LeCartophile

Une carte postale, un monologue, une situation, un monde à inventer.

28 novembre 2007

Carte Postale #10

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    Il arrive qu'on rencontre des gens que l'on qualifiera spontanément de têtes à claques. l'expression est certes figée, il nous faut tout de même toute notre bonne éducation pour réprimer le fourmillement qui nous envahit le bras à leur vue. Ils ont leur pendant, les faces d'ange à qui l'on "donnerait le bon Dieu sans confession". Ces gueules d'amour, yeux grands ouverts, bouclettes au vent : la petite Rose par exemple. Elle avait un si beau sourire, la petite Rose. La maîtresse l'adorait, l'épicière l'adorait, la boulangère l'adorait. la petite Rose était une peste.

    Une tache d'encre sur un banc d'école,  un carreau cassé à l'usine, un chien tirant une brinquebalante marmite en guise de carriole ? Ne cherchez pas : la petite Rose. Les fleurs du cimetière qui changent spontanément de tombe,  un étron canin sur le paillasson, du noir de fumée sur la rampe d'un escalier ? Ne cherchez pas : la petite Rose. Vous hurlez, vous réprimandez, vous punissez ? Cela tombera sur Pierre, Paul ou Jacques, mais la petite Rose, d'un seul clin d'oeil, vous fera comprendre combien elle est innocente.

    Quand on est si belle, quand on le reste, il n'est pas difficile de se caser, mais Rose avait de l'ambition. Elle refusa tous les partis, et constatant qu'elle n'arrivait pas encore à dénicher l'oiseau rare, elle se mit à son compte dans une branche commerciale en plein essor : elle se fit pute sous le sobriquet de Rosa. Ce fut un choix judicieux.

    Tout d'abord tapin dans le quartier du port, elle se fit remarquer par Mme Angèle, une femme de tête, en même temps que femme de fesse, qui tenait un clanque dans le faubourg commerçant. Nul ne pouvait être déçu en entrant dans son établissement, on y trouvait des filles de toutes origines ; l'Empire était fort bien représenté, ce qui expliquait l'assiduité de certains militaires qui assouvissaient là à la fois des besoins naturels et une certaine nostalgie.
   
    Il y avait même un fabuleuse négresse encore sauvage qui ne s'exprimait que par grognements, nul ne l'avait vu parler. Pas devant les clients du moins. En guise d'illustration de cette mosaïque putassière, un énorme globe terrestre trônait au centre du salon et la plaque du clandé annonçait "le Miroir du Monde".

    Dans cet étalissement d'élite, Rosa tint longtemps le rôle de l'adolescente prépubère, farouche et timide, jetée en pâture aux grossiers appétits des messieurs. Elle le tint si bien d'ailleurs qu'elle eut même des habitués : le sous-préfet (et parfois madame), un colonel, le commissaire de police et plusieurs chefs d'entreprise. Car la ville était un bassin industriel important spécialisé dans la bonneterie. certes elle avait gardé un aspect petit-bourgeois, et les coffres-fortes étaient bien plus rebondis que les ventres des notables.

    C'est d'ailleurs ce qui donna l'idée de sa reconversion à Rosa, reconversion qu'elle opéra avec l'assentiment et l'assistance de sa patronne et sous la coercition des premières rides qui lui creusaient le visage. Non pas que le charme eut disparu, il aurait suffit d'un réajustement du rôle pour que les affaires reprennent de plus belle, mais Rosa était lasse, et quoique jeune, son succès l'avait mis à la tête d'une coquette somme qu'elle avait investi dans le Miroir du Monde. En étant devenue l'actionnaire, elle ne voulait plus en être l'employée.

    D'autre part, les affaires stagnaient : la demande de sexe de qualité se cantonnant à une certaine clientèle, les perspectives d'agrandissement du Miroir du Monde était quasiment nulles. Les désormais associées (encore que Rosa vousoyât toujours Mme Angèle) furent donc d'accord pour diversifier leurs activités ; pratiques par instinct elles décidèrent de prendre soin de ce que l'on trouvait le plus au pays : l'argent.

    Les rentiers ne sont pas aventureux de nature, mais par contre la perspective de voir s'étendre leur tas d'or peut les amener à admettre qu'on prenne les risques pour eux, moyennant salaire. Que le salaire soit plus élevé que le bénéfice retiré de l'investissement, cela importe peu pourvu que bénéfice il y ait. Rosa avait remarqué que du temps où elle faisait le pied de grue sur les quais, jamais la maréchaussée ne lui avait cherché querelle. Contrairement aux autres filles, elle passait au travers de la descente. En un clin d'oeil. Ce fut elle qui eut l'idée.

