sujet décent, avec des mots simples. Jamais rien à dire sur le temps qu'il faisait, jamais, jamais un mot sur les gens et leurs petits problèmes, pas une once de compassion. Elle ne se gênait même pas pour vous dire que ça la barbait drôlement, mais elle ne s'était pas vu cette salope, à parler toujours de vulgarités.

    D'ailleurs en ce moment même elle racontait comment elle se prélassait avec "la lune face au soleil" et Mimile s'en étranglait de rire. Régis s'approchait lentement, se contraignant à respirer avec calme afin de faire refluer le sang qui lui était monté au visage. Il ne s'était pas spécialement habillé, voulant se donner un air d'affranchi, loin des clichés des romans de gare.

    Il avait longuement réfléchi à la meilleure méthode pour perdre son pucelage. Les fleurs et les serments, il les avait écartés parce que c'était une façon de faire qui manquait vraiment de virilité. Du coup, la plupart des filles qu'il connaissait avaient aussi été écartées, la conclusion de sa réflexion avait donc été évidente : Coco était la seule pouvant accepter de coucher avec lui simplement, sans faire de chichis. Il avait répété la  veille au soir ce qu'il avait à dire et à faire, puisant dans les diverses expériences que ses camarades lui avaient confiées.

    Il suffisait de se lancer.

    Coco parlait maintenant des dangers de rester en tenue d'Eve trop longtemps et comment sa lune, comme celle de la nature, brillait la nuit à cause du coup de soleil qu'elle avait reçu. Mimile en pleurait. Régis s'avança et plaquant virilement une main au panier de la jeune femme lança un nonchalant : " Ben j'espère qu'il s'est rétabli, ça m'arrangerait pour ce soir."

    On en tendit rarement dans un bistrot un silence d'une telle qualité.

    Quelques secondes plus tard Régis passait le seuil en roulant, le nez dégoulinant de sang.

    Coco se réinstalla au bar : "Vous méprenez pas les gars, c'est pas que je sois vexée, mais la classe, ça s'improvise pas, ça s'apprend. Et moi j'ai le coup de pied dans l'oigne pédagogique. On en était où des aventures de mon cul en vacances ? "

Posté par MonsieurMonsieur à 15:13 - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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