    Les voyages commencèrent en 1935. Rosa répondit au préposé des douanes helvètes qu'elle venait faire un voyage d'agrément sur les bords du lac, qu'elle comptait bien profiter du climat qu'on disait serein ainsi que de la ville, toutes chose qu'on ne trouvait guère sur la rive française, un pays d'arriérés si vous voulez m'en croire, et puis c'était aussi l'occasion d'aller pour la première fois à l'étranger pour sa vieille tata, on irait manger du gruyère à Gruyère, voyez-vous comme c'est typique.

    Une dose de nationalisme discret, une larme de misérabilisme, un rien de naïveté, tout cela servi dans un grand regard pervenche, et le douanier ne pensait même plus que sa tâche était de fouiller les valises. D'ailleurs l'eût-il fait qu'il n'aurait pas osé touché à la vieille tata dont le corset fait sur mesure dans la capitale de la bonneterie, pesait aussi lourd qu'une armure de chevalier. Une fois passée la douane, l'une des femmes (souvent une pute en retraite du Miroir du Monde ) allait prendre le train pour s'en retourner dans son pays d'origine, et Rosa faisait la queue au comptoir d'une banque pour y déposer le contenu du corset. Réglé comme du papier à musique.

    Les années passèrent sans que rien ne changeât. Il y eut juste un regain de travail aux environs de l'année 1939 : Rosa était aux quatre cents coups et les dimensions des corsets devinrent inquiétantes, au point de lasser une fois un des mules qui fit un malaise à la sortie du poste.

     Puis soudain, plus rien.

    C'était la guerre.

    Rosa et Mme Angèle virent arriver l'armistice avec un certain soulagement : les affaires allaient pouvoir reprendre dans une France pacifiée. Certes le public n'était pas le même, il n'avait pas toujours la classe de "ces messieurs", encore que certains officiers allemands portaient beau. Les affaires reprirent donc, mais chichement, petitement. Le trafic de liquidités n'avait plus lieu d'être.

    Les lois anti-juives donnèrent une idée fameuse aux deux commerçantes : l'expérience et le savoir-faire de Rosa en matière de passage de douane seraient sûrement appréciés par des réfugiés ou plutôt par de futurs réfugiés. Aussitôt dit, aussitôt fait : l'agence de voyage du Miroir du Monde ne tarda pas à afficher complet. Les voyages vers la Suisse étaient quasiment complets, et s'il fallait éviter les Allemands (on disait les Boches en voyage), les Suisses eux se montraient tout-à-fait ouverts au charme de Rosa.

    A quelques milliers de francs le voyage, les deux femmes ne tardèrent pas à refaire leur pelote jusqu'à ce jour maudit. Il avait fallu qu'on tombe sur cette patrouille qui s'était égarée, il avait fallu que le lieutenant soit un fanatique du Reich qui n'avait pas pu intégrer la waffen SS, il avait fallu qu'il soit aussi tout à fait insensible aux arguments de la jeune femme, étant donné son orientation sexuelle (un secret qu'il croyait bien gardé), et toute la famille Bloch avait changé de destination.

    Rosa eut plus de chance. Le lieutenant vit l'opportunité qu'il y avait à exploiter cette filière afin de réaliser son rêve. Rosa rentra comme si rien ne s'était passé, et continua de s'occuper de l'organisation. On aurait donné le bon Dieu sans confession à cette brave âme qui sauvait tant de gens et pour cela ne comptait pas son temps ni la fatigue de si longs voyages. Il faut dire qu'une fois les réfugiés livrés aux Allemands, elle allait déposer l'argent sur son compte à Genève.

    Aujourd'hui le Miroir du Monde est un hôtel-restaurant. Ses propriétaires vivent à Lausanne.

    Depuis 1944, date de leur départ.

    Elles n'avaient même pas attendu qu'on leur décerne une médaille.

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23 novembre 2007

Carte Postale #9

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    Louis n'est pas du genre qu'on oublie ou qui passe inaperçu. Il est hirsute et garde en permanence un air étonné, on croirait qu'il découvre le monde chaque jour, il a de gros sourcils noirs, il bave en permanence, il est habillé sans rime ni raison et s'il n'est pas mal rasé alors son menton porte une estafilade toute fraîche. Louis est un bredin, un idiot. C'est pour ça qu'on lui dit pas Louis, on lui dit Pinlot.

    Tout le monde aime bien Pinlot parce qu'on dit toujours qu'il faut pas faire du mal aux zozos, que c'est la charité, même qu'il l'a dit le Jésus que le royaume du paradis appartenait aux niais. On s'occupe tous de lui au village, c'est pas qu'il en ait besoin mais c'est charité. Et puis il a son utilité le Louis, il donne autant qu'il reçoit, c'est toujours qu'on le voit de bon matin au marché ou à la kermesse, en train de trimbaler de ci de là les paniers de Mme Le veau, la marchande de quatre saisons, ou les caisses du potier, le père François.

    Et comme il n'a pas de besoin attendu que tous s'occupent de lui, on ne le paie pas avec de l'argent, mais il aime bien sa petite douceur en récompense : sa petite douceur c'est un canard à la gnôle, un sucre plongé dans un élixir qui titrait ses 70° et avait un goût de seau galvanisé. A huit heures trente, Louis était fin soûl et comme il avait le vin gai il entonnait des airs de bourrée, allait embrasser ses animaux favoris, montait sur le calvaire de la place jusqu'à tant que le curé vienne le chercher, enfin enchaînait les péripéties les plus drôles et les plus osées. Vers quatre heures de l'aprés-midi, il s'écroulait dans un bosquet et on le ramenait dans son cabanon, à l'orée du Bois Tercier.

    On a commencé à moins rigoler quand Mlle Parcheminey est arrivée. D'ailleurs quand le maire a annoncé son arrivée au Rendez-Vous des Chasseurs et des Menteurs, le bistrot-épicerie-téléphone, on a senti que les ennuis n'étaient pas bien loin. Il est arrivé de la Mairie la mine sombre, il venait de raccrocher le téléphone, le second téléphone du village, il s'est assis et il a dit : "ils nous envoient une étrangère." Tous les hommes se sont renfrognés. Chacun maudissait in petto "ils", "ils" c'était le Gouvernement, le Ministère, pour les moins ambitieux le sous-préfet, enfin "ils" c'était cette force malfaisante qui ôte à l'homme de bon sens sa liberté de décider ce qu'il faut faire et qui met le monde cul par dessus tête.

    "Ils" avaient donc envoyé Mademoiselle Parcheminey pour mener à bien l'exaltante tâche de faire entrer dans les têtes blondes des enfant du pays les connaissances indispensables à la formation de bons citoyens prêts à servir la Patrie Une et Indivisible, et cela gratuitement, laïquement et obligatoirement.  Mademoiselle Parcheminey était radicale-socialiste. Nul au pays ne comprenait l'obstination que l'on pouvait avoir à farcir le cerveau des belins de gaulois et de kilomètres de fleuve, d'angles droits et de tortues se hâtant lentement. Ce n'est pas ainsi qu'ils seraient plus efficace au cul des vaches : parce que quand on naissait au pays on restait au pays, c'était le pays qui le voulait.

    Et donc les jours de foires, Mademoiselle Parcheminey arrivait comme une furie, maudissant en hurlant, avec cet accent "pas d'ici", qui le menuisier, qui le cantonnier, parfois même Monsieur le Maire aux premiers signes d'ébriété de Pinlot. Et puis elle agrippait le demeuré par l'épaule et lui offrait une sieste réparatrice sur son un pauvre meuble de trois coussins qu'elle avait bien pompeusement nommé canapé.

    Elle n'avait pas de profession, Mademoiselle Parcheminey, elle avait un sacerdoce, et le pauvre Louis qui se réveillait faisant naître en elle un sentiment de miséricorde et avant qu'il pût réagir, le bredin était attablé à un bureau qu'il soulevait de ses genoux et ânonnait les leçons que la maîtresse lui infligeait avec passion.

    Il fit des progrès. Et la preuve fut faite que Pinlot pouvait lire et écrire. Une telle nouvelle tenait du miracle et l'on fit une épopée des heures nombreuses que l'admirable enseignante avait consacré sans réclamer un sou "sans réclamer un sou, mon Julot" à l'instruction de l'idiot du village. Ce dernier fut  élevé à la dignité de curiosité municipale : la commune possédait désormais le bredin le plus fin lettré de tout le canton.

    Si la fierté gagna à une telle curiosité, la haine sourde que l'on ressentait pour l'institutrice éclata : il n'y avait guère de logique dans cela mais beaucoup lui en voulurent d'avoir fait mieux avec Louis qu'aucun "du pays " n'ai jamais fait. Elle en démissionna. Et retourna chez elle, à la capitale, un endroit dit-on où le climat était tendre, où tout vous était servi sur un plateau, où le travail consistait à regarder dans les nuages, un pays de cocagne où tout est facile. Ce qui rend les gens mauvais.

    Tout redevint quasiment normal au village : le nouveau maître, au courant des déboires de sa collègue, et natif de la commune voisine ("un étranger encore !" hurla le maire en poussant la porte.) se fit discret. Et les soûleries de Louis reprirent alors de plus belle, et les foires eurent à nouveau leur lustre d'antan. C'est d'ailleurs au cours de la kermesse de la Saint Jean que Louis, inconscient comme peut l'être un idiot, mima sur une génisse un acte inavouable, affublant cette dernière du prénom de l'ancienne maîtresse.

    Le scandale fut retentissant et personne n'en parla, comme il est d'habitude dans ces pays de larges forêts et de grandes pâtures. Mais il fut décidé que la rouge devait être punie et fortement. Alors l'on mit Pinlot au travail.

    Noël approchait, il fallait poster ses bons voeux, et puis aussi pour l'an nouveau, chaque fête religieuse (vengeance ultime) fut l'occasion de montrer à l'enseignante comme son élève se débrouillait bien. Les cartes se succédèrent les unes aux autres. Louis, sous influence et parce que c'est comme ça qu'on parle aux femmes, se laissait dicter les textes qu'il traçait d'une main pataude à l'aide d'une plume et de l'encre de l'école. La plus tendre des cartes, faite pour le nouvel an, disait "Bonne santé. Grosses caresses.", les autres tenaient quasiment de la pornographie. On avait trouvé, au Rendez-Vous des Chasseurs et de Menteurs, matière à rire et à embellir le quotidien.

    Louise (car c'était par un malicieux hasard le prénom de Mademoiselle Parcheminey) reçut les cartes une à une et s'en voulut beaucoup d'avoir cédé à sa tendresse pour le pauvre Louis, objet de dérision, de l'avoir considéré comme un homme, de l'avoir, l'espace d'un instant (parce que la chose fut décevante, à l'aune de l'attente de la jeune femme), aimé. Elle expliqua les gens de la campagne à son mari pour qu'il n'ait la tentation ni de la quitter ni d'aller initier une quelconque vendetta.

    Les cartes se succédèrent donc. Louise les lut d'abord, puis les jeta, les fit jeter par son mari, elle déménagea même, mais l'on soupçonne peu les leviers sur lesquels sont capables de jouer un gars bien décidé. Les cartes suivirent donc toutes ses pérégrinations pendant plusieurs années. Non contente de changer d'adresse, elle changea d'homme, rien n'y fit : les lettres de Louis arrivaient, régulières, grossières.

    Entre deux missives, un jour, elle accoucha.

    L'enfant avait le sourcil bas, on constata bientôt qu'il bavait sans discontinuer et l'on annonça qu'il aurait à jamais sur son visage un air étrange : l'air réjoui de ceux qui découvrent chaque jour le monde.



   
 

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19 novembre 2007

Carte Postale #8

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    Lyon est une grande ville, et y rencontrer de suite une demi-douzaine de personnes qui vous claquent le beignet ne tient pas de la coïncidence, mais d'un plan machiavélique destiné à vous humilier en public. Malgré son uniforme, Yves hésitait pour l'instant à passer le coin de la rue Bellecordière, sûr qu'une nouvelle paire de claques l'y attendait. Rumilly par contre est juste un bourg de Haute-Savoie qui ne compte qu'une vingtaine de rues. S'y faire un ennemi est une mauvaise nouvelle puisqu'on a du mal à l'éviter. Parfois même on a du mal à l'éviter ailleurs. C'est ce qui était en train  d'arriver au caporal Yves le Pape.

    Quand la guerre fut venue,  Yves fut déçu d'être  affecté à un régiment de la coloniale : il ne porterait pas le pantalon garance ni la capote bleue, mais le terne uniforme de la Coloniale. Quand il vit quelle belle cible les pantalons rouges faisaient pour les mitrailleuses allemandes, il commença à changer d'avis. Et comme l'homme était débrouillard, il réussit à être souvent envoyé à l'arrière où il se rendit vite compte que la couleur du vêtement importait peu, le charme opérait toujours.

    Il fit donc de belles rencontres, des élégantes en quête de héros, des patriotes voulant récompenser   les fils de France, de bonnes âmes émues par les épreuves des valeureux piou-pious. Il les aima toutes d'un même amour, un mélange de plaisir de la chasse et de gourmandise sensuelle, sexuelle s'il le pouvait. Il faut dire que le caporal le Pape avait entendu les balles siffler au dessus de son casque ce qui lui avait révélé la fragilité de l'existence.

    Il voulait donc accumuler ces bons moments avant que la Camarde vienne l'en empêcher. Il y eut des Françoises, des Angèles et des Jeannes, il y eut des Eugénies et des Maries. Il y en eut deux des Maries, l'une gône, l'autre allobroge. Jusqu'à tant la coincidence n'était pas si évidente. Qu'elles habitent l'une à Lyon, l'autre à Rumilly, voilà qui n'avait pas non plus de quoi casser trois pattes à un canard.  Mais que l'on vous dise que dans l'une et l'autre ville se trouve une artère dite de Choulans et vous voyez alors se profiler l'incident.

    D'ailleurs, tandis qu'il se promenait au bras de la Marie savoyarde, Yves avait souri à l'entrée du chemin de Choulans, pensant à sa bonne amie, Marie la lyonnaise, qui habitait Montée de Choulans, sous la Croix-Rousse. Il eût mieux fait de n'y prêter aucune attention.

    Du front, Yves gérait son cheptel sentimental à coup de cartes postales au recto patriotique. Les messages étaient convenus et faits de bons sentiments, de baisers fougueux, quelquefois même Yves passait la plume à un de ses nègres qui savait écrire afin que la corvée passât plus vite, lui expliquant en même temps par le menu ses exploits et s'enorgueillissant de l'admiration que les soldats lui  vouaient alors. Seule l'adresse différenciait les multiples cartes, jusqu'à ce qu'une coupable confusion de nom ne vint tout gâcher.

    Marie Galand, la Marie de Savoie ne prit pas garde à l'adresse du premier courrier qui lui parvint après un long silence. Puis la régularité de ces courriers, la permanence de l'erreur commença à lui mettre la puce à l'oreille, d'autant qu'une lettre lui était parvenue, dans laquelle Yves, maladroitement, tentait d'expliquer qu'une lointaine cousine habitant Lyon et très malade avait une adresse dans laquelle se trouvait une rue de son village et que par conséquent...

    Marie Galand prit alors ses renseignements et trouva grâce à la diligence de l'administration des Postes une Marie Rémolain qu'elle s'empressa de visiter. Le pot aux roses fut bientôt découvert et les deux jeunes femmes étant d'un naturel suspicieux, elles menèrent une campagne pour découvrir les autres fiancées qu'elles soupçonnaient exister. Les articles nécrologiques falsifiés succédèrent les uns aux autres, destinés à semer la panique chez les victimes du Casanova de la Coloniale.

    Les deux Maries furent bientôt à la tête d'une troupe de femmes bafouées non négligeable qui attendit patiemment la permission adéquate pour se poster aux coins des rues qui menaient de la gare de Perrache au bas des pentes de la Croix-Rousse. Ce fut la traversée de la Capitale des Gaules la plus longue et la plus douloureuse qu'on ait jamais vu. Quand il revint dans ses tranchées, Yves le Pape n'avait jamais eu la figure aussi marquée. Cela fit rire ses nègres.

   

 

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11 novembre 2007

Carte Postale #7

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    Quand on est adolescent, on aime à se faire peur en se racontant des histoires terrifiantes. Les pires sont celles que l'on croit vraies parce qu'elle sont arrivées à l'ami d'un ami, elles ont souvent le même thême : une mystérieuse auto-stoppeuse qui disparaît soudain après avoir averti le conducteur d'un danger imminent et sauvé par là même la vie de plusieurs personnes. Elle oublie souvent une preuve de son passage sur le siège, l'autostoppeuse.

    René Mongeot n'est pas né au temps des automobiles. C'est à peine si de sa bonne ville de Roanne une ligne de cars rejoint Paris, sur une nationale sept poussièreuse, l'asphalte n'existe pas encore. René Mongeot habite une ville encore bourgeoise, capitale de la bonneterie, une ville d'ouvriers et de patrons paternalistes, qui comprend, atout non négligeable, un pont enjambant la Loire et fait de la cité ligérienne un passage obligé depuis la vallée du Rhône.

    René Mongeot ne connaît donc rien des histoires de Dame Blanche qui ne naîtront que plusieurs décennies plus tard.

    René est beau garçon. Il est doux et attentif aux autres. Il travaille comme contremaître au port, ce n'est pas rien le port d'où part le canal vers Digoin, c'est le port le plus éloigné de toutes les côtes de France. Quant il l'a su, le jeune homme a vu son travail autrement, il faisait en sorte quelque chose d'exceptionnel, il n'était plus n'importe qui. Il est comme ça René, capable de tout pour voir la vie du bon côté.

    Sa bonne amie c'est Jeanne, elle n'est pas vraiment très jolie, mais elle est aimable,  et puis une chose étrange : c'est le quatrième enfant de la famille, tout comme sa mère. Il suffit vraiment d'un rien pour que René s'émerveille. Ils auront bientôt tout deux vingt et un ans et pourront se marier sans demander l'avis de leurs parents, non que ces derniers ne soient pas d'accord, mais ils sont progressistes et veulent avoir le choix de leur amour.

    Il ne manque presque rien au bonheur du jeune Mongeot, peut-être un ami. Les bancs de la Communale n'ont pas été si fastes pour lui, car il était élève attentif. Enfant sage, il n'eut pas l'occasion non plus de s' acoquiner avec  les sacripants des boulevards. Ainsi il est plutôt solitaire par obligation.

    C'est d'ailleurs cela qui lui fait découvrir, à bicyclette, les abords de la ville puis qui l'incite à se perdre plus loin dans les monts alentours, parmi les petits villages de la côte. Parmi ceux-ci, le village de Renaison a sa faveur. Il allie la sauvagerie de la montagne et la tranquilité des lacs artificiels créés par les deux barrages, celui de la Tâche et du Rouchain. René aimait lire les atlas et il lui semblait que cela ressemblait à l'Ecosse.

    C'est cette montée finalement rude que René fit découvrir en premier lieu à son nouvel ami Pascal Labbé.

    Ils s'étaient rencontrés au hasard des rues et des bistrots, un mot ici, un mot là, deux discrétions qui se rencontrent et puis finalement une complicité qui naît. Ils avaient nombre de choses en commun, René et Pascal, le goût des choses étranges entre autres, celui de la vie au grand air : ni l'un ni l'autre ne se voyait en train d'écrire dans un bureau ou de serrer toujours le même sacré petit boulon.

    La randonnée cycliste du week-end était donc apparue tout naturellement comme une tradition, et les deux jeunes gens mangeaient avec enthousiasme les kilomètres pour finalement traverser bêtement les barrages, appréciant le contraste des lacs de retenue et de la falaise artificielle qui leur faisait pendant. C'était devenu un rituel qui emplissait René de bien-être. Il ne s'était jamais senti aussi bien, il n'avait jamais considéré la vie avec autant d'optimisme.

    Il n'avait d'ailleurs jamais considéré certaines choses sous l'angle qu'il découvrait à présent. Il s'était surpris à considérer de haut en bas son acolyte et à le trouver élégant, puis charmant et enfin beau, une vision toute nouvelle pour lui. Jamais il n'avait envisagé qu'un homme pu avoir un corps en dehors de lui-même.

    Leur amitié, bavarde au départ, avait laissé place à un mutisme complice au coeur duquel les yeux disait plus et mieux que toute parole ne l'eût jamais pu. Ils s'attardaient à observer du haut de l'ouvrage d'art  la plaine du roannais. Peu à peu leurs corps se rapprochèrent, leurs mains se frôlèrent. René trouvait son comparse de plus en plus élégant et intéressant et... lui-même se surprenait parfois à s'apprêter comme une jeune fille, se rasant de près avant d'enfourcher son vélo, examinant comment tombait sa veste sport avant la randonnée.

    Le 7 septembre, au retour de la course, René comprit enfin. Il lui fallut quelque temps pour accepter puis pour prendre la décision de se découvrir. Le 28 septembre, les deux jeunes gens étaient accoudés  au chemin de ronde du barrage de la Tâche et René prit son courage à deux mains, il voulait avouer son amour à Pascal;  le fait que ce dernier se redresse alors et passe dans son dos lui donne soudain l'occasion. Les mots sortent soudain puis coulent et coulent encore. Jamais René n'aurait pu dire des choses aussi fortes à Jeanne, jamais il n'aurait même imaginer pouvoir ressentir cette délicieuse sensation. Il parle et parle encore, puis se retourne.

    Il n'y a personne derrière lui. Il n'y a même pas de vélo. Rien.

    Est-ce une fuite ? Toujours est-il que René fréquente leurs lieux habituels, demande de ses nouvelles à qui semblait le connaître. Il n'en ramène rien que du vide, une absence qu'il ne pouvait soupçonner. Il ne sait pas bien ce qu'il ressent, c'est entre la honte d'avoir avouer des choses interdites et l'horreur d'avoir tué quelqu'un.

    Au mois de décembre, René Mongeot épousa Jeanne Membré devant Dieu et dans l'église Saint Louis. Ce fut une belle cérémonie. Ils vécurent des jours heureux d'ailleurs par la suite.

    Cependant, tous les 28 septembre, Le parfait père de famille disparait sans avertir (encore que l'habitude se fût imposée). Quiconque eût réussi à le suivre l'aurait trouvé en plein centre du barrage de la Tâche. Immobile et frissonnant. Il sent une présence. Oui , là il sent une présence qu'il ne pourra jamais partager et un désenchantement dont il ne pourra pas se décharger sinon en biffant sur une carte postale l'endroit de sa déclaration. Encore et encore.

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06 novembre 2007

Carte Postale #6

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    Georges Morin ferma la porte et, encore abrité sous le porche, ajusta sa gapette afin de lui donner un léger air canaille et passa ses gants : pour l'occasion il avait fait l'acquisition d'une paire de gants de cuir. C'était une belle journée : il avait obtenu, de haute lutte, son après-midi afin de visiter à Paris la belle Emilia. Il prendrait le train de midi seize et reviendrait le soir par l'omnibus de dix-neuf heures, le laps de temps séparant les deux trajets serait assez long pour qu'Emilia et lui fassent avancer leur relation. Il sourit et sortit du porche. Tout à sa joie, il prêta peu d'attention au sifflement qui venait de naître au-dessus de sa tête.

    Il avait souffert durant sa vie, Georges Morin, mais pas trop. Disons qu'à cinq ans, chacun lui aurait tapoté la tête en lui disant "mon pauvre enfant". Fils chéri d'un couple heureux, il connu le malheur de perdre ses parents lesquels passèrent de vie à trépas au cours d'une excursion en forêt, dans un accident qui impliqua aussi un sanglier myope et et un imposant arbre mort. Il fallut quelques temps avant qu'on retrouve leur corps, sous la pression d'une voisine qui gardait le petit Georges depuis plusieurs jours et qui n'avait pas franchement les moyens d'ajouter une bouche à sa couvée déjà nombreuse, monsieur le brigadier.

 

    La famille Morin avait été durement touchée par la guerre, et il ne restait guère comme famille au pauvre orphelin qu'une grand-tante qui habitait le belle cité médiévale de Provins. Le sort voulu que celle-ci accueillît le jeune enfant avec un enthousiasme débordant. Mademoiselle Clothilde Magnin n'avait pas pu avoir d'enfant, non par conséquence d'une quelconque aridité ou malformation vaginale, mais parce que, prude et vertueuse, elle avait voulu réserver sa virginité pour celui, viril et honnête, qui deviendrait l'homme de sa vie.

 

    Elle le voyait beau et élégant, doux et cultivé aussi. Il saurait être fort dans l'adversité et généreux aux jours de bonne fortune. Il aurait la moustache friponne, mais son oeil ne se poserait jamais avec concupiscence sur une autre femme. Ensemble, entourés d'une myriade d'enfants sages (mais gais cependant), ils formeraient le plus envié et le plus parfait des couples. La maison sentirait l'encaustique, la fumée de l'âtre et la cuisine traditionnelle, mais aussi les les parfums profonds du lointain Orient.

 

    Habitée par ce rêve, elle opposait une moue dédaigneuse aux avances des rares prétendants qui se présentaient et avaient le malheur de se trouver fils de maraîcher ou de marchand de charbon ou qui ne savaient aligner deux phrases correctes. Car les prétendants étaient rares : captive de ses songes féeriques, Clothilde ne s'était pas aperçu qu'elle n'était pas vraiment belle : le nez si maigre qu'il semblait tordu, les joues creuses et la bouche fine et trop pâle, les yeux caves, du visage entier transpirait une impression de sévérité qui cachait fort bien la petite fleur bleue que mademoiselle Magnin nourrissait en son sein.

 

    Elle épargna donc ses deux fleurs jusqu'à décrépitude et que le Ciel lui fasse le don inattendu de cet enfant. Emue par sa propre grandeur d'âme, elle l'accueillit dans son foyer comme elle l'aurait fait du messie naissant. Georges Morin vécut alors les plus heureuses années que puisse vivre un enfant.

 

    La différence d'âge et le souvenir de ses parents fit qu'il baptisa sa mère de substitution du charmant sobriquet de Mémère. Chlotilde couva quant à elle son Bichon, lui accordant tout ce qu'il était raisonnable d'accorder à un enfant, ne mégotant jamais sur ce qui pouvait lui apporter un peu plus de confort, de culture ou de bien-être. Son travail de couturière à façon lui permettait d'être toujours présente au logis et de parer à toutes les urgences qui pouvaient se présenter.

 

    Georges était d'un naturel doux, et d'autant plus perméable aux recommandations de Mémère. Il suffisait à cette dernière de faire une recommandation et d'ouvrir de grands yeux larmoyants pour que le Bichon s'applique ensuite à ne jamais refaire la même erreur. Il appliquait avec intelligence chaque leçon et ce qui devait arriver arriva. Il devint un homme, un homme à la moustache friponne mais à l'oeil prude, enfin l'homme qu'on ne pouvait qu'imaginer auparavant : l'homme parfait. Mémère touchait au bonheur suprême. C'est alors que tout dérailla.

 

    Un beau soir de juin, le Bichon voulut aller au bal avec des amis. Pour la première fois il lui demanda de ne pas l'accompagner. Jusqu'à ce jour, elle avait tenu le rôle de chaperon bienveillant, et jamais, bien qu'il dansât merveilleusement la valse, jamais il n'avait serré de près une jeune fille. Mémère avait cru qu'il n'en serait pas capable ce soir-là non plus. Ce soir-là pourtant, il dansa avec une seule partenaire. Ils s'étaient repérés du coin de l'oeil auparavant : la belle Emilia ne passait pas inaperçue tant elle étincelait en société. Son sourire était franc et large, ses yeux pétillants avaient fait tourner plus d'une tête et brisé plus d'un coeur.

 

    Parisienne par obligation, puisqu'elle y avait trouvé une bonne place, elle revenait tous les week-end dans sa ville natale pour y retrouver ses amies. Et ce soir de juin là, elle fut invitée enfin par le beau garçon qu'elle couvait depuis longtemps du regard. La main de ce dernier vint se caler naturellement au creux des reins de la belle et comme dans les contes de fées, ils ne dirent presque rien, se contentant de se regarder dans les yeux jusqu'à ce que le bal finisse. Georges rentra donc un peu tard et tomba sur une Mémère folle d'inquiétude qui le passa sur le grill. Pour la première fois, il ne ressentit ni culpabilité, ni peine, et les yeux encore pleins  d'Emilia, il alla s'enfermer dans sa chambre pour rêver un peu.

 

    Le week-end suivant, il émit le souhait de retourner au bal et cette fois-ci la vieille se prépara à l'accompagner. A peine arrivés, Georges la laissa sur une chaise et se précipita pour inviter Emilia qui venait juste d'arriver. Et à ce moment-là, Mémère comprit tout. La valse des deux tourtereaux ne laissait aucune place au doute : son Bichon était en train de lui échapper. Elle contre-attaqua dès la polka suivante : "Mon garçon, tu vas bien faire un peu danser une vieille qui s'ennuie. Excusez-moi mademoiselle." Ce soir-là aussi on dansa jusqu'à ce que l'orchestre se taise. Par-dessus le chignon gris de Mémère, Georges cherchait les yeux de la jeune fille pour lui lancer des regards d'excuse : il se jura que cette situation ne se répèterait pas.

 

    Le week-end suivant fut la date à laquelle Clothilde et Georges se disputèrent pour la première fois. Georges se rendit au bal de mauvaise humeur, poursuivi par l'image de la vieille femme en train de pleurer dans le salon quand il avait refusé qu'elle vienne. Il dansa plus âprement qu'à l'habitude pour chasser cette vision, et cela ne déplu pas à sa cavalière qui dut se cramponner plus fortement à lui pour garder son équilibre. Ils s'embrassèrent.

 

    Le lundi et le mardi, Mémère garda le lit : une commotion l'avait prise. En bon garçon, le Bichon s'occupa d'elle avec beaucoup de tendresse et d'attention, lui apportant sa soupe dans la chambre, allant lui acheter de petites douceurs. La semaine se finit dans une atmosphère de paix et de réconciliation, tout allait bien à la maison. Le samedi, Georges sortit seul.

 

    Le mercredi suivant, le docteur prescrivit du repos à Clothilde et demanda au Bichon de bien s'occuper d'elle, que ce n'était sans doute rien, mais que trois jours sans pouvoir se lever, éh bien c'était un peu inquiétant, surtout à l'âge qu'elle atteignait maintenant. Le samedi, Georges ne put aller retrouver Emilia, il lui écrivit donc pour s'excuser et lui expliquer que Mémère était malade depuis une semaine et qu'il devait la veiller. Il avait pris ses dispositions le samedi suivant et une voisine vint le relayer tandis qu'il valsait et embrassait Emilia. Bien qu'elle fût dans le salon, la voisine entendit distinctement les grommellements qui s'échappaient de la chambre à coucher : des chuchotis nourris qui semblaient parfois violents.

 

    Dimanche dans l'après-midi, Georges, affolé, fit irruption à l'hôpital : il fallait venir voir sa Mémère, c'était horrible, c'était terrible, c'était incompréhensible. Le médecin qui vint à l'appartement ne sut quoi diagnostiquer concernant l'oeil affreusement gonflé de Clothilde. Il ne fit pas attention à la pommade qui traînait sur la table de nuit, toute trace du produit avait disparu de l'oeil pendant la nuit.

 

    La santé de la vieille continua à décliner de plus en plus, mais Emilia était amoureuse et Georges savait s'adapter : ils s'écrivaient plusieurs fois par jour, et parfois même Georges parvenait à s'échapper pour la retrouver. Rien n'y faisait : même cacochyme, Clothilde dut bien se rendre compte qu'elle n'était plus de taille à lutter contre une jeune femme blonde à la silhouette engageante.

 

    C'est pourquoi ce jour-là, quand Bichon partit la laissant en train de suffoquer, de hâleter et de tousser, elle se leva dès la porte fermée et se précipita vers le fenêtre. La casquette du jeune homme sortit du porche. Elle lâcha le pot de fleurs.

 

    Elle l'avait tant attendu : personne ne le lui prendrait.

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